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Remaniement : le casting impossible (qui veut encore entrer au gouvernement…) ?
©Reuters

Appel à candidature

Remaniement : le casting impossible (qui veut encore entrer au gouvernement…) ?

Alors que Nicolas Hulot a récemment refusé d'entrer au Gouvernement, François Hollande semble à la peine pour trouver de nouveaux ministres. On ne se bousculerait pas au portillon.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : François Hollande prépare le remaniement. Quels sont les différents profils et personnalités qui pourraient le rejoindre ou que François Hollande aurait intérêt à faire entrer au Gouvernement ?

Jean Petaux : Difficile de raisonner comme s’il s’agissait d’un "casting" avec des "profils" ou des "gueules" qui correspondraient aux rôles qu’il va falloir jouer. Sans compter qu’il est nécessaire de s’interroger sur la portée électorale d’une telle opération. Sous le quinquennat précédent, le dernier remaniement d’envergure a été effectué le 10 novembre 2010, soit un an et 178 jours avant le 10 mai 2012, date de la fin du gouvernement Fillon III. C’est à cette occasion qu’Alain Juppé est revenu au Gouvernement en tant que Ministre d’Etat à la Défense, 3 ans et demi après sa défaite aux législatives de 2007 qui lui avait coûté son poste ministériel. A l’époque, en novembre 2010, tous les observateurs évoquaient la "surpuissance" du Premier ministre qui sortait renforcé de l’interminable feuilleton du "restera ou pas à Matignon" et où le président Sarkozy sembla hésiter longtemps entre Fillon et Borloo. Les effets politiques de ce remaniement destiné à mettre en ordre de bataille le camp du président pour la campagne de 2012 furent très limités. Peut-être parce que finalement, en-dehors d’Alain Juppé, peu de personnalités de tout premier plan entrèrent alors au Gouvernement.

François Hollande aurait donc tout intérêt à faire "monter" en ligne de nouvelles personnalités ou à mettre en avant des visages encore peu connus et des profils "peu usés". Sur le modèle de ce qu’il a pu faire pour Emmanuel Macron ou Myriam El Khomri lors des deux précédents remaniements. Dans cet ordre d’idées et sur ce créneau, Mathias Fekl, le jeune et très sérieux ministre du Commerce extérieur, franco-allemand, a un excellent profil. Il lui faut également ouvrir la base gouvernementale tout en faisant sorte de "bloquer" d’éventuels opposants à gauche. Dans ce registre-là, le retour d’écologistes au Gouvernement permettrait de faire d’une pierre deux coups. Encore faut-il qu’il se présente des volontaires et que ceux-ci soient "gênants" pour Cécile Duflot. On peut ainsi estimer qu’une éventuelle entrée d’Emmanuelle Cosse, actuelle secrétaire nationale d’EELV, serait une réelle épine dans le pied de celle qui fut ministre du Logement dans le gouvernement Ayrault. Au chapitre des "frondeurs" qui rentreraient au "bercail élyséen", Razzi Hammadi, député de Montreuil-Bagnolet, ancien président du MJS de 2005 à 2007, réputé proche de Benoît Hamon, serait une "prise de guerre" montrable et présentable. Non qu’il pèse quoi que ce soit en matière électorale, non qu’il serait un "poids lourd" gouvernemental, mais il aurait le mérite de contrer les Christian Paul, Marie-Noëlle Lienemann, Pascal Cherki et surtout Benoît Hamon dans leurs critiques constantes et permanentes du Premier ministre. On peut aussi considérer que, fatigué et lassé de faire la police en permanence au niveau du groupe PS à l’Assemblée, le président Bruno Le Roux trouve, en entrant au Gouvernement, une forme de reconnaissance pour "services rendus".

Reste que toutes ces entrées ou promotions ne font pas automatiquement une "dream team" et surtout ne provoquent guère un électrochoc suffisamment fort pour frapper les esprits et prolonger ses effets jusqu’au printemps 2017. Pour ce faire, seul un changement de Premier ministre et une profonde recomposition du Gouvernement pourrait montrer une transformation de la ligne politique. Comme celle-ci est peu envisageable, François Hollande court le risque de se voir reprocher ce qui arrive souvent dans ce genre de contexte : "vouloir faire la même chose, pas neuve du tout, avec du pas très vieux mais pas non plus du tout neuf". Avec, au final, la sanction immanquable, celle que chantaient déjà les chansonniers et comiques-troupiers jadis : "C’était bien la peine, assurément, de changer de Gouvernement". Version populaire du "Tant de bruit pour (presque) rien".

