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Bayrou et l’appel du vide
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Revue de presse des hebdos

Bayrou et l’appel du vide

Signe d’un vide politique (et médiatique) des plus préoccupants ou d’un réel engouement ? Contre toute attente, le tout frais candidat du MoDem, sur lequel personne n’aurait misé il y a dix jours, dépasse désormais en popularité Hollande… et naturellement Sarkozy.

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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Circulez, y’a rien à voir ! Ni DSK, ni princesse, ni mallettes, ni affaire de financement “ présumé occulte ”… rien ! Pour la première fois depuis six mois, aucun de vos journaux n’évoque l’ancien patron du FMI, dont l’audience dans l’affaire Carlton a été, comme on sait, reportée au mois de janvier. Quant aux autres dossiers brûlants — Karachi, Fédération PS du Pas-de-Calais… —, il semble, pour ainsi dire, qu’ils n’aient jamais existé. Serait-ce déjà “ la trêve des confiseurs ” ? Bizarre, en même temps — peut-être… — assez révélateur du fonctionnement de nos médias, et de nos politiques...

 

La presse manquerait-elle de suite dans les idées ? 

Une semaine après avoir dénoncé, sur huit pages, le système de financement “ présumé occulte ” de la Fédération PS du Pas-de-Calais, “ Les Inrocks ” n’en soufflent plus un mot ce jeudi et nous proposent à la place un entretien avec… Eva Joly. Pas de quoi faire avancer le schmilblick… “ L’Express ”, de son côté, nous offre un spécial “ Mafia ” (italienne, il va sans dire) dont rien, dans l’actualité, ne semble justifier l’urgence. “ Le Nouvel Obs ” fait sa couv sur les “ patrons, traders, (et autres) stars du foot (qui) ne connaissent pas la crise ” et énonce les “ onze propositions ” de Martin Hirsch “ pour taxer les hauts revenus ” qui, démontre-t-il, ont “ un véritable impact sur l’économie ”. De là à y voir la panacée pour juguler la crise… peut-être pas, hein ? 

 

“ Crise : les gros mensonges ”

La crise, c’est précisément le sujet de une du “ Point ” qui, menton en avant, a décidé cette semaine de nous révéler “ les gros mensonges ” qu’apparemment on nous sert à longueur de déclarations. Exemples : “ L’austérité va nous tuer ”, “ Il faut nationaliser les banques ”, “ C’est la faute aux spéculateurs ”, etc… Lecture faite des 15 — oui, 15 ! — contre ou semi-vérités courant à propos de la crise, on est obligé de le dire : on n’y voit pas plus clair. Plus embêtant : on n’a pas trouvé où étaient “ les gros mensonges ” vendus en couverture. De ce gros dossier de 17 pages, on n’a retenu, en fait, à côté des “ chiffres chocs ” sur les déficits et la dette, qui produisent toujours leurs petits effets, qu’une seule information délivrée en tout début de papier : “ A peine connu, le résultat du sommet “ de la dernière chance ” de ce mois de décembre (…) n’a pas convaincu les marchés. Dès le lendemain, le CAC 40 perdait 2, 6 % ”. Ah, on est bien avancé !

 

PS : la guéguerre plutôt que le fond de l’affaire

Et donc rien, sur la fédération PS du Pas-de-Calais ? A part un nouvel article du “ Point ” sur Jean-Pierre Kucheida, très en-deçà des révélations des “ Inrocks ” du 7 décembre, l’hebdo de Franz-Olivier Giesbert, comme “ Le Nouvel Observateur ”, s’intéressent moins en vérité au fond de l’affaire qu’à la guéguerre qu’elle a suscitée au sein du parti. Faut-il leur jeter la pierre ? On aurait aimé, en vrai, que les journaux creusent plus profond… Difficile, en même temps, de leur reprocher l’attitude des représentants du PS la semaine dernière : de cela, ils ne sont absolument pas responsables.

 

Martine Aubry fait circuler en “ off ” la lettre d’Arnaud Montebourg

Hebdo “ de gauche ”, s’il en est, “ Le Nouvel Obs ” rapporte en effet les dessous de l’affrontement Montebourg-Aubry autour de la litigieuse fédération : “ Mercredi 7 décembre, 9 heures. Dans son bureau de la rue de Solférino à Paris, Martine Aubry reçoit une poignée de journalistes pour une petite séance de “ off ” (…). Entre deux confidences sur les excellentes relations qu’elle dit entretenir avec François Hollande, la première secrétaire exhume une lettre signée Arnaud Montebourg. “ Vous n’en faites pas état ! ”, prévient-elle. La missive en date du 21 novembre 2011 passe de main en main. Elle vise “ un système de corruption des élus du Pas-de-Calais (…) Des informations de nature et d’origine judiciaires, précises, concordantes et recoupées, permettent sérieusement de penser que la fédération socialiste du Pas-de-Calais et son principal protagoniste, Jean-Pierre Kucheida vont faire l’objet de mises en cause par la justice lilloise dans la période de l’élection présidentielle ”, prévient Montebourg ”.

