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Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique a apporté son soutien en faveur du maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, sur le menu sans viande dans les cantines scolaires de la ville.
©JOEL SAGET / AFP

Guerre des menus scolaires

Décroissants, végétariens et dégenrés... : l’autre danger séparatiste qui se joue dans les écoles (et celui-là pratique l’entrisme à merveille)

Quelles que soient les qualités ou les failles nutritionnelles d’un menu, un maire ou une ministre -Barbara Pompili- sont-ils dans leur rôle en prétendant imposer aux parents les habitudes alimentaires de leurs enfants ?

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

Voir la bio »Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : La prise de position de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, en faveur de la mesure du maire de Lyon Grégory Doucet, d'imposer dans les cantines scolaires de la ville, pour des raisons sanitaires, un "menu unique sans viande", est-elle un signe de plus d'une idéologisation assumée de l'Education nationale, en proie sans la considération des parents, aux idées de végétarisme, de décroissance… ?

Pierre Duriot : Attention, les communes et leurs cantines ne sont pas l’Education Nationale. Les cantines scolaires municipales concernent les enfants des écoles primaires et maternelles, les enfants du secondaire mangeant dans des réfectoires d’établissements, sur lesquels les maires n’ont pas la main. C’est bien le maire, avec son équipe et non le service éducatif national, qui sont aux manettes, en la circonstance et qui utilisent le prétexte fallacieux de la pandémie pour expérimenter le végétarisme et la décroissance, non pas à l’insu des parents, qui sont informés, mais à leur corps défendant, beaucoup, qui travaillent, n’ayant pas les moyens de faire autrement qu’avec la cantine municipale. L’argument du temps n’est pas recevable, on ne met pas plus longtemps, à six ans, pour ingurgiter un repas végétarien, qu’un repas ordinaire et en plus, le facteur temps n’interviendrait qu’un jour pas semaine. C’est grotesque. Ce maire pousse son idéologie développée pendant sa campagne, avec un objectif avoué, dès le départ, de passer au bio dans les cantines scolaires et d’y réduire les quantités de viande, la pandémie et ses conséquences ne sont donc bien que des prétextes. L’ennui est que ce maire n’a bénéficié que d’à peine 30 % des votes au premier tour, de ralliements et d’une abstention moyenne de 62 % au second tour. Il n’est donc pas représentatif de la majorité de ses administrés, qui apprécieront et on est bien dans l’imposition aux forceps des conceptions d’une minorité, pratiquant l’écologie politique, sur le dos des enfants des électeurs.

Bertrand Vergely : Trois choses frappent dans cette « affaire ». D’abord, la confusion des rôles. Le maire écologiste de Lyon Gregory Doucet décide de supprimer la viande dans les cantines pour des raisons sanitaires. Il est critiqué  par les producteurs de viande ainsi que  par la droite qui l’accuse de se servir de la question sanitaire pour faire passer des thèses écologistes opposées à la consommation de viande.   Afin de le défendre, c’est la ministre de l’écologie qui monte au créneau.  Si la raison de la suppression de la viande dans les cantines  obéit à des raisons sanitaires, c’est au ministre de la santé Olivier Véran de le dire. Et c’est à lui de venir soutenir le maire de Lyon en expliquant le bienfondé de cette décision sanitaire. Ce n’est pas à la ministre de l’écologie de venir se prononcer sur un tel sujet. Cette confusion des rôles s’accompagne d’une confusion des genres. Quand, à l’occasion de la pandémie, des décision à propos du confinement ou des vaccins sont prises, que l’on sache, c’est le ministre de la santé qui prend de telles décisions. Ce n’est pas le ministre  de l’écologie. Quand, à l’inverse, en matière de diminution des gaz à effets de serre des décisions sont à prendre, c’est le ministre de l’écologie qui les propose et non le ministre de la santé. Normalement, c’est au ministre de la santé de se prononcer sur les médicaments et c’est au ministre de l’écologie de se prononcer sur l’usage du pétrole. Dans cette « affaire », constatons le, la séparation des compétences n’est guère respectée, le ministre de l’écologie se mêlant de donner son avis à propos de la santé. Cette confusion renvoie à une confusion de pensée. La  consommation de viande ne concerne ni la santé ni l’écologie mais la religion, la philosophie et la morale. Quand, le christianisme décide de s’abstenir de viande pendant la période de carême qui vient de débuter pour les catholiques, il s’agit d’opérer une mutation spirituelle. Au lieu de sacrifier les animaux pour s’approprier des forces naturelles, le carême est un temps où l’on s’abstient de se nourrir avec des forces naturelles par des sacrifices d’animaux  afin d’être nourri par des forces divines et célestes qui ne font couler aucun sang. C’est une vision hautement spirituelle et morale qui invite à renoncer à la viande et non une volonté conservatrice à l’égard de la santé ou de la planète. Lorsque l’on mange de la viande, on exprime une volonté conservatrice d’acquérir des forces grâce à la viande. Quand on s’en abstient pour des raisons médicales ou écologiques, on continue de se comporter de façon conservatrice. Il existe une volonté de faire passer la préservation de la santé ou bien encore de la planète pour un projet révolutionnaire. Ce projet n’a rien de révolutionnaire. Sur un mode médical et écologiste il décline la vision conservatrice qui est à la base de l’individualisme possessif qui, depuis Hobbes au 17ème siècle, est le fondement de la pensée politique moderne.

