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Le Conseil de l'Europe a mis à disposition sur son site, en novembre 2021, plusieurs dizaines de visuels dans le cadre d'une campagne de communication visant à «lutter contre les discours de haine antimusulmans».
Le Conseil de l'Europe a mis à disposition sur son site, en novembre 2021, plusieurs dizaines de visuels dans le cadre d'une campagne de communication visant à «lutter contre les discours de haine antimusulmans».
©DR / Conseil de l'Europe

Amendement

Islamisme : l’Union européenne, cette conciliatrice qui nourrit un crocodile en espérant qu'elle sera la dernière à être mangée

Le Parlement européen vient de rejeter un amendement demandant à ce que les institutions européennes ne financent plus de campagne qui pourrait promouvoir le hijab.

Florence Bergeaud-Blackler

Florence Bergeaud-Blackler

Florence Bergeaud-Blackler est anthropologue, chargée de recherche au CNRS dans le Groupe Sociétés, Religions, Laïcités. Paris Sciences et Lettres Université (PSL University).

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Atlantico : Le député européen François-Xavier Bellamy a proposé le vote d'un amendement demandant que les institutions européennes ne financent plus de campagne qui pourrait promouvoir le hijab (voile islamique). Quel était l'enjeu de cet amendement ? Quel est le contexte global ?

Florence Bergeaud-Blackler : Le député LR/PPE François-Xavier Bellamy est intervenu dans le cadre d’une proposition de Résolution du Parlement européen sur la mort de Mahsa Jina Amini et la répression des manifestants pour les droits des femmes en Iran.  L’iranienne est morte sous les coups de la brigade des mœurs qui, en Iran, poursuit les femmes non ou « mal » voilées. 

Cette résolution comportait un certain nombre de demandes et d’exigences à l’endroit du gouvernement iranien. Le député a souhaité qu’à cette occasion les insitutions européennes s’engagent à ne plus  financer des campagnes qui pourraient faire d’une façon ou d’une autre la promotion du hijab (i.e. le voile islamique que la femme ne doit pas retirer sauf devant certains proches). 

En effet quelques mois plus tôt l’UE avait co-financé la campagne «WE CAN for human rights speech» du Conseil de l’Europe qui propageait des slogans comme «la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab», et quelques jours plus tôt une affiche de la Commission  pour la promotion de l’éducation  présentant une enfant voilée, avait été postée brièvement sur son site. 

Cet amendement a été rejeté. Dans le détail, qui est responsable de ce refus ? 

Le député est passé par ce qu’on appelle la procédure de l’amendement oral qui permet à un député de proposer le vote d’un amendement en séance plénière. L'examen de l’amendement oral peut être rejeté si un quorum de 38 députés au moins se lève pour protester.  Or, dans ce cas, l’immense majorité des groupes politiques parlementaires de gauche :  The LEFT/La Gauche (le groupe de LFI), S&D (Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates) (le groupe du PS) et GREENS/EFA (le groupe d’EELV) s’est levée. Le vote d’amendement a donc été rejeté. 

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Comment expliquer ce rejet massif de la part de la gauche européenne ? 

C’est en effet un rejet massif car en examinant les choses en détails on voit que la gauche n’est pas seule à ne pas l’avoir soutenu. C‘est un peu technique mais si on compare la version de la proposition de résolution du PPE qui contenait un paragraphe demandant que les institutions de l’Union ne financent pas de campagne susceptible de promouvoir le hijab islamique, avec la motion de synthèse de tous les groupes qui a été présentée en plénière ce paragraphe a disparu. 

Si donc le député LR/PPE est passé par cette procédure rapide de l’amendement oral c’est que le paragraphe demandant que l’UE ne finance plus de telles campagnes a été retoqué en commission préparatoire, et que ce rejet a très probablement été appuyé par le centre RENEW, le groupe de LREM.

On voit donc que cette proposition n’est portée que par la droite, et pas par le centre européen ni par la gauche et les verts européens.

Les campagnes du hijab de la Commission ont-elles un lien avec la Résolution sur la répression des manifestants pour les droits des femmes en Iran ?

En effet je me suis posée la question : est-ce parce qu’il débordait le cadre de la résolution qui s’adressait essentiellement à l’Iran que le paragraphe n’a pas été retenue dans la motion commune ? Et la réponse est non.

Tous les paragraphes interpellent directement le gouvernement iranien sauf le 22° qui stipule : le Parlement Européen « se déclare préoccupé par le lobbying continu exercé auprès des institutions européennes par des associations islamistes réactionnaires, qui peut s’apparenter à une ingérence étrangère dans nos démocraties». Le paragraphe supplémentaire proposé par le PPE avait donc sa place. Après tout le Parlement Européen lui-même peut faire son autocritique étant donné la suspicion d’entrisme au sein même des institutions européennes et son rôle dans la diffusion d’idéologies islamistes.

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Car effectivement l’UE finance et participe à la diffusion d’idéologies islamistes à travers ses actions contre l’« islamophobie » ou « haine anti-musulman ». Co-financer une campagne du COE mettant en scène des femmes présentant le hijab comme une forme de liberté est un glissement manifeste de la défense des droits humains vers la promotion d’une idéologie religieuse. 

La Commission soutient régulièrement des partenaires clairement proche des Frères musulmans comme l’ENAR et ses membres. Elle dépense des sommes considérables pour la lutte contre les discriminations et l’intégration européenne, et elle n’est clairement pas attentive aux associations qu’elle subventionne. 

Nous, les chercheurs, avons dénoncé depuis longtemps la mainmise frériste sur les associations anti-raciste et de lutte contre les discriminations et pourtant la Commission continue de financer à travers des projets de recherche, des soutiens ou des échanges ERASMUS des associations émanant de ou liées aux Frères musulmans en Europe. 

L’amendement aurait-il changé les choses ?

Si le paragraphe avait été retenu, cela aurait entrainé la mise en place d’un système de contrôle permettant d’éviter de détourner l’argent public vers des causes privées séparatistes et anti-démocratiques. Nous avons des connaissances, des expertises, que nous pouvons mettre au service de la lutte contre le détournement et l’entrisme, mais il faut que les institutions européennes nous donnent les moyens d’agir et acceptent ce contrôle. Or c’est bien le problème de la corruption, plus elle s’étend, plus il est difficile de lutter contre.  Il est donc urgent d’agir. 

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