Covid-19 : la pandémie a changé nos rêves comme aucun autre événement récent | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
Une femme se repose, plongée en plein sommeil.
Une femme se repose, plongée en plein sommeil.
©JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Impact du Coronavirus

Covid-19 : la pandémie a changé nos rêves comme aucun autre événement récent

La pandémie de Covid-19 et le confinement ont eu de multiples impacts. Les rêves ont notamment évolué durant cette période particulière.

Tristan  Moir

Tristan Moir

Né en 1954 à Pérouges (Ain), Tristan Moir, psychanalyste d’obédience jungienne, s’est rapidement spécialisé dans l’onirologie. Cette orientation thérapeutique est l’aboutissement d’une longue étude du rêve, de la symbolique universelle, de la mythologie, des contes et légendes, des traditions spirituelles et philosophiques de nombreuses cultures. L’étude de la psychanalyse freudienne et une longue pratique du yoga (yoga mental, des énergies, tantrisme) est venue compléter cette recherche. A Paris, il anime en direct chaque mercredi de 23 h à 2 h sur "Ici & Maintenant" (95.2 FM) une émission de radio d’interprétation des rêves. Il a créé en 2007 d’une école de formation au langage du rêve pour thérapeutes : E.V.E.R. Il est l’auteur d’Images & Symboles du rêve (Trajectoire, 2007) et Entrez dans vos rêves (éd. F. Lanore, 2008).

 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Les rêves sont le témoignage de notre vie quotidienne et celle-ci a été bousculée par la crise du Covid-19. Ceux-ci ont-ils été impactés de façon prononcée par la pandémie ?

Tristan Moir : De nombreuses personnes ont eu des rêves mettant en scène des éléments du confinement. Notre psychisme va se servir des éléments de l’actualité pour construire un imaginaire. Cette période sombre réveille des angoisses et se manifeste dans les rêves notamment avec la claustrophobie ou la peur de ne pas avoir d’attestation et d’être pris sans masque.

Quels ont été les rêves les plus fréquents ?

L’angoisse et l’absence d’attestation pendant le confinement a été marquante dans beaucoup de rêves. Cela correspond à une angoisse de ne pas être légitime et les forces de l’ordre représentent le sur-moi, l’instance qui interdit et le doute de soi peut être plus fort.

Il y a eu beaucoup de rêves avec Macron et il représente l’image du père. Celui qui a les cartes entre les mains et qui peut nous sauver. Symboliquement le président de la République est le père suprême, celui qui doit décider et nous protéger.

De nombreux rêves ont représenté des personnes qui se sont retrouvées dans le noir car le confinement a été une période d’obscurité, où on ne sait pas où l’on va.

Est-ce que c’est la première fois qu’un événement d’une telle ampleur vient bousculer notre psyché ?

C’est valable dans tous les temps de crise. Il est évident que les rêves vont être plus emprunts du climat de guerre ou en temps de catastrophe des éléments les bousculent. C’est toujours en résonance avec des angoisses qui sont plus anciennes. Les éléments de l’actualité parlent avec des choses qui pré-existent avant celles-ci contemporaines.

Il va y avoir des reliquats de la pandémie. Les éléments actuels comme la peur de l’enfermement, la menace extérieure, l’incertitude du futur sont hautement signifiants et toujours actifs. Cela va rester dans nos esprits pendant un moment. Quand tout sera revenu normal, des traces de cette période historique vont rester dans nos esprits. Personne n’était préparé à cette situation et pour beaucoup la menace d’une mort est un traumatisme. Nos cerveaux n’étaient pas préparés à cette actualité et n’ont pas les circuits logiques pour les traiter.

Les premiers rêves de la pandémie sont des éléments qui vont permettre au cerveau d’intégrer de plus en plus l’actualité pour s’y habituer. Ils vont établir des circuits neurologiques entre l’extérieur et l’intérieur. Quand vous assistez à un attentat par exemple, le cerveau n’est pas capable de gérer les données et il doit retrouver le temps de le faire afin qu’il n’y ait plus de cauchemar qui soient relatifs à l’événement. On doit apprendre à vivre avec ces nouvelles données.

Si ce sont des cauchemars qui vont mettre en scène des éléments du confinement, ils vont surtout être relatifs à des sentiments d’enfermement. C’est une réminiscence de ce que l’enfant a pu ressentir. À chaque fois le rêve va retraduire des éléments de notre vécu ancien qui n’ont pas encore été bien gérés. Si on rêve d’un virus, celui-ci va être relatif à une personne qui a été toxique dans notre enfance.

Il est évident que les personnes qui étaient les moins favorisées ont pu être plus sujettes à ce type de rêves puisqu’il y a la moitié de la population Française qui n’a pas bien vécu le confinement. La prégnance de l’enfermement était plus relative à ceux qui étaient sujet à l’exiguïté et par rapport à ceux qui étaient dans un jardin avec piscine.

Durant l’été, Atlantico vous propose une sélection de ses meilleurs articles de l’année.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !