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Covid-19 : entre vague des pays émergents et déflation en zone euro ?
©KAZUHIRO NOGI / AFP

Effets de la pandémie

Covid-19 : entre vague des pays émergents et déflation en zone euro ?

Le nombre de cas de Covid-19 augmente dans les pays émergents. Jean-Paul Betbeze décrypte les effets du coronavirus sur le plan économique.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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De jour en jour, le nombre de cas montre la progression de la pandémie dans les pays émergents. Les États-Unis sont toujours en tête, avec 18 millions de personnes atteintes, mais ils sont suivis du Brésil, avec (officiellement) 470 000 cas le 30 mai. Ensuite viennent la Russie (396 000 cas), l’Espagne (285 000), le Royaume-Uni (271 000), l’Italie (232 000), la France (186 000 cas) et l’Allemagne (183 000). Viennent alors l’Inde (174 000), la Turquie (162 000), le Pérou (148 000) et l’Iran (146 000). Par continent, l’Amérique Latine devient de plus en plus touchée, puis l’Asie, puis ce pourrait être l’Afrique.

La deuxième vague du COVID-19 arrive, mais pas ici

Bien sûr, on contestera ces derniers chiffres, d’autant plus qu’ils viennent de pays où les systèmes statistiques (et de soin) sont encore peu développés. Mais ils montrent l’étendue de la maladie, après une vague qui ralentit dans les pays industrialisés, souvent qualifiés de riches – la Chine étant supposée avoir arrêté chez elle le mouvement. Cependant, la grande différence que l’on voit avec les nouveaux pays affectés, émergents, et leurs prédécesseurs de quelques semaines est leur faiblesse financière et budgétaire : ils ne pourront demander aux banques de soutenir les entreprises, avoir un budget dont le déficit suffirait à amortir le choc et un marché financier qui achèterait les nouveaux bons de leurs trésors. La vague du virus dans les pays émergents sera donc économiquement et socialement particulièrement violente. 

Les marchés financiers sont satisfaits par la Fed et par l’Europe

Mais la vague du virus dans les pays émergents n’est pas du tout celle que regardent les marchés financiers, où les bourses reprennent de la vigueur. Aux Etats-Unis, la Fed demande plus de soutiens budgétaires, qu’elle obtient. Le débat technique y porte même autour de taux négatifs, pour aider les banques et pour pousser à la consommation. Mais cette proposition est (pour l’instant) refusée par la Fed qui préfère agir sur les taux longs, ce qui soutient la bourse et surtout l’immobilier, en permettant aux ménages américains d’acheter moins cher et de renégocier leurs dettes à des taux plus bas encore. En Europe, les marchés financiers saluent les avancées de financements proposées par Angela Merkel et Emmanuel Macron, avancées reprises et même prolongées par la Commission Européenne. Elle propose en effet plus de financements mutualisés et, cette fois, des impôts européens ! Les marchés attendront le résultat de cette double avancée, mais se disent qu’il y aura, en toute hypothèse, plus de moyens pour financer la relance. Bien sûr, personne n’oublie que la Banque Centrale Allemande devra répondre à la Cour Fédérale Allemande et que les « Quatre frugaux » : Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède vont demander plus de vérifications, des soutiens plus réduits et s’opposer plus encore à des taxes européennes. Mais les marchés n’imaginent pas un refus complet.

En revanche, la coopération semble encore modeste au niveau de l’Europe, compte tenu des besoins et des enjeux, le tout en notant qu’un plan d’alliance avec l’Afrique n’est pas prévu, moins encore évalué et que tout suppose qu’une deuxième vague n’aura pas lieu ici. Pour les marchés, les nouvelles sont positives et ce sont donc les structures et les entreprises les plus modernes qui gagnent toujours.

Pourtant, le ralentissement de l’inflation est partout sensible : la baisse de l’activité pèse sur les prix et fait monter les taux réels

En France : très peu d’inflation. En mai, la hausse des prix a été de 0,2%, après 0,3% en avril. Cette faible hausse est la conséquence de deux processus contraires : les prix des produits alimentaires montent de 3,1% sur un an, mais les prix industriels et de l’énergie baissent. Aux États-Unis : on voit un peu de baisse des prix, même. En avril les prix baissent de 0,8% sur un mois, ce qui fait que la hausse des prix n’est plus que de 0,3% sur un an, contre 1,5% en mars. Les baisses viennent de l’essence certes, des vêtements, des tickets d’avions (bien sûr), mais aussi des assurances et des loyers. Et elles dépassent les hausses des produits alimentaires : 3,5%, comme en France.