 

Martine change d’avis

Dans sa lettre, le député de Saône-et-Loire poursuit : “ “ Je te demande comme un service personnel à rendre au parti de ne pas investir Jean-Pierre Kucheida et Albert Facon aux élections législatives dans le Pas-de-Calais. (…) Contrairement à ta gestion calamiteuse du dossier des Bouches-du-Rhône dans lequel tu as préféré ne rien voir et ne pas agir ”. Martine Aubry, indique l’ “ Obs ”, ne goûte guère la leçon de morale : “ Je trouve lamentable que Montebourg joue les chevaliers blancs. D’autant qu’on n’a rien contre Kucheida qui doit bénéficier de la présomption d’innocence ”. Vingt-quatre heures plus tard, la première secrétaire a changé d’avis ! (…) Elle lance une commission d’enquête sur le fonctionnement du Pas-de-Calais et gèle l’investiture de Jean-Pierre Kucheida. (…) Et voilà comment Solférino enclenche une nouvelle polémique qui pollue la campagne socialiste ”. Et pourrait bien la condamner.

 

Bayrou devant Hollande, Sarkozy et Le Pen

Comment ne pas y voir un lien de cause à effet ? A l’heure où le PS s’empêtre dans le dossier Pas-de-Calais, “ le Point ” annonce la percée de celui en qui personne, il y a dix jours, ne croyait… on a nommé François Bayrou ! “ Il dépasse Hollande en popularité et cannibalise le Front national ”, titre l’hebdomadaire qui publie ce jeudi son "baromètre" Ipsos. Avec 50 % d’opinions favorables, le patron du MoDem double en effet François Hollande (49 % d’opinions favorables), en recul de trois points sur un mois. Comme le leader PS, Nicolas Sarkozy (36 %, - 1 point) et Marine Le Pen (28 %, - 3 points) sont en recul, également. “ Certes, les sondages ne font pas l’élection, mais tout de même !, s’exclame “ Le Point ”. (…) Le candidat centriste, pardon, “ central ”, (…) est certain, désormais, de tirer parti des difficultés de ses concurrents, à gauche comme à droite. “ J’ai toujours pensé, confie-t-il, que le nombre de Français qui ne cherchent à rallier ni l’UMP ni le PS était beaucoup plus important qu’en 2007 ” ”.

 

Bayrou arme anti-bleu Marine ?

“ Face au manque d’enthousiasme soulevé par le duo Nicolas Sarkozy-François Hollande, on annonçait l’ascension de Marine Le Pen, adepte d’une vraie rupture, poursuit le mag. Elle a fait sa percée mais semble stagner, voire régresser depuis quelques semaines. François Bayrou lui a en partie volé la vedette. Et ses partisans. Il séduit en effet de plus en plus d’électeurs frontistes (ils sont en hausse de 14 % parmi les soutiens du Béarnais). Explication du bénéficiaire : “ Ce sont des Français qui veulent rompre radicalement avec le pouvoir à deux et construire en même temps quelque chose d’honorable ” ”.

 

Bayrou, les “ think tanks ” et “ l’incapacité des partis ”

Bayrou, nouveau candidat “ anti-UMPS ”. On voit bien l’idée. On ne peut pas s’empêcher de la relier au papier que “ Télérama ” consacre ce mercredi aux “ think tanks ”, ces “ laboratoires à idées ou groupes d’experts chargés d’influencer les politiques publiques ”. “ Ils seraient aujourd’hui près de deux cents en France, note le journal, et, en ces temps de crise et de campagne présidentielle, pas un jour ou presque sans qu’on en voie jaillir un nouveau. (…) La montée en force des think tanks révèle, en creux, l’incapacité des partis, l’assèchement de politiques piégés dans le court-termisme. En novembre, lors du deuxième forum des think tanks, Henri Weber, ex-leader de 68, cofondateur de la LCR, membre du PS, expliquait ainsi qu’il y glanait des idées, “ par exemple sur la dette ”, et des experts à inviter devant les commissions du PS. “ Le Parti ne parvient pas à réfléchir. Ses cadres sont des élus dont l’emploi du temps est consacré à être en représentation. Il arrive qu’on fasse remonter une bonne idée de la base, mais ne rêvons pas, il faut être en lien avec ceux dont c’est le métier ” ”. Etonnant.

 

Think tanks de droite et de gauche, mêmes idées, même combat

Attention, pas de conclusion hâtive : le recours aux think tanks n’est pas réservé au PS. A droite aussi, il arrive que “ le parti ne parvienne pas à réfléchir ”. A côté de Terra Nova, de la Fondation Jean Jaurès ou de Copernic, classés à gauche, “ Télérama ” précise que la droite a, elle aussi, ses “ pourvoyeurs d’idées ”, tels l’Institut Montaigne, Fondapol ou l’IFRAP. Fait frappant : qu’ils soient de droite ou de gauche, ils préconisent souvent les mêmes axes de réflexion, voire les mêmes solutions. “ “ Globalement, les think tanks, c’est peu d’audace et beaucoup d’eau tiède, constate un ancien de Fondapol. Le bilan de la crise ? Ils font tous le même ! ” Idem chez plusieurs ex-Terra Nova, indique le news, “ la pensée critique est absente, on réfléchit dans le cadre du système. Vous pouvez multiplier les think tanks, si le monde que vous décrivez n’est pas juste, vous n’aurez jamais de meilleures politiques publiques ! ” ”

