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Plus de 100 personnes, toutes chiites, ont été tuées dans une vague d'attentats en Irak ce lundi, journée la plus sanglante en deux ans dans ce pays où Al-Qaïda a annoncé une intensification de sa lutte.
Plus de 100 personnes, toutes chiites, ont été tuées dans une vague d'attentats en Irak ce lundi, journée la plus sanglante en deux ans dans ce pays où Al-Qaïda a annoncé une intensification de sa lutte.
©Reuters

Tir au pigeon

Basculement en Syrie, attentats en Irak : la chasse aux chiites est ouverte

Ce lundi, l’Irak a connu une journée particulièrement sanglante : plus de 100 morts à la suite d’attentats et d’assassinats par balles et presque 300 blessés. Toutes les victimes appartenaient à la communauté chiite, une branche minoritaire de l’Islam.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Ces attaques en plein mois de Ramadan font suite à quelques semaines de relative accalmie en Irak. Les attentats ont tous été revendiqués par des mouvements de groupuscules terroristes sunnites dont Al-Qaïda en Mésopotamie. A notre sens, ils sont la conséquence directe de la recrudescence de la violence en Syrie voisine. Alors que le qualificatif de guerre civile est maintenant ouvertement employé pour les troubles qui secouent Damas, opposant la communauté sunnite à celle minoritaire chiite au pouvoir, la communauté sunnite irakienne qui elle, contrairement à celle de la Syrie y est minoritaire se sent aguerrit, à la lumière des difficultés du régime d’Assad.

C’est ainsi que comme anticipé, le conflit syrien commence à déborder sur les pays voisins. Le Liban a déjà de son côté été touché par des débordements car la ville de Tripoli est régulièrement le terrain de combats de tranchées entre la petite communauté alaouite du Liban et la population sunnite. Et voici que l’Irak redouble de violence au fur et à mesure où le conflit fait rage dans la Syrie voisine. La Jordanie qui commence à accueillir des milliers de réfugiés syriens s’inquiète également des conséquences des évènements syriens sur son propre territoire avec les islamistes qui commencent à avoir le vent en poupe.

N’oublions pas en effet que ce qui a commencé en Syrie comme une révolte populaire, toute confession confondue, s’est rapidement transformé en guerre civile opposant d’un côté la population sunnite majoritaire dirigée par les frères musulmans et des Salafistes et de l’autre la minorité alaouite chiite. Aujourd’hui, les minorités religieuses ont peur en Syrie. Ils anticipent l’arrivé au pouvoir d’un régime aussi brutal que celui d’Assad mais plus intolérante religieusement  et porté sur la vengeance.

Les Chrétiens qui représentent 12 % de la population craignent connaitre le même sort qui leur a été réservé en Irak, c’est-à-dire, assassinats et exils forcés. C’est ainsi que plus de 50% des Chrétiens d’Irak ont émigré vers l’étranger. Il en est de même des minorités kurdes et turkmènes qui s’inquiètent du sort qui leur sera réservé en tant qu’alliés du pouvoir actuel. En effet, La Syrie a longtemps été un havre de paix pour les mouvements kurdes en lutte contre le gouvernement turc.

En ce qui concerne les alaouites, ils envisagent le pire, c’est-à-dire un nettoyage ethnique inéluctable si le régime d’Assad devait tomber, d’où la férocité des combats sachant ce qui les attend s’ils devaient perdre. Par centaines, ils commencent à quitter les différentes villes syriennes pour se rendre à Lattaquié, leur fief historique dans les montagnes côtières. Là où pendant des siècles ils s’étaient réfugiés contre la menace d’exaction du pouvoir sunnite alors en place depuis longtemps. Ironie de l’histoire, alors que leur statut en tant que communauté à part entière a été reconnu après la Première Guerre mondiale par les Français, qui ont reçu le mandat sur la Syrie et qui ont consacré une partie du pays : « territoire des Alaouites », la France aujourd’hui figure parmi les voix les plus agressives contre le régime qui personnifie cette communauté. C’est ainsi que peut-être la cartographie de la prochaine Syrie, à l’instar de l’Irak est en train de se dessiner avec une division du pays entre les différentes communautés.

Pour se convaincre de cette dichotomie guerrière qui sépare les deux communautés chiites et sunnites, il suffit de se référer aux soutiens des uns et des autres. Le camp sunnite est soutenu par les deux tirelires wahhabites que sont l’Arabie Saoudite et la gazo-monarchie du Qatar et le camp chiite par l’Iran où les chiites représentent 75% de la population. Cette guerre sunnite/chiite continue donc à sévir partout au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak, au Liban sans oublier le conflit au Bahreïn.

En effet, la saison de la chasse aux chiites est ouverte…

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