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Burn-Out : l'autre crise sanitaire qui nous menace après un an de pandémie ?
Burn-Out : l'autre crise sanitaire qui nous menace après un an de pandémie ?
©OLI SCARFF / AFP

Impact psychologique

Burn-out : l'autre crise sanitaire qui nous menace après un an de pandémie ?

La pandémie de Covid-19 et l'accumulation d'heures consacrées au télétravail peuvent avoir des conséquences sur le long terme et conduire dans certains cas au burn-out.

François Baumann

François Baumann

François Baumann est médecin généraliste, fondateur de la Société de Formation Thérapeutique du médecin Généraliste (SFTG). Intéressé par toutes les dimensions des Sciences Humaines et Sociales qui participent à une meilleure santé des hommes, il a publié de nombreux ouvrages sur ces thèmes. Il est également enseignant à l'Université Paris V et membre du comité Scientifique International de l'UNESCO (département de Bioéthique).

Il est auteur de Burn Out : quand le travail rend malade, L'après burn-out et Le Bore-out, quand l'ennui au travail rend malade aux éditions Josette Lyon. 

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Atlantico : Les cas de plus en plus nombreux de burn-out sont-il un de ces phénomènes inquiétants provoqués par la pandémie ?

Dr François Baumann : En tant que médecin, j'ai plus de monde qu'avant dans mon cabinet. Des gens touchés par une accumulation de stress, car le burn-out est d'abord une maladie du stress.

Dans l'ambiance quotidienne, que ce soit dans mon cabinet ou dans la rue, on voit une sorte de crainte permanente et des gens qui n'ont plus une vraie joie de vivre. Une angoisse des autres aussi. Au niveau du travail, cela entraîne une sensation de burn-out à court-terme. On n'a plus envie de travailler dans ces conditions et on a envie d'arrêter. Les patients se lassent très vite du télétravail qui augmente le stress à la maison. Je vois beaucoup de patients qui n'en peuvent plus et demandent des arrêts de travail. 

Qu'est-ce qui dans la pandémie peut provoquer des burn-out ?

La solitude occasionnée par le télétravail, l'absence de relations humaines, la peur du lendemain. On ne sait pas de quoi demain va être fait et on vit accroché aux discours de nos ministres. C'est un facteur de peur et de stress. La charge de travail est visiblement plus élevée. On a donc des cas de surmenage, avec peu de moyens de s'échapper en raison des différentes restrictions. On voit aussi les gens autour de soi qui ont attrapé le Covid et on n'a pas envie que ça nous arrive. Tout cela forme un tout assez coercitif et assez stressant et peut occasionner des états dépressifs.

Il y aussi une chose qui m'a frappé aussi, c'est l'agressivité croissante qu'on voit se développer chez les gens. Il y une plus grande irritabilité qui peut être liée à des troubles du sommeil. Il y a une sorte de burn-out social qui est sans doute plus important que le burn-out individuel.

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Le télétravail incite-t-il davantage à déborder des horaires de travail habituels ?

Bien-sûr, toutes les bornes qu'on pouvait avoir avant se sont fondues dans le télétravail : les horaires de travail, la frontière entre vie privée et vie professionnelle... Voir les autres est aussi une forme de limite. Même si on n'apprécie pas tout le monde, cette limite "humaine" est aussi importante et elle n'existe plus.

Y a-t-il un profil type de la personne faisant un burn-out en ce moment ?

Ce sont plutôt des gens qui ont la trentaine. D'habitude, ils sont un peu plus âgés. Ils sont peut-être plus fragiles et plus surpris par ce qu'il se passe, par l'absence de bornes et de limites. 

Y a-t-il des choses simples à mettre en place pour limiter ces burn-out ?

Je pense évidemment aux activités physiques et sportives. Mais quand je dis cela à mes patients, ils me disent qu'ils ne peuvent pas, qu'ils n'ont pas le temps ou que c'est interdit. C'est très grave. Beaucoup de la tolérance à la société est basé sur l'activité physique,  faire autre chose qu'être devant son écran, etc. Il faudrait que les entreprises dégagent du temps pour laisser les travailleurs se dépenser.

Le burn-out est-il suffisamment reconnu dans la société ?

C'est reconnu par la sécurité sociale par les arrêts de travail. Et c'est reconnu au niveau social car il y en a beaucoup. Il faut aussi savoir ce qu'on appelle "burn-out". Quand on discute avec les gens on s'aperçoit souvent que ce n'est pas ça qu'ils ont, c'est davantage un état dépressif ou du stress. Alors que le burn-out donne un type des conséquences d'un stress d'une façon très particulière. Peut-on caser ces gens à chaque fois dans un burn-out "classique" tel que j'ai pu le décrire il y a 15 ans ? Je ne crois pas. Je crois que la symptomatologie a changé avec le temps. Mais globalement c'est accepté et on prend au sérieux les gens qui disent qu'ils font un burn-out.

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