Alors même que le gouvernement affirme sa volonté de lutter contre les séparatismes, peut-on dire que l'école, tant à travers la question des menus mais également des programmes scolaires et de son organisation, est elle-même en proie à un séparatisme bien particulier en ce qu'il y est maître ?

Pierre Duriot : L’école et les mairies de gauche, islamo-gauchistes, comme le confirme le Ministre Blanquer et même, les écolo-islamo-gauchistes, puisque les Verts sont la plupart du temps en cheville avec l’extrême gauche, synthétisent deux problèmes qui se cristallisent sur les cantines scolaires. Le premier est l’entrisme musulman, qui exige des menus sans porc et même des menus halal. Le second est celui de l’écologie politique, qui vise l’instauration d’un citoyen occidental respectueux du bien-être animal. Les groupes promoteurs minoritaires de ces deux poussées arrivent donc à un genre de compromis, avec un menu végétarien, qui satisfait les premiers puisqu’il ne contient pas de porc et les seconds parce qu’il ne contient pas de viande. Seulement l’affaire est hautement cocasse, puisque vous aurez remarqué que les écologistes, qui s’insurgent contre l’abattage raisonné des animaux d’élevage, tolèrent parfaitement l’abattage halal, autrement plus saignant. Et les militants végans exaltés s’en prennent régulièrement à des boucheries traditionnelles, mais jamais à des boucheries halal. Ceci parce que, « Tenir un discours critiquant l’abattage rituel en particulier, risquerait d’être relayé par des mouvements xénophobes », a expliqué un militant suisse, impliqué dans le saccage de boucheries genevoises en 2018. On voit donc à la fois, des Verts et des musulmans, accoquinés sur un front alimentaire, mais des Verts, trop heureux de ne pas voir ce qui ne les arrange pas, quand il s’agit de leurs alliés de circonstance. On vous laisse deviner lequel de ces alliés, à la fin, sera le dindon de la farce.

L’école, si elle n’est pas impliquée dans cette histoire de cantine, ne ménage pas pour autant ses efforts idéologiques, écologiques surtout. Elle relaie abondamment la thèse du réchauffement climatique causé par l’activité industrielle, apprend le tri sélectif des déchets, la disparition de certaines espèces animales, s’inquiète du bétonnage des espaces ruraux, mais s’adapte elle-aussi à ses encombrants élèves issus des milieux musulmans intégristes. Ainsi, elle évite, comme les écologistes, le sujet des pistes de ski en plein désert et les espaces publics à air conditionné, dans les pays arabes, qui eux, ne polluent pas. Ou encore, ne fait polluer les véhicules diesel que dans les pays industrialisés, de type occidental. Le tout au détriment des apprentissages fondamentaux, avec les résultats que l’on connaît en termes de savoir et de compétences de nos élèves, les deux en chute libre.

