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Photo prise le 26 février 2007 à Caen, de morceaux de sucre blanc et roux, dans une usine de production de sucre.
Photo prise le 26 février 2007 à Caen, de morceaux de sucre blanc et roux, dans une usine de production de sucre.
©MYCHELE DANIAU / AFP

Bonnes feuilles

Le sucre, à l’origine du surpoids, de l’obésité et carburant pour les cellules cancéreuses ?

Louise Kahors a publié « Le sucre : cet ami qui vous veut du mal » chez Kiwi éditions. Tapi dans le moindre de nos produits alimentaires, le sucre est à la fois notre meilleur ami et notre pire ennemi. Nécessaire au bon fonctionnement de notre organisme, il est cependant consommé en bien trop grandes quantités dans nos sociétés occidentales. Extrait 1/2.

Louise Kahors

Louise Kahors

Louise Kahors est journaliste environnementale, mais depuis 2013 elle choisit de se consacrer pleinement à l’information médicale et scientifique, à la fois pour le grand public et les professionnels de santé. Elle collabore ainsi avec différentes structures, publiques et privées, toujours dans le but d’apporter des informations claires et transparentes sur tous les domaines qui touchent à la santé.

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On dit souvent que le sucre fait grossir. Cette simple phrase est largement à l’origine d’un nombre considérable de régimes hypocaloriques, sans sucres, etc. Mais le sucre est-il vraiment le coupable idéal pour expliquer l’essor dramatique et inquiétant du surpoids et de l’obésité dans les pays industrialisés ?

Les sucres simples, comme l’ensemble des glucides, représentent en effet pour l’organisme une source d’énergie. L’énergie est quantifiée par un nombre de calories. L’organisme a nécessairement besoin d’énergie pour fonctionner correctement et chaque type de nutriments apporte des quantités variables d’énergie :

∙ les glucides : 1 gramme de glucides fournit à l’organisme 4 calories ;

∙ les lipides  : 1  gramme de lipides fournit à l’organisme 9 calories ;

∙ les protides : 1 gramme de protides fournit à l’organisme 4 calories.

Il apparaît donc que les glucides apportent autant d’énergie que les protéines. La source la plus importante d’énergie ne provient donc pas –  contrairement à ce que beaucoup pensent  – des sucres simples ou complexes, mais des graisses.

Pour autant, si les glucides représentent une source d’énergie moindre que les lipides, leur nature apparaît capitale dans le potentiel lien entre les glucides et la surcharge pondérale. En effet, tous les glucides ne sont pas assimilés de la même manière par l’organisme. Les sucres complexes sont assimilés lentement et fournissent progressivement de l’énergie à l’organisme. Ils constituent le carburant du corps entre deux repas, raison pour laquelle on les appelle encore souvent les sucres lents. En revanche, les sucres simples passent presque directement dans la circulation sanguine. Si l’organisme n’en a pas un besoin immédiat, il va les stocker pour plus tard, et ce stockage se fait, non pas sous forme de glucides, mais sous forme de graisses. Les sucres simples en excès finissent donc dans les tissus graisseux, justement plus abondants chez les personnes en surpoids ou obèses.

Cette assimilation des sucres simples explique que les autorités de santé publique, à commencer par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), recommandent de réduire les apports quotidiens en sucres simples, et ce tout au long de l’existence, de l’enfance à la fin de la vie. Actuellement, une forte proportion des enfants et des adultes dans les pays industrialisés ont des apports excessifs en sucres simples plusieurs jours par semaine, voire tous les jours. Et ces excès contribuent largement au développement du surpoids et de l’obésité.

L’OMS recommande à l’ensemble de la population, pas seulement aux personnes en surpoids, de réduire ses apports en sucres simples ou libres (une catégorie qui regroupe les sucres ajoutés aux aliments et les sucres naturellement présents dans les jus de fruits ou le miel). Ils ne doivent pas représenter plus de 10 % de l’apport énergétique total, l’idéal étant de rester en-dessous des 5 % de l’apport énergétique total, chez les enfants comme chez les adultes.

L’une des principales sources de sucres simples libres visée par l’OMS n’est pas le sucre de table, que chacun identifie clairement au moment où il l’ajoute à une préparation ou à un aliment, mais les sucres simples libres présents dans les boissons sucrées.

De récentes données ont permis de clairement relier la consommation de boissons sucrées avec le surpoids et l’obésité chez l’enfant. Ces boissons présentent une faible valeur nutritionnelle et ne provoquent pas la même sensation de satiété qu’un aliment solide. Elles renferment différents types de sucres simples et libres, qui parviennent directement dans la circulation sanguine et favorisent le surpoids et l’obésité. Le surpoids et l’obésité engendrés chez l’enfant par la consommation de boissons sucrées sont associés à des risques graves pour sa santé future et celle de l’adulte qu’il deviendra. Ces enfants ont en effet un risque majoré de :

∙ diabète de type 2 ;

∙ hypertension artérielle ;

∙ asthme et autres problèmes respiratoires ;

∙ troubles du sommeil ;

∙ maladies hépatiques ;

∙ troubles psychologiques.

