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©Angela Weiss / AFP

Atlantico Business

Covid-19 : la fin du tunnel est en vue mais pas partout et pas pour tout le monde

Les chiffres sur la pandémie reculent un peu partout sur la planète, en dépit de l’arrivée des variants... Du coup, sur le front de l’économie, ça s’améliore aussi. Mais pas partout. En Chine et aux États-Unis, ça va beaucoup mieux. Mais l’Europe reste en retard.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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D’un côté, les chiffres de la pandémie s’améliorent un peu partout dans le monde. Pour la première fois depuis le début de l'épidémie, l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé, confirme une baisse spectaculaire des contaminations, une baisse des entrées à l'hôpital et en réanimation et un recul de la mortalité. Et cela, en dépit des menaces portées par l’arrivée des variants dont on ne réussit pas à mesurer les effets réels, à la fois sur la gravité de la maladie et sur leur réaction aux vaccins.

D’un autre côté, sur le front de l’économie, l’activité a repris très sensiblement des couleurs. Les chiffres du commerce extérieur selon l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce, confirme un redressement des échanges de produits, notamment entre l’Est et l’Ouest de la planète. L’usine du monde, la Chine, a retrouvé ses rythmes de production à destination de l’Occident. Les bateaux porte-conteneurs ont repris la mer et les avions commerciaux recommencent à voler presque normalement.

Sur les marchés financiers, les acteurs anticipent depuis quelques mois déjà  cette sortie du tunnel. Tous les indices boursiers sont orientés à la hausse et les opérateurs comme les chefs de grandes entreprises considèrent qu’il existe désormais une sortie de crise dès cette année. C’est vrai en Asie et aux États-Unis, c’est moins vrai en Europe.

C’est vrai que l’attention des médias se focalise sur des pays qui sont encore en risques graves (le Brésil) ou sur des régions qui sont touchées par le variant (la Moselle en France), mais globalement, quand on prend les chiffres de contaminations dans le monde entier, on s’aperçoit que la situation est sans doute en train de changer. Dans beaucoup de régions, les taux d’incidence sont tombés en dessous de 1 (le fameux R0.)  Ce qui veut dire que la circulation du virus s’est ralentie et que la contamination s’est affaiblie avec des malades moins gravement atteints qu’auparavant.

Les courbes publiées depuis une semaine en France sont à peu près calées sur les profils mondiaux moyens. Ce qui fait dire à beaucoup d’observateurs que les experts de la médecine ont dû se tromper quand ils annonçaient une troisième vague et imploraient l’exécutif d’installer un confinement total. Le pouvoir politique n’a pas suivi les recommandations des experts et l’évolution actuelle donne un peu raison au président de la République, quand il a repris la main. Sauf que personne ne crie victoire, il faut rester extrêmement prudent.

Ces tendances très moyennes cachent beaucoup de disparités qui impactent très fortement les situations économiques.

On peut donc considérer que les Chinois sont complètement sortis d’affaire, et que les Américains voient le bout du tunnel, peut être aussi la Grande Bretagne où on commence à sentir, dans le moral des populations, les effets positifs de la campagne de vaccination très massive et performante. Donc dans ces pays, la situation économique s’améliore.

Mais l’Union européenne est encore à la traine. Et plus particulièrement la France.

L‘Europe paie cher son caractère hétéroclite et non homogène. L’Europe se compose de 27 Etats-nations qui ne sont pas coordonnés alors que la circulation des hommes n’a jamais été interdite.

La situation s’est très légèrement améliorée parce que tous les États ont peu ou prou généralisé les mêmes pratiques. Les gestes barrières sont respectés, le gel hydro alcoolique aussi et le confinement ou les couvre-feux ont, quoi qu’on dise, protégé les populations. Ces pratiques restent en vigueur aujourd’hui parce que, face aux variants, aucun pays n’a en réserve de  solution alternative.

L’Europe est en retard parce que l’Europe a été incapable de faire ce qu‘ont fait les pays d’Asie ou même la Russie, les États-Unis et la Grande Bretagne. L’Europe n’a pas réussi à fermer (ou contrôler) ses frontières, incapable de mettre en place une politique de traçage, d’isolement efficace et pour couronner le tout, incapable de lancer très vite des campagnes de vaccination de masse. Faute de disposer des doses nécessaires. La Commission européenne a joué les centrales d’achat, mais s’est fait doubler auprès des fournisseurs. D’autant qu’on s’est interdit pour des raisons politiques d’acheter des vaccins en Russie ou en Chine. Cela dit, la question des approvisionnements finira par s’arranger, mais avec 6 mois de retard. Et 6 mois de retard dans cette pandémie, c’est six mois de confinement supplémentaire, ce qui coute très cher à l’économie.

En attendant ces campagnes de vaccination, il faut reconnaître que l’Europe et la France en particulier, ont beaucoup de mal à organiser un dépistage, un traçage, puis un isolement des cas positifs. Les raisons ne sont pas techniques, elles sont politiques et culturelles. Les Français ont tendance à rejeter toutes les mesures qui pourraient se traduire par des atteintes à la liberté individuelle, ce qui est une bêtise parce que ça laisse en liberté des cas contaminés et dangereux. Du coup, on préfère enfermer tout le monde plutôt que de laisser circuler ceux qui sont immunisés et non contaminants.

On aurait besoin de tests faciles et rapides, on a besoin de vaccins. On aura aussi besoin de certificats de vaccination ou de testing. Ce qu’ont mis en place Israël, la Nouvelle Zélande, Singapour ou la Chine. Les expérimentations que veut faire Roselyne Bachelot, en organisant des concerts où les spectateurs seraient testés à l’entrée comme à la sortie, sont très importantes pour l’avenir.

En France, les compagnies aériennes, les entreprises, les théâtres, les restaurants auraient besoin de savoir si les gens qu‘ils accueillent sont porteurs ou pas du virus.

L’impact des politiques sanitaires se lit mécaniquement sur l’état de la situation économique. La Chine a retrouvé son activité normale et son chemin de la prospérité. Les Etats-Unis sont en train de redémarrer avec un taux de chômage, qui est revenu au minimum historique.

Mais l’Europe ne réussit pas à retrouver sa vitesse de croisière. L’Europe n’est pas en panne, les chefs d’entreprises se sont adaptés, ils ont appris à vivre avec le virus, leurs clients aussi, mais les machines ne tournent pas à plein régime.

Tous les moyens existent pour redémarrer très fort. Les entreprises sont en état, l’argent est disponible prêt à sortir des livrets de caisse d’épargne, les clients ont faim et soif de consommation. Les entreprises sont très résilientes.  Les personnels sont fatigués du télétravail et beaucoup ont envie de revenir au bureau et retrouver leurs collègues et leurs amis. La machine à café manque au plus grand nombre.

L’Europe a un autre problème. Les Etats-membres ont beaucoup mis sous perfusion les systèmes de production. Il va falloir débrancher les perfusions - subventions et chômage partiel. Il va falloir accompagner les entreprises qui étaient déjà, avant le Covid, en grave difficulté.

Mais il manque peu de choses pour que ça redémarre très fort. Il manque la confiance. Et la confiance restera en panne tant qu’on n’aura pas régler la stratégie vaccinale. Donc l’Europe va prendre au moins six mois de retard. D’autant que l’Europe a beaucoup de difficultés pour coordonner son plan de relance. Ce qui veut dire que 2021 ne permettra pas de compenser les pertes. La priorité des priorités devrait être de finaliser la campagne vaccinale et de préparer les passeports qui permettraient d’ouvrir toutes les portes sans risque.

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