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Coronavirus : un nouveau défi migratoire explosif pour l’immigration
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Monde d'après

Coronavirus : un nouveau défi migratoire explosif pour l’immigration

Comment le coronavirus va faire bouger les populations ? La question de la mobilité se pose à beaucoup plus de gens. La crise du Covid-19 a bouleversé notre rapport à la mobilité.

Maryse Tripier

Maryse Tripier

Maryse Tripier, professeur de sociologie à l'université Paris-VII-Denis-Diderot, a fondé et dirigé l'unité de recherches « Migrations et Société », (URMIS, CNRS-université Paris-VII et université de Nice). Elle est l'auteur de L'immigration dans la classe ouvrière en France, Paris, L'Harmattan, 1990.

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En quoi la crise du coronavirus a-t-elle bouleversé notre rapport à la mobilité ?

Maryse Tripier : De facto la crise a bouleversé notre rapport à la mobilité à cause du confinement, quasi planétaire. Elle oblige à repenser, la question des mobilités qui était déjà au coeur des préoccupations et qui suscitait des débats contradictoires, autour le la voiture pour commencer. Voiture polluante indésirable dans les villes denses, comme l'a montré la politique de la ville de Paris, voiture indispensable dans les zones rurales et périphériques, qui a en partie favorisé le mouvement des Gilets jaunes.

La crise du Covid-19 a révélé au grand jour les inégalités sociales, entre ceux qui doivent travailler hors de chez eux, les plus démunis souvent et voués aux transports en commun saturés, et ceux qui ont pu bénéficier du télétravail.

La question des mobilités est liée au marché du travail national et international et aux multiples circulations liées à la facilité des transports: voyages d'affaire, tourisme lointain, mobilité étudiante, migrations de saisonniers, etc..Les courants écologistes tendent à fustiger les dépenses d'énergie fossile liées à ces déplacements polluants. Les délocalisations d'entreprises participent à ce mouvement, même si on ne délocalise pas la main d'oeuvre à bas coût, on accroît les transports de marchandises.

L'idée de circuits courts et d'un mode vie plus sobre fait son chemin. L'idée de quitter les grandes villes pour vivre mieux est à la mode, mais c'est pavé d'illusions tant que se développent des déserts économiques, médicaux, éducatifs et culturels. La question des services publics de proximité est centrale. Aujourd'hui un jeune médecin ne veut plus faire "le médecin de campagne", il veut pouvoir aller au cinéma, sa femme doit aussi pouvoir travailler et ses enfants avoir un bon système éducatif, les jeunes trouver une université et de l'emploi, sinon ils vont bouger vers les grandes villes. Le rapport à l'agriculture se pose aussi.

Quel pourrait être son impact sur les migrations ?

L'impact sur les migrations traditionnelles est plus difficile à prévoir La crise du Covid-19 a accéléré la fermeture des frontières, déjà entamée auparavant, instaure un rapport négatif à l'étranger, non seulement avec les arguments classiques sur la concurrence et le chômage mais en réactivant le danger sanitaire. "Le virus chinois" de Trump s'est soldé par une fermeture de l'immigration. La xénophobie touche même les heureux expatriés d'avant la crise. L'impact essentiel est juridique et politique car l'arsenal anti immigrés se précise, comme après les attentats de 2015.

On retrouve un deux poids deux mesures à caractère social: on laisse circuler les "européens (grâce au lobby du tourisme")  mais on entasse les réfugiés dans des camps sans leur permettre d'en sortir. La précarité physique est de mise, pour beaucoup d'entre eux même pour un retour volontaire au pays et quel pays? La Libye, est un enfer, comme l'Erythrée, le Soudan, la Syrie.

Mais les causes de départ si elles restent inchangées, produiront les mêmes effets. Peut-être voit-on naître un autre regard sur l'utilité des immigrés grâce à cette crise.Ceux qui ont fait marcher le pays, caissières, livreurs, chauffeurs de bus, travailleurs de l'énergie, personnel soignant (du médecin à l'agent de nettoyage), saisonniers manquants, autrefois invisibles et dont la reconnaissance est attendue.

La question des infrastructures sanitaires publiques peut-elle devenir un enjeu majeur des migrations à venir ?

Oui et non, l'attrait pour les pays développés vient d'abord du contraste avec le pays de départ sur quantité de plans: oui l'accès aux soins, à l'éducation des enfants, aux libertés (pensons aux homosexuels et aux femmes en général) mais d'abord au travail. Travailler c'est acquérir une légitimité, gagner de quoi vivre et envoyer de l'argent à la famille.

Les plus riches des pays pauvres se font soigner sans problème, en Suisse, aux USA dans des établissements privés de pointe. L'existence de l'accès aux soins (CMU, AME) ne vaut pas que pour les immigrés, c'est un choix politique que refusent d'autres pays (USA) et certains politiques chez nous.  C'est très dangereux, car être soigné en urgence coûte encore plus cher à la santé publique. C'est discriminatoire, voire contraire à la constitution et aux droits de l'homme.

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