Les uns et les autres ménagent la chèvre et le chou, pratiquent l’écologie punitive et culpabilisante, mais uniquement quand c’est possible et avec qui c’est possible… avec les Occidentaux uniquement.

Bertrand Vergely : Le séparatisme est un terme qui a été forgé récemment afin de ne pas prononcer celui de communautarisme. Il a été utilisé pour ne pas désigner un groupe de personnes mais une attitude intellectuelle, morale et politique. Les islamistes ont l’intention de prendre le pouvoir. Ils l’ont fait en créant Daech. Ils le font en Afrique à travers des groupes terroristes. En Europe,

ils le font en poussant un certain nombre de musulmans à devenir une communauté déclarant ne pas pouvoir respecter les lois de la démocratie et de la République pour incompatibilité avec les lois religieuses musulmanes. Quand tel est le cas, bien que le terme ne soit pas très heureux, on a effectivement affaire à un séparatisme. De l’intérieur de la République, une communauté est en train de se séparer de l’État républicain et de la loi républicaine en avançant des raisons religieuses. Comme la République repose sur la liberté de culte et que l’État est censé ne pas se mêler de la vie religieuse, le séparatisme musulman en profite pour avancer patiemment son pouvoir au sein de la société contemporaine. Avec l’écologie, il en va différemment. La raison en est simple. L’écologie n’a pas besoin de lutter pour prendre le pouvoir. Elle l’a déjà conquis. Tous les États sont écologistes.  Quand, à l’occasion de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un groupe armé investit le terrain du futur aéroport, se retranche sur ce terrain, interdit à la police de rentrer, va contre l’avis des habitants de la zone qui sont pour l’installation de cet aéroport en ayant voté pour cela, forme un véritable État dans l’État en ne respectant plus aucune loi républicaine, l’État recule et se plie à la volonté de ce groupe. Actuellement, des associations écologistes ont l’intention de traîner l’État en justice pour manque d’ambition en matière d’écologie et de réduction des gaz à effets de serre. On accuse les grandes multinationales d’être plus fortes que les États. Elles ne sont pas les seules. Les écologistes sont pus forts que les États, l’Écologie pouvant ne pas obéir à l’État alors que les États sont tenus d’obéir aux écologistes. L’État fait-il mine de vouloir s’écarter de l’orthodoxie écologique ? Faisant figure de dangereux séparatiste, c’est lui qui est rappelé à l’ordre.

Quelles conséquences cette éducation idéologique bercée d'idées décroissantes, dégenrées, végétariennes, peut-elle avoir sur les enfants, et sur les citoyens qu'ils vont devenir ?

Pierre Duriot : Concernant la nutrition, c’est difficile à dire. Un repas par semaine sans viande ne nuit pas dans les familles où l’alimentation est saine et régulière. Ceux qui vont en souffrir le plus sont les familles les plus modestes, pour qui l’achat de viande est le moins accessible, ce qui va également à contre courant des pensées égalitaires des écologistes, mais cela, ils ne le voient pas non plus. Pour le reste, tout est assez flou. Il m’est souvent donné de constater que ces trentenaires, pourtant biberonnés à l’écologie à l’école, sont en grande partie, encore plus sales que leurs aînés et jettent mégots et emballages par les fenêtres de leurs voitures, ou déposent leurs ordures à peu près n’importe où, en ville ou dans la nature. Les élèves modernes sont le plus souvent blasés et apathiques, peu disposés à fournir un travail, ou à respecter règles et consignes. Pour ce qui est du genre, la perte de repère est certaine et se manifeste de plusieurs manières. On assiste parfois à une marginalisation du père, interdit de poser les cadres, vécu comme castrateur et méchant, avec un lot de problématiques éducatives très conséquent dans les familles. On est passé plus volontiers, mais tout cela est gradué, les familles recomposées aidant, à une cellule, non plus de type familial, construite autour du couple originel, mais à un mode de vie en tribu, où tout le monde se retrouve à égalité, simplement membre de la tribu, caractérisé par son espace de vie et sa connexion internet. Et peu importe que certains fassent bouillir la marmite, on y vit dans le compromis permanent, sans forcément utiliser l’autorité. On peut aussi mettre sur le compte de ces errements idéologiques, une partie de l’explosion de la délinquance des mineurs, une forme d’incompréhension qui s’installe entre les générations et qui est mise très clairement en relief lors de l’épisode pandémique que nous traversons. En réalité les conséquences de ce matraquage idéologique hors sol sont assez palpables tout en étant floues et diversifiées. Reste que les enfants sont des petits carnivores, la présence de leurs canines en témoigne et que leurs hormones restent celles de mammifères ordinaires, mâles et femelles. Et qu’à force de négation de la réalité, elle finira par nous revenir dans la figure…