Inflation ou déflation ? La pandémie, par le confinement et plus encore par la montée des sinquiétudes, fait chuter l’offre donc l’emploi, qui pèse à son tour sur la demande. Plus les inquiétudes sur une « nouvelle vague » du  virus, plus la montée des tensions géopolitiques. Les prix s’orientent à la baisse. Les entreprises font des réduction pour vendre autant que possible et diminuer leurs stocks, les commerces soldent. La baisse des prix gagne les esprits et alimente les risques déflationnistes. Tout ceci va-t-il repousser les achats des ménages et les investisements des entreprises, donc raviver la crise, éventuellement sous une forme nouvelle ? La pression sur certains coûts de production va-t-elle pousser l’inflation, au risque de réprimer la reprise de la demande ?

En même temps, on voit monter un nouveau combat, non plus inflation contre déflation, mais montée des défictits budgétaires, qui pousse les rendements à la hausse, contre poursuite des achats de bons du trésor par les banques centrales, qui les fait baisser. Dans le cas américain, la baisse des prix est la plus forte et fait remonter les taux réels, ce qui pousse la Fed à plus financer encore, directement, le trésor. Dans celui de la Banque Centrale Européenne, le temps presse pour l’Italie et y éviter la spirale déflationniste. Les taux longs réels sont le danger. C’est bien ce qui est en jeu : la déflation est le pire ennemi de la zone euro, encore faut-il que le mot déflation soit prononcé, or il ne l’est pas encore.

La montée de l’or et les baisses des prix des matières premières renforcent les craintes déflationnistes

Pire, en zone euro, le 5 mai, la Cour Fédérale Allemande semble donner un coup d’arrêt, au moins dans le cadre allemand, aux achats de bons du trésor de la Banque Centrale Allemande. La Banque Centrale Européenne indique le même jour ne pas être astreinte à ce jugement. Mais… la BUBA ne peut faire comme s’il n’avait pas eu lieu et doit donner son explication pour pouvoir continuer, si elle convainc la Cour. Pendant ce temps, les programmes publics de dépenses continuent (soutien au chômage partiel : 250 milliards d’euros, soutien à des secteurs en difficulté : 500 milliards) ce à quoi vient s’ajouter le 18 mai une proposition Franco-allemande d’un programme de 500 milliards supplémentaires avec un système explicite de transferts !

Alors, le 27 mai, l’Union propose d’augmenter ce programme de 250 milliards supplémentaires et, pour trouver cet argent, propose d’avoir plus de ressources propres (taxe carbone et/ou un impôt européen sur les sociétés). Et des chiffres sortent sur les « bénéficiaires » de ces plans de soutien : dans l’ordre, Italie, Espagne et France. Mutualisation de la dette, plus fiscalité européenne, plus transferts ! Nul ne sait encore comment ceci se règlera juridiquement, politiquement, mais il semble peu probable que de telles avancées politiques, notamment d’Angela Merkel, aient été prises, sans négociations et garanties. Les marchés ne croient pas un « non » des responsables des états, et il serait bon qu’ils aient raison ! Ensuite, il faudra bien revoir les Traités.

Bref, dans ce contexte où les prix des matières premières continuent de baisser et celui de l’or monter, la pression n’a jamais été aussi forte pour un soutien monétaire et budgétaire. Les pays industrialisés y parviennent, le problème est évidement plus rude pour les émergents.

Le dollar encore et toujours superstar

Les taux de change reflètent et accentuent les problèmes liés à la pandémie et aux capacités de résistance et de réaction des économies. Le dollar est toujours le gagnant, toujours étroitement escorté du franc suisse, avec un léger affaiblissement de l’euro, un affaiblissement plus important de l’euro, mais avec des affaiblissements bien plus importants des monnaies émergentes. C’est là que frappe la « deuxième vague ».

Pour les temps qui viennent, tout dépendra donc de l’évolution du virus bien sûr, des politiques des banques centrales et, pour les pays émergents, d’importants soutiens du FMI.

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