Christelle Bertrand : On parle de plusieurs personnes pour remplacer Laurent Fabius en partance pour le Conseil constitutionnel : Jean-Marc Ayrault, Marisol Touraine, Michel Sapin, Elisabeth Guigou, Ségolène Royal et Matthias Fekl. Les destins de Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin et Ségolène Royal sont suffisamment liés à celui de François Hollande pour qu'ils n'aient, ni les uns ni les autres, beaucoup à perdre à rester auprès de lui dans la tourmente. Ségolène Royal, par exemple, a toujours été son meilleur soutien et entend le rester, alors que beaucoup s'en éloignent. Elle espère en être récompensée un jour. Marisol Touraine et Elisabeth Guigou n'ont rien à perdre non plus et ont, en revanche, à y gagner une belle promotion. Quant à Matthias Fekl, inutile de dire qu'il ne refuserait pas cette opportunité en or, un marchepied formidable pour une suite de carrière à la Macron. Le cas d'Emmanuelle Cosse, que François Hollande souhaiterait faire entrer pour verdir son gouvernement, est plus compliqué. La secrétaire nationale d'EELV risque, en effet, de se compromettre en ralliant un gouvernement dont l'écologie n'est clairement pas la priorité.

Nicolas Hulot a publiquement décliné l’offre de rejoindre le Gouvernement. François Hollande ne risque-t-il pas d'essuyer refus sur refus ? Pourquoi ?

Jean Petaux : La vraie question qu’’il faudrait se poser est la suivante : "Nicolas Hulot avait-il l’étoffe d’un ministre ?".  Ici, il convient de rappeler que la quasi-totalité des recrutements de ministres dans la "société civile" (à droite comme à gauche d’ailleurs) d’Alain Bombard en 1981 à Yasmina Benguigui en 2012, en passant par de très grands patrons comme Francis Mer (2003) ou de grands chirurgiens comme Léon Schwartzenberg (1988) ou un philosophe Luc Ferry (2003) se sont terminés soit dans le ridicule soit dans la décrépitude. Donc le "cas Hulot" n’est ni isolé, ni forcément un problème pour Hollande. Ce qui l’est plus, c’est l’impression qui ressort de ce refus. D’ailleurs assez surréaliste : a-t-on déjà vu une telle situation ? Faire un point de presse pour dire qu’on ne veut pas être ministre : voilà qui en dit long sur l’état de respect de la fonction ministérielle ou sur ce qu’elle est réellement devenue. L’impression négative qui ressort de "la démission avant nomination" de Nicolas Hulot (un record de non-longévité ministérielle qui ne risque pas d’être battu) est tout simplement celle qui relève de "la fuite du paquebot en perdition". Autrement dit : "Il faudrait être fou, ou gentiment casse-cou, pour s’embarquer sur un tel esquif destiné à couler au mieux en mai 2017".

Pour autant, et pour relativiser les termes de votre question sur les refus multiples que pourraient essuyer François Hollande, il faut contextualiser la posture d’un Nicolas Hulot qui n’a sans doute pas voulu se "lier les mains" alors qu’il nourrit peut-être quelque ambition présidentielle. En règle générale, il y a quand même beaucoup plus de candidats à un maroquin ministériel que d’heureux élus in fine. Non pas que la "soupe soit si bonne" que cela, mais vivre une expérience ministérielle pendant un peu plus d’une année quand on est passionné par la politique, c’est le genre de propositions difficiles à refuser. Les "grosses pointures", impliquées dans des stratégies plus ou moins complexes peuvent laisser passer une "rame ministérielle" se réservant pour la prochaine ou l’une des futures à venir, certaines peuvent aussi avoir des convictions, mais le plus grand nombre ne laissent pas passer l’occasion, pour peu qu’elle se présente. Et saute sur le strapontin ministériel avec un enthousiasme mêlé de rose aux joues : "Ministre…  mince ça le fait, non, quand même ?"…

Qu'est-ce que cela dit de la fin de ce quinquennat ? Et de la future campagne présidentielle ? François Hollande semble avoir besoin d'une impulsion...

Jean Petaux : Pas d’une impulsion, plutôt d’un des boosters équipant Ariane 5. Difficile d’envisager la teneur de la future campagne présidentielle, tellement la politique relève désormais de pulsions et (pour le coup) d’impulsions très largement imprévisibles. Ce qui est dans l’ordre du probable, c’est que François Hollande va être candidat à sa propre succession et qu’il est loin d’être battu. Dans tous les cas, on peut être certain que ce compétiteur exceptionnel ne s’avouera pas aisément défait. En d’autres termes, il ne laissera rien au hasard et fera en sorte d’occuper tous les interstices laissés ouverts par ses concurrents. Avec bien plus de précision et de détermination qu’un Nicolas Sarkozy en 2012, tantôt "fatigué" de tout cela entre le "ça m’emmerde ce truc" (sic) et le "si je suis battu j’arrêterai tout et je ferai du fric" (re-sic, lors d’un déplacement de la campagne 2012 en Guyane), tantôt totalement méprisant à l’égard de ses adversaires, surtout vis-à-vis de François Hollande qu’il ne cessa de prendre pour une nullité entre 2010 et 2012. La future campagne présidentielle sera beaucoup plus "ouverte" que ce qu’elle ne laisse entrevoir aujourd’hui. D’abord parce que rien n’est vraiment joué à droite et au centre, ensuite parce qu’il n’est pas dit que le Front national réussisse sa "mue présidentielle", enfin parce que la gauche n’est pas définitivement hors-course. Sans compter qu’une personnalité comme François Bayrou n’a pas dit son dernier mot, pour peu qu’Alain Juppé soit le grand battu des primaires.