Bertrand Vergely : Les conséquences de la prise de pouvoir mondiale de la mentalité collective par l’idéologie à la fois verte et arc-en-ciel sont simples. Cette idéologie est devenue tellement spontanée, tellement naturelle, que le citoyen moyen ainsi que les enfants ne comprennent pas que l’on puisse penser autrement. Cela se voit dans les réactions des dirigeants européens et français. Dernièrement, Ursula van der Leyen, présidente de la commission européenne a qualifié d’ « obsolète » le fait de penser qu’une famille se faisait avec un homme et une femme. Quand Barbara Pompili vient défendre le projet d’un menu sans viande dans les écoles, elle justifie son engagement végétarien en qualifiant de « préhistorique » le fait de défendre le menu avec viande. Obsolète ! Préhistorique !  Entre les propos d’Ursula  Van der Leyen et ceux de Barbara Pompili, il y a un lien éclairant l’idéologie qui a pris le pouvoir du monde et qui va désormais diriger  ce que vont penser les citoyens et les jeunes. Ce lien se résume par trois mots : 1. C’est acquis. 2. Ce n’est pas un argument. 3. On ne discute pas. Pour la nouvelle pensée à la fois écologique et arc-en-ciel, il est désormais acquis que la viande est mauvaise pour la santé ainsi que le climat.  Comme il est acquis que désormais un homme et une femme ne sont plus la condition pour faire une famille. On pense le contraire ? On est obsolète et préhistorique. On ressemble à ceux qui jadis pensaient que la terre était plate. On est victime de croyances irrationnelles, obscures et archaïques. On demande des explications à propos de la disparition de la viande ou bien encore du couple homme femme  comme couple de base ? La réponse est cinglante. La viande est mauvaise dans les cantines parce que les animaux qui produisent de la viande sont responsables de l’émission de 15% des gaz à effets de serre dans la planète. Le couple homme-femme n’est plus le couple de base pour donner la vie parce qu’il n’y a pas que ce couple.  Le fait que l’on brandit, la statistique que l’on met en avant tiennent  lieu de réflexion. L’écologie et la pensée arc-en-ciel des dogmes qu’il n’est pas pensable de remettre en question. L’idéologie est la pensée d’un monde sans pensée. Aujourd’hui, en se développant sur le mode d’une idéologie à la fois arrogante et péremptoire, l’écologie et la pensée arc-en-ciel sont devenues les pensées d’un monde dans pensée. Quand asséner les dogmes écologiques et arc-en-ciel ne suffit pas pour avoir le pouvoir,  il reste une ultime façon de clore à son avantage toute discussion : on déclare que l’on ne discute pas, ceux qui n’admettent pas les dogmes écologiques et arc-en-ciel n’étant pas dignes que l’on discute avec eux. Pour l’instant, cela clôt la discussion et donne le pouvoir à l’écologie et à la pensée arc-en-ciel. Pour l’instant. Un jour, il y aura un retour de manivelle. Quand on fait le malin avec  la pensée, un jour la pensée se venge.

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