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Quand l'antisémitisme prend d'assaut l'indépendance de la justice
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Bêtise d'élite

La justice lyonnaise a refusé mardi la demande de récusation présentée par un avocat à l'encontre du juge Albert Lévy au motif que son nom à consonance juive pouvait remettre en cause son impartialité. L'avocat fait l'objet d'une procédure disciplinaire.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Une banale affaire judiciaire de garde d’enfants est en train de défrayer les chroniques à Lyon à cause du nom du magistrat chargé d’instruire l’affaire et celui d’une des parties à l’instance. En effet, un avocat de Lyon a demandé la récusation d’un juge au motif qu’il serait juif, tout comme une des parties en cause.

En dehors de l’antisémitisme caractérisé de cette demande où on présuppose que le jugement d’un magistrat portant un nom juif serait naturellement biaisé en faveur d’une des parties à l’instance qui serait juive car portant un prénom juif, ce qui est choquant c’est la qualité de la personne qui a fait une telle demande : un avocat. Rappelons qu’un avocat lors de sa cérémonie de prestation de serment doit proclamer haut et fort qu’il « jure, comme Avocat, d'exercer ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».

Dans ce serment, le mot qui frappe le plus est celui de la « dignité », c’est-à-dire une attitude empreinte de noblesse des sentiments, tout au moins c’est la définition qu’en donne le Larousse. La dignité, en l’occurrence, impose de ne pas préjuger de l’existence d’un prétendu préjudice chez autrui en fonction de sa foi présumée. Or, la demande de récusation formée à l’encontre du Magistrat « Lévy » n’est motivée que par des considérations d’une supposée solidarité religieuse entre les membres d’une même communauté de foi en particulier chez les juifs.

Le même avocat n’aurait pas envisagé d’introduire une demande de récusation à l’encontre d’un magistrat qui porterait le nom de « Marie » appelé à statuer un litige entre un « Mathieu » et un « Jean ». C’est dire que les pires suspicions mythiques aux origines même de l’antisémitisme primaire viennent de s’afficher dans l’enceinte des élites. Car un avocat n’est pas le militant illettré d’un obscur groupuscule d’extrême droite. C’est une personne qui a derrière lui de nombreuses années d’études universitaires et une certaine culture générale. Et voilà que l’on retrouve dans cette affaire le climat délétère de l’entre-deux guerres lors de l’affaire Stavisky, où les élites, dont Louis-Ferdinand Céline, écrivaient avec conviction sur cette prétendue solidarité communautaire juive.

Car c’est des juifs dont il s’agit. A un moment où on croyait les préjugés de cette nature définitivement enterrés, au moins chez les élites, voilà qu’ils font à nouveau irruption dans les enceintes censées personnifier l’indépendance et la neutralité. Une telle demande est une insulte tant à la justice qu’à l’intelligence dont la gravité prend d’autant plus d’ampleur que la personne qui en est à l’origine fait partie des élites de la France.

L’antisémitisme est intolérable mais il l’est davantage lorsqu’il se manifeste par la bouche d’une personne censée défendre dans la « dignité » la cause de son client. Espérons que l’indignation des élites saura faire oublier l’affront que la justice française vient de subir.

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