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Emmanuel Macron et Elisabeth Borne lors d'une cérémonie officielle, le 13 juillet 2022.
Emmanuel Macron et Elisabeth Borne lors d'une cérémonie officielle, le 13 juillet 2022.
©Thomas Padilla / POOL / AFP

Nouveau cap

Alerte au décrochage français : ces réformes structurelles dont la France a besoin. Et celles qui relèvent juste du sado-libéralisme…

Le FMI a exhorté ce lundi le gouvernement français à mener des réformes structurelles tout en soulignant que les hypothèses de réduction de la dette faites par le gouvernement ne sont pas crédibles. Mais toutes les réformes sont-elles vraiment bonnes à prendre ?

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : « Le déficit public restera supérieur à son niveau de stabilisation de la dette »,  qui continuera d’augmenter, « creusant un différentiel déjà important avec les pays européens comparables », alerte le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport annuel sur le pays publié lundi. Le constat du décrochage français fait par le FMI est-il juste ?

Don Diego de la Vega : Le constat est juste si l’on s’en tient aux métriques usuelles et il serait presque même indulgent si l’on regarde les métriques non usuelles : la dette cachée – la dette sociale – et le hors bilan de l’Etat. Le hors bilan au sens large a évolué de manière encore plus dramatique que le déficit courant.  Donc le FMI met justement en garde. Mais ce n’est normalement pas le rôle du FMI qui a été initialement créé pour régler des problématiques de déficit des paiements courants dans les pays développés. Il n’y a pas de problématique française en la matière, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de déficit commercial. Le FMI s’est progressivement éloigné de ses missions premières. J’imagine donc qu’il s’exprime dans le cadre de sa surveillance première de tous les pays. Mais je ne suis pas sûr qu’il ait beaucoup plus d’expertise que d’autres institutions européennes ou internationales qui se penchent sur la France. Mais ça n’enlève rien au fait que la situation française est effectivement fâcheuse.

Le Fonds monétaire international a exhorté lundi le gouvernement français à mener des réformes structurelles comme celle des retraites et de l’assurance-chômage. Est-ce que ce sont les bonnes solutions ?

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Le problème de l’assurance-chômage, c’est que c’est epsilonesque par rapport aux dépenses et au déficit public. Nous avons des dépenses annuelles de 1100 milliards d’euros pour l’ensemble des administrations. Dans ce cadre-là, on peut faire des listes de réformes technocratiques allant dans le bon sens : réforme de l’assurance santé, ou de l’assurance chômage, mais qui ne vont rapporter que quelques milliards au mieux. Même avec un taux d’imposition élevé et croissant nous arrivons encore à creuser notre déficit et nos services publics ne s’améliorent pas. donc le problème de premier ordre c’est la productivité dans les services publics, la qualité de la dépense. Avec le en même temps, on aide à la fois, les pauvres, les riches et les classes moyennes. Nous n’arrivons plus à fixer des priorités et s’y tenir. Il faut redéfinir l’objectif de la nation : pouvoir d’achat, plein emploi, réduction des émissions de CO2, etc. On peut se fixer des objectifs mais on ne peut pas tout avoir, il y a des triangles d’impossibilité. A multiplier les priorités, le risque est de n’être nulle part. Il faut donc fixer des objectifs qui conviennent à deux français sur toi. Il faut des objectifs évaluables, qui font sens, et qui ne sont pas contradictoires. Le reste en découlera. Comme disait le Baron Louis :  « Faites-nous de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances ».Attaquer le problème par les finances publiques, c’est s’attaquer aux symptômes. Et c’est ce que font les institutions comme le FMI, elles demandent des rabots sur les dépenses. Cela débouche sur une fatigue de la population qui ne comprend pas le sens des mesures. D’autant qu’elles sont faites au mauvais endroit au mauvais moment avec les mauvaises personnes. On a raboté les dépenses sociales au moment de la crise de 2008 aux Etats-Unis alors qu’on dépensait des trilliards pour la guerre en Afghanistan. Nous sommes dans le vagabondage, sans objectif clair et cohérent sur la durée, nous ne savons pas où nous allons. Il faut donc se fixer des objectifs puis trouver les moyens de les atteindre de la manière la moins coûteuse possible, avec des déclinaisons tactiques et sectorielles. A la place on va directement aux solutions pour trouver un peu d’argent.

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Comment identifier les réformes structurelles et celles qui relèvent du sadolibéralisme ?

