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L’Art de rendre les femmes fidèles
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"Miso-génie"

L’Art de rendre les femmes fidèles

À l'appui de nombreuses citations et d'un recueil de textes peu connus ou inédits, Pierre Darmon retrace dans "Femme, repaire de tous les vices" l'histoire des discours de la misogynie et du féminisme en France du XVIe au XIXe siècle. Extrait 1/2.

Pierre Darmon

Pierre Darmon

Ancien directeur de recherche au Centre Roland Mousnier (CNRS, UMR 8596), Pierre Darmon est spécialiste de l’histoire de la médecine. Il est l’auteur d’ouvrages sur la variole, les maladies épidémiques, la médecine légale et le milieu médical de la Belle Époque. Il est notamment l'auteur de Pasteur (Fayard, 1995).

On lui doit aussi des essais sur le monde du cinéma sous l’Occupation ou l’Algérie coloniale, de même que plusieurs romans et récits.

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 « L’Art de rendre les femmes fidèles »[1]

Presque toutes les femmes ont la langue indiscrète. Aussi laissent-elles rarement échapper le secret de leur commerce galant. Il sera donc à propos que vous fassiez entendre à votre femme, lorsque l’occasion le permettra, qu’il n’y a point d’amant assez indiscret pour taire longuement les faveurs qu’il reçoit de sa maîtresse et que telle croit son intrigue bien secrète qui est l’objet de l’aversion publique.

Applaudissez aux législateurs qui ont fait des lois si sévères contre les femmes infidèles et qui excusent la plus cruelle vengeance que le mari en prend dans sa colère. Ajoutez que la peur de tomber dans le malheur des maris infortunés vous avoir fait longtemps balancer sur le mariage, parce que vous seriez capable des derniers emportements si vous étiez malheureux jusqu’à ce point.

Outre ces diverses précautions, n’oubliez pas de mettre les valets et domestiques dans vos intérêts : c’est par eux que sont conduites presque toutes les intrigues des femmes, ou du moins ils en ont toujours quelque connaissance, et jamais une femme n’osera s’embarquer en des affaires amoureuses lorsqu’elle aura sujet de s’en défier.

Si la conduite de votre épouse vous devient suspecte, d’abord après le retour de la ville, ou après le retour de votre femme, appelez dans votre chambre un de ceux qui seront restés au logis pendant votre absence ou qui auront suivi madame dans ses visites. Après l’avoir laissé un moment dans votre chambre, renvoyez le sans lui avoir rien demandé ni donné aucun ordre. Madame, curieuse et craintive, voudra savoir d’abord pourquoi il aura été mandé, et ne croyant pas ce qu’il lui répondra, c’est à dire qu’il a été mandé pour rien, elle ne doutera point qu’il ne la trahisse et le prenant pour un fidèle espion de ses actions, elle s’abstiendra de tout ce qui pourrait en déshonorer le rapport.

Ne souffrez point de veuves auprès de votre épouse. Elles sont trop libres dans les discours de galanterie et savantes à parler des détours d’une intrigue amoureuse. Autant que vous pourrez, interdisez-lui l’approche des nourrices.

Tâchez d’apprendre secrètement et sans affectation, de quelqu’un de ceux qui auront été de jour à la compagnie où votre femme se sera trouvé, ce qui se sera dit ou passé le lendemain matin, faites entendre à votre femme qu’elle parle en dormant et qu’elle a dit telle et telle chose. Et si madame est une fois persuadée de ces révélations nocturnes, vous n’en aurez plus rien à craindre.

Pourquoi les femmes sont-elles infidèles ?[2]

Les juments andalouses
Semblables en cela sont-elles aux juments qui sont sur les confins de l’Andalousie, lesquelles devenant si chaudes et ne trouvans leurs estalon pour se faire saillir, se mettent leur nature contre le vent qui règne en ce temps là, qui leur donne dedans, et par ce moyen passent toutes leurs ardeurs et s’emplissent de la sorte. D’où viennent ces chevaux si vistes que nous voyons venir deçà, comme retenans la vitesse naturelle du vent de leur père. Je crois qu’il y a plusieurs marys qui désireroient fort que leurs femmes trouvassent un tel vent qui les rafraichist et leur fist passer leur chaleur, sans qu’elles allassent chercher leurs amoureux et leur faire des cornes fort vilaines.

Beau mari, amant laid
J’ay ouy parler d’une honneste dame qui avoit un amant fort laid et un beau mary, et de bonne grâce. Aussi la dame estoit très belle. Une sienne familière luy remonstrant pourquoy elle n’en choisissoit un plus beau : « Ne sçavons nous pas, dit-elle, que pour bien cultiver une terre, il y faut plus d’un laboureur, et volontiers les plus beaux et les plus délicats n’y sont pas les plus propres mais les plus ruraux et les plus robustes. »

Mari laid, amant laid
Une autre dame que j’ay cogneue, qui avoit un mary fort laid et de fort mauvaise grâce, choisit un amy aussi laid que luy ; et comme une sienne compagne luy demandoit pourquoy : « C’est, dit-elle, pour mieux m’accoustumer a la laideur de mon mary. »


[1] Chevalier de Plante-Amour [Pseud. de François Bruys], 1717

[2] Pierre Bourdeille, seigneur de Brantôme, Vie des Dames galantes, (1540-1610)

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Extrait de Femme, repaire de tous les vices. Misogynes et féministes en France (XVIe-XIXe siècles) André Versaille (28 mars 2012)

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