Ce refus de ténors du Parti socialiste d'intégrer ou de retourner au Gouvernement peut-il laisser craindre un durcissement de l'opposition à François Hollande au sein même de la gauche ? Quelles en seraient les conséquences ?

Jean Petaux : Les conséquences sont connues. Elles se sont déjà produites pour la gauche à la présidentielle à deux reprises : en 1969 avec un duel "Pompidou-Poher" au second tour ("Blanc bonnet et bonnet blanc" comme l’a dit le candidat communiste d’alors Jacques Duclos qui dépassa les 21% de suffrages exprimés et ne rata que de 2,04 % la qualification face à Georges Pompidou) et le fameux 21 avril 2002. On dit que François Hollande, "traumatisé" par cet événement politique qu’il vécut en qualité de "patron du PS", s’est juré de ne jamais revivre cela. Pourra-t-il, seulement, éviter qu’un tel scénario se reproduise ? Pas certain, même si on peut concevoir qu’il fera en sorte que cette configuration ne se renouvelle pas. Ce qui est plus probable, c’est que l’opposition à François Hollande, au vu de sa situation aujourd’hui, ait du mal à se structurer. Ce qui est encore dans l’ordre du possible, c’est que 15 ans après le 21 avril 2002 le réflexe du "vote utile" en faveur du "candidat de gauche" à même de l’emporter soit face à la droite républicaine soit face à l’extrême-droite joue encore à plein et, qu’en conséquence, là où la dispersion des voix fut maximale au premier tour de 2002, chacun pensant se "retrouver" sur "le" candidat socialiste au second tour, en 2017 se reproduise le même phénomène qu’en 2007 et 2012 : une mobilisation forte dès le premier tour pour le président sortant, malgré la déception sévère qu’il a généré dans son propre camp pendant son quinquennat. Comme une sorte de "réflexe républicain" en somme, tout autant motivé par ce qu’il y aura en face que par une adhésion à Hollande lui-même. Pour que ce scénario l’emporte, François Hollande doit faire ses rogations tous les soirs à Sainte Rita (la patronne des causes perdues) pour que Sarkozy et non Juppé l’emporte aux primaires de la droite.

Quels seraient les moyens restant à la disposition de François Hollande s'il échouait à remettre un tant soit peu la gauche en ordre de bataille à la faveur de ce remaniement ?

Jean Petaux : Dans ce genre de partie de judo (ou de sumos, l’art martial adulé par l’un des "modèles" préférés de François Hollande… Jacques Chirac), il est essentiel de s’appuyer sur la force de son adversaire pour l’emporter. Si François Hollande est perturbé sur son aile gauche et voit se dresser dans son camp d’origine une figure capable de "siphonner" une partie de l’électorat de gauche, il lui faut impérativement gagner au centre-droit et retrouver dans cet électorat les voix qu’il aura perdues ailleurs. Il disposera, avant d’en arriver là au printemps 2017, d’une année pour tenter de donner des gages à son aile gauche. Si tant est qu’elle lui pardonne le double salto-arrière et sans les mains que furent les "pacte de responsabilité" et "pacte de sécurité". Autrement, le "social-libéralisme" d’un Macron et le "social-sécuritaire" d’un Valls. Pas certain que l’électorat de la gauche socialiste (ne parlons même pas de l’électorat à la gauche de la gauche) fasse crédit à François Hollande d’un nouveau "discours du Bourget" troussé par un "Aquilino Morel bis". François Hollande pourrait essayer de "renverser la table" du jeu politique au printemps 2016, tirant argument du blocage institutionnel du pays… Mais à vouloir provoquer une crise, on n’en maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants. Jacques Chirac s’en rendit compte en avril 1997 avec sa dissolution pour "convenances personnelles". Là encore, la jurisprudence, pas plus que celle de 2002, n’est pas vraiment favorable au président en place.

Reste à François Hollande de faire ce qu’il sait faire le mieux : attendre, à l’affût, que ses adversaires se découvrent et les "flinguer" comme cet amateur de Tour de France sait si bien le faire, dans la dernière ligne droite, en s’échappant à la "flamme rouge", ou dans l’ascension finale, au train. Sans en avoir l’air.

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