Le mot réforme est très chargé et composite qui est porteur d’une économie politique de la réforme. Structurel signifie par définition que cela ne dépend pas d’un choix politique conscient de court terme. Et parler de réforme structurelle c’est, dans la tête des gens, associé à l’idée de demander des efforts un peu toujours aux mêmes. Et ils n’ont pas tort car cela a un peu toujours été utilisé comme ça, notamment par la BCE afin d’escamoter les problèmes monétaires en les renvoyant au budgétaire. Même si l’on conteste le terme, cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Et il faut d’abord commencer par fixer des objectifs. Ensuite, si l’on se fie à ce que dit Disraeli, la seule responsabilité des gouvernants, c’est le bien-être social du peuple. Cela veut dire qu’il faut un état providence. En tant que libéral je ne dis pas que c’est idéal mais le corps social français semble vouloir un état providence qui couvre beaucoup de choses. Si l’on accepte ce désir, il faut faire en sorte que l'État providence tienne, non pas dans une logique conservatrice où l’on bouche les trous, mais en refondant le système. Cela commence évidemment par son financement. Ensuite, tout n’est qu’une question de priorités. En France, ce sont des classes moyennes qui en financent d’autres. Le système est extrêmement redondant. Il faut donc éliminer les doublons. Cela passe d’abord par une vraie réforme de la carte territoriale. Il y a trop de niveaux d’administrations et trop d’entités de chaque. Nous avons les départements, les intercommunalités, qui n’existent pas ailleurs. Et nous en avons trop. On pourrait avoir 30 départements, 7 régions, mais pas plus. Ce nettoyage est un préalable pour éviter une mauvaise gestion et une mauvaise administration. Même chose pour les aides sociales. Je suis favorable à un impôt négatif, à l’allocation universelle (si on supprime tout le reste). Il faut dans le même temps réinvestir dans les fonctions régaliennes de base. Et commencer par une réforme des transferts. Il faut peut-être se concentrer sur les pauvres au détriment des classes moyennes. Et cela ne peut se faire sans un pushback sur l’immigration. Sans cela, aucun moyen de se focaliser sur la pauvreté. Comme le disait Milton Friedman, vous ne pouvez pas avoir à la fois l’Etat providence et l’immigration libre. C’est un choix qui doit être discuté et acté sur plusieurs législatures. Le problème est que la France a un État providence maximum et des frontières passoires depuis 30 ans. Je crains que la France reste dans la politique du non-choix, ce qui mène à une insatisfaction généralisée. Et c’est valable dans tous les domaines. Le choix du nucléaire dans les années 1970 était un vrai choix, il a eu des conséquences : expropriations, dépendance à des technologies et à certains pays, etc. mais au moins le choix était clair. Aujourd’hui, le mix énergétique témoigne de notre refus de choisir. En finances publiques, il est toujours mieux de faire un choix et de l’assumer.

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Quelles sont les fausses bonnes idées et les mauvaises solutions ?

Parler de solution, quand on a besoin d’objectifs, est déjà problématique. Déjà, les mauvaises solutions sont celles qui ne sont pas à l’échelle des besoins. Toute idée inférieure à 50 milliards d’euros n’est pas une idée mais une diversion. Ensuite, toutes les solutions qui se focalisent uniquement sur le budgétaire, qui tentent de faire des économies de bouts de chandelle, parfois avec des effets dommageables, sans réfléchir au monétaire et aux actions de la BCE. Si on agit dans le sens inverse de la BCE, celle-ci va avoir beaucoup plus de force de frappe. Dans un autre registre, l’étatisation de la santé, menée par Juppé, était une très mauvaise idée. Ce qu’il ne faut pas non plus, c’est un état providence important mais des services publics qui se dégradent : des juges avec trop de dossiers, une attente de plusieurs heures aux urgences, de l’insécurité dans les villes, etc. La France a une forme d’expertise en termes de mauvaises solutions, de mauvaise réforme de l'État providence, d’anti-réforme structurelle. L’exemple le plus frappant à ce titre est l’euro qui a énormément rigidifié l’économie.  Et les politiques ont mis en place des réponses insuffisantes pour essayer de compenser. Ce qu’il faut, c’est une économie politique de la réforme, avec une stratégie. Ensuite, il faut un séquençage, en commençant par les plus gros sujets, et des compensations pour faire passer ces derniers. Les réformes nécessaires ne peuvent être faites en France que dans la foulée d’une élection présidentielle, c’est la formule des 100 jours de Milton Friedman. Sans cela, la société est trop cristallisée pour le permettre. Que ce soit Sarkozy, Hollande ou Macron, dès le début du quinquennat on a pu se douter qu’il ne se passerait rien du mandat. Donc il faut un plan, une stratégie, ce qui demande un tant soi peu d’idéologie. Thatcher et Reagan en avaient, au moins en partie.

Un plan pourrait-il permettre de véritablement stopper le décrochage français et de réduire la dette ?

C’est évidemment un peu ambitieux. Mais il faut au moins y réfléchir. Et un plan ce n’est pas les 250 propositions techniques de Bruno Le Maire à la primaire de la droite. Le politique doit identifier les raisons qui expliquent selon lui la situation de la France et définir deux ou trois axes pour agir. Et une fois élu, il doit s’y tenir. Ce qu’il faut éviter avant tout, c’est la commission Attali. Faire des propositions sur tout et n’importe quoi, cela n’a pas de sens. Il faut faire les choses autrement. Le marché de travail a deux problèmes : il y a des CDD maltraités et des CDI trop bien traités, comment unifier le marché du travail ? Il faut déjudiciariser le marché du travail, faire que les syndicats soient écoutés sans être prépondérants, etc. Les questions politiques doivent être tranchées par les politiques et les détails techniques gérés par les députés, ou autre. Un bon exemple de ce qu’il faudrait faire, c’est que les collectivités territoriales aient leur propre impôt et ne dépendent pas pour moitié des aides de l’Etat.

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