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Le président colombien dit ne pas être opposé à la dépénalisation de la cocaïne.
Le président colombien dit ne pas être opposé à la dépénalisation de la cocaïne.
©Flickr/Nightlife Of Revelry

Stupéfiant !

Le président colombien a-t-il fumé quand il propose la dépénalisation de la cocaïne ?

Juan Manuel Santos, le président colombien a avoué ne pas être contre la légalisation des drogues y compris la cocaïne. Si la déclaration peut choquer, elle a le mérite d'ouvrir le débat puisque la guerre contre la drogue est un échec.

Vincent Taillefumier

Vincent Taillefumier

Vincent Taillefumier est correspondant à Bogota pour Radio France. Il est l'auteur avec Christine Renaudat de "Tribulations d'un gramme de coke" (Massot Florent, 2011).

 

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Légaliser les drogues, y compris la cocaïne ? « Je ne suis pas contre », a avoué au quotidien britannique The Observer le président colombien Juan Manuel Santos. Le dirigeant libéral est arrivé à la même conclusion que ses homologues bolivien et équatorien, que l'ex-secrétaire général de l’Onu Kofi Annan, et qu’une armada d’anciens ministres, superflics et chercheurs : la guerre contre la drogue ne marche pas, il faut trouver autre chose. De quoi faire ricaner les deux tiers des Français qui refuseraient toujours une légalisation : ces gens ont-ils tous fumé, sniffé ?


Non. Santos, dont le pays serait toujours premier producteur de poudre au monde, sait de quoi il parle. Après la vague de terrorisme du cartel de Medellin au début des années 1990, les rentrées du trafic de drogue colombien ont nourri l’explosion des paramilitaires, milices spécialisées dans la découpe de civils à la tronçonneuse, puis donné un nouvel essor à leurs ennemis, les guérillas marxistes qui parsèment les forêts de mines artisanales. Au moins 50 000 personnes ont été portées disparues, 3 à 4 millions de paysans ont été chassés de leurs terres par les menaces et les offensives contre les cultures de coca. Aucune autre marchandise – émeraudes, or, pétrole, cigarettes de contrebande – n’a aussi bien financé la guerre colombienne que la cocaïne.

Aujourd’hui, malgré le renforcement de l’État colombien grâce à l’aide militaire de Washington, les régions de production et de transit de drogue vivent toujours sous l’emprise des bandes de tout bord. Et cette « victoire à la Pyrrhus », telle que la qualifie Santos, s’est accompagnée d’une explosion de violence dans les pays de passage de la blanche. C’est le cas notamment en Amérique centrale et au Mexique (42 000 assassinats en cinq ans de « guerre aux narcos »), pays dont le président Felipe Calderón demande désormais d’explorer « de nouvelles solutions ».

Ce massacre sert-il à quelque chose ? La production globale de poudre serait en baisse – de 6 % l’an dernier selon l’Onu - après un pic au début des années 2000. Pas de quoi pronostiquer la fin de la coca, dont les champs se multiplient au Pérou tandis qu’ils diminuent en Colombie. Et la consommation de coke se porte bien : elle a explosé en France ces 10 dernières années. Au niveau européen, elle atteindrait enfin un plafond –  mais à cause de l’attrait des nouvelles drogues synthétiques, pas des policiers. Toutes drogues confondues, les overdoses ne baissent pas sur le continent.

Après 40 ans d’échec de cette guerre, pourquoi pas une légalisation ? Les producteurs passeraient de la tutelle des mafias à celle d’États ou d’entreprises régulées, et les cartels perdraient leur marchandise la plus rentable. Chez les consommateurs, les rares expériences de dépénalisation sont encourageantes. Au Portugal, la décriminalisation de toutes les drogues, décidée en 2001, s’est accompagnée d’une baisse de l’expérimentation chez les adolescents. Mieux, la fourniture d’héroïne et de cocaïne sur ordonnance, dans une clinique de la banlieue de Liverpool, a permis jusqu’en 1995 d’éviter les overdoses et de permettre la réinsertion des patients dépendants. Avortée en Grande-Bretagne par décision politique, l’expérience a été en partie reprise, avec succès, en Suisse et dans la ville néerlandaise d’Utrecht.

Alors, non, Juan Manuel Santos n’a pas « fumé ». Mais les Français doivent soigner leur addiction à la prohibition, une pratique profondément mortifère.

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