 

Des partis politiques nourris en idées “ standardisées ”

“ On a eu beau chercher, commente “ Télérama ”, on a trouvé peu de grands débats d’idées, de vraies absences — presque rien sur le nucléaire ! — et de larges consensus : sur les solutions à la dette ou la réforme des retraites, pour la “ compétitivité qualitative ”, contre le principe de précaution… Les think tankers font prospérer la pensée dominante et préfèrent mettre en avant des “ valeurs ” abstraites, souvent les mêmes à gauche et à droite — le progressisme, la solidarité sociale… (…) “ Entre le libéralisme à prétention sociale de Montaigne et le progressisme légèrement socialisé de Terra Nova, il devient difficile de distinguer leur ADN politique, observe le journaliste Olivier Vilain. Ils contribuent à fabriquer cette pensée standardisée que l’on retrouve dans les partis, avec des retouches adaptées au profil de chacun. Leurs idées ressemblent à des vêtements de prêt-à-porter ”. D’où l’indifférenciation entre les candidats Hollande et Sarkozy, et la percée — à confirmer, évidemment — de l’“ anti-UMPS ” béarnais ? Le lien paraît assez logique. Sur le traitement “ timoré ” que la presse fait de la “ chose publique ”, là, en revanche, on n’a pas trouvé d’explication. Mais peut-être a-t-elle, elle aussi, ses “ think tanks ” ?

 

A lire, encore

Au chapitre “ brèves ”, Christine Albanel a écrit une pièce de théâtre sur “ les manœuvres du président ” racontées par deux huissiers qui ne sera produite qu’après la présidentielle (“ Le Point ”) ; Rolland Courbis conseille “ en secret ” Eric Besson pour sa reconversion dans le football. Problème, note “ Le Point ”, “ l’ex-joueur et entraîneur a aussi un joli palmarès judiciaire ”.

Dans “ L’Express ”, l’entretien de Mikhaïl Gorbatchev, “ La société russe va résister ”, et “ L’homme qui tire les ficelles du Kremlin ” sur “ l’éminence grise et l’idéologue cynique ” Vladimir Sukov ; “ Grand froid pour Areva ” ; “ Mensa : les grands esprits se rencontrent ” sur le drôle de cercle qui “ fédèrent les happy few dotés d’un QI hors norme ” ; “ Un Frenchie chez Spielberg ” sur le producteur exécutif des “ Aventures de Tintin ” Stéphane Sperry et “ Vaccinées contre le vaccin ” sur ces jeunes filles qui sont de plus en plus nombreuses à “ refuser les injections pour prévenir le cancer du col de l’utérus ”.

Dans “ Le Point ”, “ 24 heures chez les flags ” sur la “ section 112, où l’on gère les gardes à vue ” ; “ Ca plane pour Olivier Dassault ” qui prend la tête de la holding familiale ; “ La deuxième conquête du Pôle Sud ” sur l’Antarctique “ pris d’assaut par les scientifiques et les touristes ”.

Dans “ Le Nouvel Obs ”, “ Cinq hommes dans la vie de Mélenchon ”, ou comment Pierre Lambert, Claude Germon, Julien Dray, François Mitterrand et Lionel Jospin ont influencé le destin de “ Méluche ” ; “ Ces enfants que la France enferme ” sur “ les familles (d’étrangers) interpellées avec leurs enfants et retenues sans jugement pour atteindre les quotas d’expulsion ” ; “ Prostitution : la chasse aux clients ” ; “ Dynasty Clinton ” sur Chelsea, fille de Bill, dont “ l’arrivée sur la chaîne NBC suscite curiosité et polémique ” ; “ Comment les Narcos ont gagné ”.

Dans “ Challenges ”, “ Opérateur ”, le portrait de Xavier Niel, fondateur d’Iliad-Free, à la veille du lancement du “ 4e réseau de téléphonie mobile ” ; “ Julie Guerrand (36 ans) bâtit la nouvelle forteresse d’Hermès ” ; “ Comment gouverne l’ingénieux roi des forains parisiens ” sur l’incontournable Marcel Campion ; “ La vérité sur les cercles de jeu à Paris ” et “ Le tigre malaisien tente de se faire Dragon ”.

Dans “ Les Inrocks ”, l’interview d’Eva Joly, “ Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ? ”, le portrait de l’attaché de presse du Front national Alain Vizier, et “ Derrière Aqmi : le grand bonneteau des otages ”.

Dans “ VSD ”, “ Police : le grand corps malade ” et “ Japon : comme un poison dans l’eau ” sur la radioactivité des produits alimentaires courants.

Côté dossiers, “ Challenges ” propose son “ Palmarès 2012 des écoles de commerce ” et “ Le Point ” son “ spécial cadeaux ”. A tout prendre, entre nous, on préfère les cadeaux.

 

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