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Le Premier ministre britannique Boris Johnson fait le point sur la pandémie de Covid-19 lors d'une conférence de presse, le 14 mai 2021.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson fait le point sur la pandémie de Covid-19 lors d'une conférence de presse, le 14 mai 2021.
© Matt Dunham / POOL / AFP

Atlantico Business

Au Royaume-Uni, le Covid recule mais les risques du Brexit ressortent

Alors que le déconfinement britannique est encore très incertain, les personnels de la bourse de Londres alertent sur les risques d’exclusion du marché européen, à cause du Brexit. Parce qu’après la vaccination, les vrais problèmes vont ressortir.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le Covid recule au Royaume-Uni mais les Anglais redécouvrent les problèmes du Brexit. Notamment à la bourse de Londres, qui est le poumon de l’économie britannique et qui demande un accès au marché européen.

Avec la perspective d’un retour à la vie normale, il se passe au Royaume-Uni un phénomène intéressant. Pendant presqu’un an, les Anglais ont été occupés par la lutte contre le Covid.

Alors au début, ça s’est mal passé, Boris Johnson niait la réalité et devant les faits et les chiffres, il a été obligé de changer de cap. Il s’est alors investi complètement dans la lutte contre le Covid, et de manière plutôt efficace : testing de masse, traçage et surtout vaccination. Le Royaume-Uni a réussi à s’approvisionner beaucoup plus vite que l’Union européenne en vaccins, à tel point d’ailleurs que Boris Johnson s’est attribué le succès de cette vaccination en expliquant que la Grande Bretagne s’en était mieux sortie que si elle était restée dans l’Union européenne.

Pendant presqu’un an, les Anglais ont donc oublié les problèmes liés au Brexit, les dirigeants se sont confinés, ils ne répondaient même plus au téléphone et d’après les internautes, Boris Johnson n‘aurait fait qu’un seul tweet en six mois.

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En fait, personne au gouvernement ne s’est préoccupé de gérer la transition Brexit, parce que dans le cadre du Brexit effectif au 31 décembre de l’année dernière, il était prévu une période d’un an au cours de laquelle on aurait dû négocier l’après Brexit. Mais disons qu’après  le 31 décembre 2020, il ne s’est pas passé grand-chose.

Aujourd’hui, alors que le Covid recule un peu, tout le monde s’aperçoit que le Brexit fait plus de dégâts que le Covid. Après l’épidémie, l’économie va repartir et elle repart déjà. Mais avec le Brexit, ce qui a été perdu est perdu et l’adaptation ne s’est pas faite. Donc le rebond va être compliqué.

L’effet Brexit va être plus douloureux que l’effet Covid, puisqu’on n’a pas profité de la période transitoire pour aménager les conditions de relation entre la Grande Bretagne et l’Union européenne. Donc on s’oriente vers un « Brexit dur », ce qui complique et alourdit les relations commerciales. Avec des contrôles douaniers, des contrôles de normes et des taxes.  Avec un effondrement de l'activité dans les ports. Les prix à la consommation augmentent, ce qui nourrit d’ailleurs l’impression d’une inflation. Par ailleurs, certains secteurs industriels connaissent des ruptures d’approvisionnement. En gros, le trafic avec le continent s’est effondré de 70 %.

Alors, le succès de la campagne vaccinale aurait pu restaurer la confiance, mais beaucoup de non-résidents sont repartis dans leur pays. Il y a, par exemple, beaucoup de pénuries d’emplois dans les restaurants et tous les services en général, y compris les banques.

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En fait, les partisans du Brexit pensaient que le Royaume-Uni, libéré des contraintes de l’Europe, allaient attirer des investisseurs étrangers.  Les partisans du Brexit nous expliquaient que le Royaume-Uni pouvait se transformer en Singapour de l’Europe, un paradis fiscal etc... Donc ça pouvait être intéressant pour des Américains ou des Asiatiques ; mais à condition qu‘ils puissent accéder au marché européen.

Or, l’Europe a maintenu ses règles et ses contraintes et il n’y a eu aucune négociation avec Londres. Actuellement, le passeport financier n’est plus valable.

L’indicateur d’attractivité, calculé par EY et qui est sorti en début de semaine, donne des résultats 2020  intéressants.

1er pays le plus attractif, la France qui, en dépit de tous ses ennuis et disfonctionnements, reste le pays le plus intéressant d’Europe pour des investisseurs étrangers.

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2e pays, l’Angleterre, qui stagne en deuxième position en dépit des promesses faites par le Brexit. En réalité, le solde est négatif. Ce qui veut dire qu’il y a plus d’investisseurs à sortir que d’investisseurs à venir.

3e pays, l’Allemagne, qui est tombée en panne pour des raisons d’incertitudes politiques liées à la montée de ses écologistes et à son modèle productiviste, qui est peut-être à bout de souffle. Les professionnels de la bourse de Londres sont les plus inquiets pour l’avenir. Ils cherchent à préserver leur leadership. Ils veulent continuer d’avoir accès aux marchés européens. Ils veulent un passeport financier. Mais être dans le Brexit et profiter des avantages de l’Union ne paraît plus possible, l’Europe s’est organisée pour rapatrier certaines de ses banques sur Francfort, Paris ou Amsterdam.

Ce qui va se passer est très intéressant.

On s’aperçoit qu‘une industrie financière ne peut bien fonctionner que si elle est adossée à une économie réelle. Sinon, c’est un casino. Singapour fonctionne parce que Singapour est adossée à la Chine.

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Londres était puissante parce qu’elle était adossée à l’Europe. Maintenant que la porte de l'Europe est fermée, les acteurs de Londres vont avoir plus de mal à travailler.

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