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Pourquoi la trentaine est aussi le moment où l’on perd le plus ses amis
©Allociné / StudioCanal

Pas le temps !

Pourquoi la trentaine est aussi le moment où l’on perd le plus ses amis

Après les belles années de la vingtaine, les chers amis ont tendance à s'éloigner, se faire rare, se fâcher. Mais il ne faut pas s'en inquiéter : un nouvel âge de la vie demande à réapprendre à estimer l'amitié.

Florence Servan-Schreiber

Florence Servan-Schreiber

Florence Servan-Schreiber est journaliste. Formée à la psychologie transpersonnelle en Californie, elle a été l'animatrice d'une chronique dans Psychologies, un moment pour soi sur France 5 - la déclinaison télévisuelle de Psychologies magazine- en 2004 et 2005.

Elle est notamment l'auteure de "Trois kifs par jours et autres rituels recommandés par la science pour cultiver le bonheur" publié aux éditions Marabout.

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Atlantico : A partir de trente ans, les relations sociales amicales tissées depuis l'enfance ou les études ont tendance à se dégrader nettement : qu'est-ce qui explique cette "perdition" dans les relations sociales ?

Florence Servan-Schreiber : Le terme "se dégrader nettement est étrange", vous me l'accorderez ! De quoi parle-t-on ? De quantitatif ou de qualitatif ? Aujourd'hui, ce que l'on peut voir, c'est que c'est vers 30 ans que l'on développe sa vie familiale, que l'on a ses premiers enfants. N'oublions pas que tous le monde travaille aussi à cet âge-là. Si l'on combine travail et famille, le temps disponible, tout naturellement, se réduit pour le trentenaire. Avant ce temps-là, le temps libre était plus important, on avait pris l'habitude de l'occuper depuis le lycée avec ses copains. La vingtaine est une période où l'on a besoin de ses pairs pour se définir. On peut encore aussi se définir par rapport à ses parents. Mais arrivé à trente ans, on franchit un cap, on travaille et on devient parent : la fatigue qui en résulte limite cette possibilité de relation amicale.

Y a-t-il une différence entre hommes et femmes dans ces pertes d'amis à 30 ans ?

Je pense qu'il n'y a pas de différence de genre. Ces différences dont vous parlez sont plutôt personnelles. Il y a donc des personnalités qui sont plus ou moins extraverties et qui ont donc besoin de plus ou moins de contact. Ceux qui vont maintenir des contacts, vont le faire parce qu'ils ont besoin de nourrir cette extraversion. D'autres s'en passeront.

Une question importante est celle de la mobilité. Quand on est pris dans une vie professionnelle, on se déplace, et on ne se retrouve pas forcément là où vivent nos copains. Cela peut-être des déplacements minimes en distance mais majeurs symboliquement (quitter le quartier etc.). Cette mobilité est aussi souvent le fait de questions d'ordre familial.

Ce genre de constat ne montre-t-il pas qu'il est difficile d'être l'ami de quelqu'un, et que ce genre de ruptures montre l'abnégation et l'affection réellement nécessaires pour nouer une amitié ?

Non, détrompez-vous ! Il n'y a pas d'abnégation. Il n'y a pas de choix : cette rupture avec nos amis est un état de fait. Mais là où c'est dommage, c'est que nous avons vraiment besoin de liens réciproques d'amitié. Les regrets les plus fréquents sur le lit de mort positionnent le fait de ne pas avoir revu son ami en troisième position. Le fait de moins voir ses amis est un problème, car on en a vraiment besoin : plus on les voit, plus on est en bonne santé. Plus ils sont heureux, plus nous sommes heureux.

Se couper de ses amis est donc préjudiciable ?

A tout âge oui : cette réciprocité consciente est essentielle dans la vie de tout humain ! Ne nous laissons donc pas envahir par la sinistrose que montre cette étude. Les choix stratégiques qui nous éloignent de nos amis ne doivent pas nous en couper. Et ce même si les différences entre amis apparaissent. Il faut agir, même si c'est un travail fastidieux à partir de ce cap fatidique des 30 ans, pour conserver ces amitiés indispensables ! 

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