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Les marchés financiers ne se sont jamais aussi bien portés qu’en cette fin d’année, alors que l’opinion publique n’a jamais été aussi dépressive.
Les marchés financiers ne se sont jamais aussi bien portés qu’en cette fin d’année, alors que l’opinion publique n’a jamais été aussi dépressive.
©LUDOVIC MARIN / AFP / PISCINE

Atlantico Business

Le vaccin Covid ne suffit plus, Emmanuel Macron cherche celui contre les maladies maniaco-dépressives

L’économie va bien, mais le moral retombe. Les marchés financiers luttent beaucoup mieux contre le Covid que contre la tendance maniaco-dépressive des opinions publiques.  

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les marchés financiers ne se sont jamais aussi bien portés qu’en cette fin d’année, alors que l’opinion publique n’a jamais été aussi dépressive et que la planète toute entière est à nouveau submergée par une nouvelle vague de l’épidémie.

Emmanuel Macron ne pouvait pas ne pas souligner cette schizophrénie. Une économie qui va bien alors le moral est retombé. C’est incompréhensible. Il y a forcément un bug quelque part.

« Mais comment lutter contre le pessimisme, Monsieur le président, après avoir demandé à vos ministres de pratiquer le commerce de la peur pendant si longtemps ? »  

Toute la question est de savoir si la (très) bonne santé boursière reflète une réalité « vraie » ou alors la folie spéculative d’investisseurs drogués par les banques centrales.

Parce qu’une majorité d’analystes recommencent à marteler dans beaucoup de tribunes ou de plateau TV une nouvelle saison de cette interminable chronique d’une catastrophe annoncée. A croire qu’il n’y a que le pessimisme qui se vend aux opinions publiques. A croire que les régions développées sont devenues maniaco-dépressives au point de ne plus croire en rien.

Si on liste les raisons de se désespérer, rien ne va. Les vaccins ne marchent pas, les masques ne servent à rien, les tests non plus, les hôpitaux sont débordés et la majorité des médecins ne savent rien. De toute façon, nos vieilles démocraties sont en risque d’évolution dictatoriales, seul moyen qu’on aurait trouvé pour se défendre du virus. Avec en prime, beaucoup de lâcheté pour survivre au découragement.

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Dans cette ambiance, l’euphorie des marchés financiers et boursiers fait tache. Alors que la majorité des élites politiques n’osent même pas en parler, les indicateurs multiplient les records sur toutes les grandes places du monde. Rien qu’à Paris, le Cac 40 finit l’année au-dessus des 7000 points. Les performances américaines sont du même type. Donc la première réaction est de dire, comme beaucoup de responsables politiques, que les boursiers sont devenues fous, qu’ils jouent au casino avec l’argent fabriqué par les banques centrales. De là à nous dire pourquoi et comment de tels phénomènes se produisent, ils en sont bien incapables puisque ces résultats positifs démentent toutes les prévisions qu’on a pu faire pendant deux ans. Donc ils continuent, pour les plus graves, à nous annoncer pour 2022, l’apocalypse. On a raté la catastrophe en 2020, puis en 2021, donc ce sera pour 2022!

Le politiquement correct aujourd’hui, c’est d’être pessimiste. Les plus raisonnables, ceux qui veulent rester confiants et optimistes prennent le risque de ne pas être entendus ou alors de transgresser le politiquement correct. 

L'optimisme des milieux financiers se nourrit de réalités tangibles que les marchés perçoivent. Les marchés ne sont rien d’autre que l’ensemble des épargnants-consommateurs qui agissent ainsi parce que globalement, ils croient dur comme fer que c’est leur intérêt, même si individuellement ils ressentent le contraire. D’où l‘incompréhension de la situation.

Le risque d’être optimisme se nourrit pourtant de quelques évidences.

La première évidence est économique. Quoi qu’on dise, le comportement des marchés financiers correspond au boom économique observé depuis six mois. Il y a peut-être quelques bulles mais elles sont très sectorielles et éphémères. L’ensemble repose sur des bases économiques très solides. L’économie mondiale est entrée dans une phase de croissance forte pour de nombreuses années, parce que la révolution digitale a ouvert des gisements de croissance et de progrès qu’on ne soupçonnait pas, parce qu’il existe des besoins écologiques qui vont nécessiter des investissements colossaux et enfin, parce qu’il existe encore plus de 2 milliards d’individus dans le monde qui vivent sous le seuil de pauvreté.

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A court et moyen terme, et contrairement à ce que tout le monde (ou presque croyait), le système d’économie de marché ne s’est pas effondré, les entreprises privées, les entrepreneurs et leurs salariés ont fait preuve d’une incroyable résilience... Le résultat de cette combinaison de facteurs est que tous les indicateurs sont au vert : investissement, consommation, emploi, échanges internationaux… Et même le pouvoir d’achat où les Français ont la conviction d’avoir perdu, alors que non. En fait, sauf reprise généralisée de l’épidémie qui serait véritablement mortelle, rien ne paraît en mesure de casser la dynamique économique.

La deuxième évidence est que les gouvernements ont laissé et encouragé les banques centrales injecter des liquidités pour que les actifs de production soient protégés et entretenus. En France, le « quoi qu’il en coute » a fonctionné. Comme dans la plupart des pays riches (y compris aux États-Unis), le monétaire a accompagné l’action des chefs d’entreprise pour maintenir les outils en état de fonctionner. Les leçons de 1929, de 1940, et même de 2009 ont été prises en compte. Alors les liquidités injectées ne sont pas magiques, il faudra les rembourser, certes un peu comme les Européens, ont remboursé le plan Marshall, d‘où la croissance forte nécessaire, incontournable. Heureusement.

La troisième évidence est qu’il va falloir accepter un changement de rapport de force international. Et notamment de la Chine qui, quoi qu’on dise, sera obligée de changer son mode de gouvernance. La Chine ne pourra pas continuer de profiter de la mondialisation comme elle l’a fait depuis son entrée dans l’OMC en l’an 2000, sans tenir ses engagements de réciprocité. La Chine ne pourra pas ne pas modifier son modèle économique et ne pas respecter les codes de l’économie de marché si elle veut continuer de pouvoir profiter des avantages de la concurrence mondiale. Le retour au protectionnisme est irréaliste. Le protectionnisme n’est de l’intérêt de personne. Les marchés le savent. Ils le sentent. Mais la régulation des échanges internationaux est incontournable avec son corollaire un mécanisme de surveillance du respect des règles de fonctionnement.

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