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Le président Emmanuel Macron lors d'un discours à l'Elysée le 27 avril 2021, avant un déjeuner de travail avec le président de la République démocratique du Congo.
Le président Emmanuel Macron lors d'un discours à l'Elysée le 27 avril 2021, avant un déjeuner de travail avec le président de la République démocratique du Congo.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

Les vrais et faux obstacles qui vont freiner le déconfinement annoncé par Emmanuel Macron

Alors que la France toute entière aspire au déconfinement, tout se passe comme si les obstacles et les freins se multipliaient pour l‘empêcher. Certains sont bien réels, d’autres beaucoup moins. Résultat : pour les entreprises, la visibilité n’a jamais été aussi mauvaise.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Emmanuel Macron va donc parler demain vendredi. Pour dire quoi ? Mystère... Dire que l’on déconfinera, mais pas tout de suite. Comment, selon quel agenda ?

De l’Élysée à la brasserie du centre-ville, la France se prépare au déconfinement, mais les Français, eux, ont assez peu de visibilité sur les modalités et le calendrier de cette sortie de crise. Le président consulte tous azimut mais les commerçants et les entreprises s’inquiètent.

Les obstacles et les freins au déconfinement paraissent tellement nombreux. Le comble, c’est que si certains de ces freins sont bien réels et légitimes, d’autres, en revanche, semblent servir des intérêts très corporatistes de ceux qui veulent se protéger des risques d’un retour à la normale.

Mais ça paraît évident, l’exécutif veut répondre à l’impatience avant qu’elle ne se transforme en colère. Le gouvernement cherche à apporter quelques précisions sur les modalités et le calendrier mais pour l’instant, c’est encore très flou. Pour trois raisons.

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La première, c’est que le gouvernement est partagé entre le clan de ceux qui ont peur de l’épidémie. Beaucoup de médecins, le ministre de la Santé et le Premier ministre plaident pour la plus grande prudence en cultivant la peur du danger.

Face à ce clan obsédé par le principe de précaution, il existe un clan autour du président de la République et du ministre de l’économie qui voudraient déconfiner progressivement à partir du mois de mai pour que l’économie reprenne son souffle, pour que la vie, avec ou sans virus, redevienne normale et qu’on puisse débrancher un certain nombre de perfusions financières qui mettent en danger les possibilités et reprises.  

La deuxième raison qui explique l’incertitude se cache dans les chiffres de la pandémie. Les derniers ne sont pas très bons : plus de 400 morts par jour avec 40 000 cas négatifs et des flambées de virus au Brésil ou en Inde qui font peur.

Enfin, on ne peut pas dire que la campagne de vaccination se passe bien en France, quand les centres de vaccination qui ont des doses ne parviennent pas à les écouler, faute de candidats. Les Français sont de plus en plus nombreux à refuser les vaccins AstraZeneca. Donc, après avoir manqué de doses, on risque de manquer de candidats. Globalement, on va donc être en retard par rapport aux objectifs qui auraient permis d’avoir près de 30 millions de vaccinés à l’été.

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A moins qu’on en arrive à changer complètement de stratégie de vaccination en ouvrant progressivement l’accès aux précieux vaccins à tous ceux qui le voudront, sans passer par les priorités qu’on avait définies pour protéger d’abord les seniors. Seul moyen de sortir du piège et de cette contradiction dans laquelle on a d’un côté, des seniors prioritaires mais qui hésitent, et des jeunes actifs à qui on refuse la vaccination mais qui la revendique pour pouvoir circuler librement.

Mais parallèlement, on ne paraît pas beaucoup mieux équipés de dispositifs anti-Covid. Comme les auto tests ou les purificateurs d’air. En bref, les chiffres de la pandémie ne sont pas bons et nos mécanismes de protection sont fragiles. Dans ces conditions, le déconfinement est flou, alors que la pression de l’opinion pour revivre normalement est très forte.

A priori, nous sommes avec trois scénarios possibles calés sur le calendrier.

1er scénario : ouverture totale très vite. Il est exclu, parce qu’impossible pour des raisons pas seulement sanitaires. Les chiffres sont mauvais certes, mais une partie de la population ne veut pas sortir aussi brutalement, sans garanties qui ne sont pas apportées. Donc, vers le 15 mai, on ne pourra pas circuler partout. Comme en Israël ou à Londres, pas assez de personnes vaccinées, même si demain on décidait d’ouvrir la vaccination à tous ceux qui le souhaitent, on n’y arriverait pas en quinze jours. Donc ne rêvons pas.

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2e scénario, ouverture progressive des commerces et des terrasses de restaurants à partir du 15 mai. Suppression des interdictions de circuler, mais maintien du couvre-feu. Le président de la République souhaiterait que le couvre-feu soit repoussé à 21 heures par exemple. Ce scénario est très probable parce qu’en plus, il ouvrerait la porte à un 3e scénario.

Ce 3e scénario organiserait l‘ouverture progressive qui irait jusqu'à l’ouverture totale courant juin. Tout le monde veut sauver la saison d’été. Mais pour être efficace, ce déconfinement total et progressif doit s’accompagner d’un durcissement des mesures de protection.

Par exemple, la mise en quarantaine des voyageurs étrangers, mais de façon plus stricte qu’actuellement, avec fermeture des frontières, ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps.

Et puis fin juin, mise en place d’un passeport sanitaire qui indiquerait notre situation par rapport au Covid et permettrait à tous ceux qui sont vaccinés, immunisés ou testés, de vivre normalement, soit au mieux 30 ou 40 millions de Français. Et ce passeport nous permettrait d’aller en Europe mais aussi au spectacle ou dans les restaurants.

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L’enjeu est évidemment aussi de faire repartir des secteurs complètement sinistrés mais qui continuent actuellement d’être aidés (prêts PGE, fonds de solidarité et chômage partiel) dans le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, le spectacle.

Toutes ces professions revendiquent la possibilité de travailler, mais pas à n‘importe quelles conditions. Tout va donc dépendre du calendrier parce que la plupart ont besoin d’un déconfinement quasi-total, qui soit générateur d’un équilibre économique, parce que si les conditions les empêchent de retrouver leur rentabilité, elles n’ouvriront pas pour faire des pertes.

Un restaurant peut fonctionner avec sa seule terrasse mais il va continuer de perdre de l’argent. Un restaurant peut aménager une terrasse plus grande mais tout dépend de combien la redevance pour occupation de l’espace public va représenter, parce que les municipalités aussi ont besoin d’argent. Mais si on accompagne l’ouverture des terrasses en matraquant ceux qui les gèrent, elles n‘ouvriront pas.

Un théâtre, c’est pareil. Pour être rentable, un théâtre doit être rempli à 80 %. Donc, il va falloir un peu de temps pour arriver à la vie normale et équilibrée.  

Compte tenu de toutes ces incertitudes, il va falloir attendre septembre /octobre pour espérer un retour à la normale. S’il n’y a pas de mauvaises nouvelles sur le virus. L’année 2021 sera donc encore économiquement très couteuse, avec le maintien de certaines aides et le lancement du plan de relance européen qui vient d’être acté par les pays de l’Union, enfin, puisqu’il aura presque un an de retard.

Le monde des affaires, qu’elles soient petites ou grosses, a besoin de visibilité pour lancer des projets, engager des investissements et créer des emplois. Et la visibilité aujourd’hui, c’est ce qui manque le plus. 

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