De même, la surcharge pondérale au cours de l’enfance augmente le risque d’obésité à l’âge adulte, de maladies cardiovasculaires et métaboliques, de décès prématurés et d’incapacités multiples. Notre consommation quotidienne de sucre, ici de sucres simples quelle que soit leur nature et leur origine, est étroitement associée au risque de présenter un surpoids ou une obésité, une surcharge pondérale directement reliée à plusieurs graves problèmes de santé et nuisant à notre espérance de vie. Mais attention, limiter le sucre pour se prémunir du surpoids ne veut pas dire éradiquer tous les glucides ! Or de nombreux régimes hypocaloriques tendent à réduire la part de tous les glucides de l’alimentation, faisant une croix sur certains macronutriments essentiels pour l’organisme.

(…)

En France en 2018, 382 000 nouveaux cas de cancer et 157 400 décès par cancer ont été recensés. Les chercheurs tentent depuis des années de mieux comprendre l’origine des cancers, et notamment l’influence de facteurs environnementaux. Dans ce contexte, les études scientifiques se multiplient pour déterminer de manière plus précise l’influence de l’alimentation sur le risque de cancer. Plusieurs de ces études ont mis en évidence un lien entre une alimentation riche en sucres simples et le risque de cancers et de métastases 4,5. Toutefois, la plupart de ces études ont été menées chez l’animal et non chez l’être humain. L’association du sucre au grossissement de tumeurs s’est vérifiée principalement pour deux sucres simples :

∙ le saccharose, le sucre de table ;

∙ le fructose, sucre naturel des fruits, mais surtout très présent sous forme libre ou ajoutée dans les boissons sucrées.

Les études ont notamment porté sur le risque de cancer du sein et le développement de métastases pulmonaires. Pour expliquer le lien observé entre le sucre et le risque de cancer, les chercheurs avancent l’hypothèse que le sucre contribue à la constitution d’un état inflammatoire chronique, particulièrement propice au développement des cellules tumorales et donc à la croissance des tumeurs.

Selon certains spécialistes, le sucre pourrait être considéré comme un véritable carburant pour les cellules cancéreuses. Des travaux ont permis de découvrir que le gène codant pour l’une des enzymes de régulation du taux de glucose sanguin est également impliqué dans les processus de développement tumoral. Or ce gène mute très fréquemment chez l’être humain, il est ainsi retrouvé muté dans pratiquement 80 % des cancers, en particulier dans les cancers du sein, du cerveau ou de la vessie.

Schématiquement, lorsque ce gène est muté, d’importants apports en glucides simples provoquent des pics d’insuline, qui favorisent la croissance des cellules tumorales et donc le processus de cancérisation.

À l’opposé, l’arrêt des apports en sucres simples – et pas de tous les glucides – activerait dans l’organisme des voies de signalisation induisant la mort cellulaire des cellules cancéreuses, par la formation de radicaux libres dans ces cellules. De tels résultats sont à l’origine des arguments avancés par ceux qui prônent un arrêt total du sucre pour préserver sa santé et notamment se prémunir du risque cancéreux. Mais le problème semble plus complexe. En effet, la majorité des effets observés l’ont été chez des modèles animaux (essentiellement des rongeurs) déjà atteints de cancer. Il est donc difficile en première approche de transposer directement les résultats obtenus à des êtres humains non malades.

À ce jour, aucun lien formel n’a été démontré entre la consommation de sucre et le développement d’un cancer. De plus, à nouveau, les sucres ciblés par les études sont les sucres simples libres ajoutés aux aliments, et non les sucres naturellement contenus dans les aliments, encore moins les glucides complexes. Pour ces derniers, certains comme les fibres, ont même démontré un effet positif face au cancer, notamment celui du colon.

Par ailleurs, lorsque l’arrêt du sucre est suggéré aux personnes déjà diagnostiquées d’un cancer, il convient de prendre garde au risque important de dénutrition auquel ces patients sont exposés. Le cancer en lui-même, mais aussi les traitements anticancéreux, tendent à réduire l’appétit et le poids corporel, voire à provoquer des nausées et des vomissements parfois graves. Il est essentiel pour ces patients de continuer à s’alimenter et les professionnels de santé sont unanimes sur le fait qu’ils peuvent manger de tout, du moment qu’ils continuent à manger. La dénutrition et ses conséquences sont considérées aujourd’hui comme nettement plus délétères pour leur santé que la consommation de sucres, même de sucres simples. Évidemment, il est conseillé que leur alimentation ne se borne pas à des confiseries. Plus largement pour la population générale, les recommandations de l’OMS de réduire la consommation de sucres libres à moins de 10 %, idéalement de 5 % des apports énergétiques totaux, tiennent également compte d’un effet préventif sur le risque de cancer. L’arrêt total du sucre n’est donc pas préconisé par les autorités de santé, seulement une modération pour continuer à se faire plaisir sans risques pour la santé.

Extrait du livre de Louise Kahors, « Le sucre : cet ami qui vous veut du mal », publié chez Kiwi éditions

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