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Société Générale entreprises impact crise économique coronavirus covid-19
Société Générale entreprises impact crise économique coronavirus covid-19
©ERIC PIERMONT / AFP

Atlantico Business

Retour à la réalité : les résultats d’entreprises sont pires que mauvais, c’est du jamais vu

Après Renault, Airbus, Air France, Total, c’est la Société Générale et Accor qui affichent désormais des pertes. Les plus beaux fleurons du CAC, habitués à des bénéfices records, affichent désormais des résultats catastrophiques.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pour la Société générale, c’est presque plus grave que l‘affaire Kerviel. Les résultats de la Société générale, qui a publié hier plus d’un milliard d’euros de pertes sur le premier semestre, ont semé un début de panique dans le monde bancaire qu’on avait cru à l’abri de la tempête, sous l’aile protectrice et généreuse de la Banque centrale européenne. BNP Paribas avait limité les dégâts mais la Socgé, comme on dit, a dû officialiser ses ennuis et du coup, pour calmer les actionnaires, rassurer les personnels et surtout les clients, la direction générale annonce dans la foulée une rénovation de son management. Ce qui va passer par un changement de têtes et un revirement de stratégie. Un peu comme au lendemain de l’affaire Kerviel, il y a plus de dix ans. La banque veut réduire son exposition aux marchés, via des produits financiers compliqués, qu’on appelle les structurés.

La saison des résultats d’entreprises pour le premier semestre s’est ouverte la semaine dernière et chaque jour, on mesure le désastre dans le monde entier dus à l’épidémie et à la mise à l’arrêt de l’économie.

Aux États-Unis, les grandes entreprises américaines ont été touchées par le coronavirus et notamment les compagnies aériennes et les constructeurs aéronautiques. Les industries touristiques aussi. Seules les valeurs du digital, plus en forme que jamais, permettaient de redonner du baume au cœur aux investisseurs.

En France, c’est encore pire. A la fin de semaine dernière, Renault a annoncé une perte historique de 7 milliards d’euros, Airbus 2 milliards, Air France autant. Cette semaine a commencé avec les publications de la Société générale et d’Accor. A chaque fois la douche froide. Pour beaucoup de ces secteurs, on s’en doutait, mais la surprise est venue de Total et du secteur bancaire.

L’état des lieux, qui prend en compte le 2ème trimestre, là où le confinement a principalement eu lieu, est désastreux

Début mars, tout fonctionnait correctement avec des perspectives correctes et une situation de l’emploi plutôt bonne. Mais fin mars, partout en Occident, les plus beaux fleurons se sont arrêtés et leurs dirigeants ont appelé l’État au secours. Au cœur de la tempête fin avril, l’activité s’est effondrée de 50%.

Par conséquent, au deuxième trimestre de l’année - avril, mai, et juin, le PIB de la France s’est effondré de 13,4%. Du jamais vu dans l’histoire. Ce qui représente près de 340 milliards d’euros de manque à gagner. Cette situation a été partagée par la plupart des pays européens occidentaux. La moyenne de baisse dans la zone euro est de 12 % environ. 

Les entreprises, qui font maintenant le bilan de ce qui s’est passé, ont perdu pour la plupart entre 50 et 100% de leur marché. La mécanique s’est enrayée. Avec un chiffre d’affaires qui tombe à zéro, mais des charges qu’il faut bien continuer de payer, le chef d’entreprise sait qu’il ne peut pas tenir debout très longtemps.

D’abord, les industries automobiles et aéronautiques sont les plus grandes victimes. Les ventes se sont écroulées, les usines se sont arrêtées pour raison sanitaire et les stocks de voitures ou d’avions sont restés au parking. Si PSA est restée miraculeusement rentable, ce n’est pas le cas de Renault qui a perdu plus de 7 milliards d’euros. C’est une perte historique pour le groupe français, d’où la demande d’aide auprès de l’Etat et des banques, qui a accepté de délivrer un prêt garanti pour le même montant.

Pour Airbus, c’est moins pire qu’annoncé mais c’est tout de même un résultat négatif de 2 milliards d’euros. En réduisant la cadence de production et en continuant de bénéficier du chômage partiel encore quelques mois, le groupe européen ne devrait plus consommer trop de trésorerie et s’estime hors de danger.

La surprise est notamment venue du côté d’une entreprise habituée aux bénéfices records :  Total. Plus de 8 milliards d’euros dans le rouge. Alors, c’est surtout le pétrole bas qui a tiré l’entreprise à la baisse et qui a entrainé des dépréciations d’actifs. Et on peut considérer que le Français s’en est plutôt bien tiré par rapport à ses concurrents, Shell (18 milliards de dollars de perte) ou BP (16 milliards). C’est en fait tout le secteur pétrolier qui traverse une période d’incertitude, si ce n’est une véritable mutation où le pétrole va perdre durablement de son intérêt. A la conjoncture liée aux prix mondiaux, les pétroliers doivent préparer et assumer la transition énergétique.

Dans les services, tout ce qui touche au tourisme est à ramasser à la petite cuillère. Accor, leader de l’hôtellerie européenne, souffre évidemment du manque de mobilité qui a frappé nos économies. Avec un chiffre d’affaires divisé par deux, le groupe encaisse une perte de 1,5 milliard d’euros et prévoit de supprimer un millier d’emplois dans le monde. La plupart des grands hôtels de luxe resteront fermés jusqu'à la fin de l’année, notamment à Paris.

L’agroalimentaire s’en sort plutôt bien, toutes les industries digitales aussi. On attendait de même pour les banques, mais les mauvaises surprises sont venues de Société Générale et de Natixis. En temps de crise, les banques augmentent leurs provisions pour crédits non remboursés, avant même de connaitre des défauts. Cela détériore leur résultat alors que les deux banques avaient déjà des difficultés avant-crise.

Mais c’est aussi que les banques, notamment européennes, ont des contraintes de gestion fortes. Le système bancaire a l’immense avantage de trouver la liquidité auprès de la BCE. C’est la BCE qui garantit son équilibre. Merci Madame Lagarde qui fait tout ce qu’il faut pour éviter un Lehman Brothers en Europe.

Cette situation des entreprises est désastreuse, mais n’est pas nécessairement durable. A priori, cela pourrait même se redresser assez rapidement, puisque le système a quand même beaucoup aidé. Si on a perdu plus de 340 milliards d’euros en PIB, l’Etat en a mobilisé autant pour aider les entreprises à tenir, et les aider à repartir. Les consommateurs ont de l’argent, de l’épargne, les entreprises ont pu s’endetter à des conditions responsables.

Au final, il reste deux problèmes.

Le premier, c’est qu’on découvre que les entreprises vraiment en difficulté étaient malades avant, mais on fermait les yeux. Avec le Covid-19, la réalité s’impose chez Renault, chez Air France, chez Airbus.

Le deuxième problème, c’est que le redémarrage dépend du retour de la confiance. Ça dépend donc du virus et de la façon dont on va le gérer, de l’arrivée d’un vaccin, pour le meilleur des cas, au milieu de l’année prochaine.

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