Taxis parisiens contre VTC : comment les cochers ont loupé le coche | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Les taxis parisiens, par peur de la concurrence, commencent à offrir un service efficace.
Les taxis parisiens, par peur de la concurrence, commencent à offrir un service efficace.
©Reuters

Retard à l'allumage

Taxis parisiens contre VTC : comment les cochers ont loupé le coche

Tétanisés par la concurrence des VTC, les taxis parisiens rallument les compteurs. C'est probablement trop tard.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

Les Parigots l'ont sans doute remarqué, il n'y a jamais eu autant de taxis dans les rues. Et le plus dingue, c'est qu'ils s'arrêtent lorsqu'on les hèle. Y compris le vendredi ou le samedi soir à l'heure de la sortie des boîtes et des cinémas, d'ailleurs. On peut même leur demander s'ils acceptent la carte bleue sans qu'ils vous suggèrent de rentrer à pinces et ils ne refusent plus les courses qui ne sont pas sur leur chemin...

 

Ils font les taxis, quoi !

 

Pas la peine de se demander pourquoi : ils sont passés d'une situation de monopole malthusien à un environnement ultra-concurrentiel où seules comptent l'efficacité du service et l'adéquation de l'offre à la demande. D'un système où une majorité d'artisans indépendants sélectionnaient soigneusement leurs clients en fonction de paramètres mystérieux, s'arrangeaient pour être de retour à la maison à l'heure du JT et spéculaient sur l'évolution du prix de la licence à un univers où n'importe quel clampin avec un iPhone peut faire le job. Oh, il y avait bien aussi quelques « locataires » pour faire prospérer la rente de la G7 (propriétaire de 700 licences) en travaillant six fois onze heures par semaine pour l'équivalent du SMIC, mais ça n'empêchait pas d'avoir à traverser la capitale à pied en rentrant du restaurant les nuits d'orage.

 

Du coup, les taxis mettent désormais les bouchées doubles et tentent de tirer la bourre à la myriade de VTCistes qui, qu'ils roulent pour Uber, Allocab, Chauffeur privé ou Heetch, ont rendu le sourire aux cadres pressés et aux fêtards nocturnes. Ils n'en sont pas encore à offrir de l'eau minérale aux passagers et à leur demander s'ils veulent écouter autre chose que Rire et chansons mais on sent que ça pourrait venir...

 

On ne tire pas sur une ambulance (accessoirement le second métier des taxis, métier sur lequel lorgnent également les VTC), ça ne serait pas charitable, mais on se demande si la partie n'est pas déjà perdue, quels que soient les efforts que les taxis consentiront pour reprendre la main. Un indice : le prix des licences, ces autorisations administratives initialement délivrées gratuitement mais dont la revente est tolérée, vient d'amorcer une décrue inédite (-50 000 euros en quelques mois). Et de la décrue à la dégringolade pure et simple, il n'y a probablement qu'un tour de compteur au tarif C.

 

On a d'autant moins envie de leur tirer dessus qu'on se dit que, même s'ils n'avaient pas été si mauvais, réfractaires au changement et prêts à mettre la ville à feu et à sang à chaque apparition de Jacques Attali, ils en seraient exactement au même point. Après tout, à New York ou à Barcelone, où les taxis sont nombreux et performants, Uber joue également les chiens dans un jeu de quilles et fait baisser le prix des "plaques". Le conseil qu'on pourrait leur donner est de vendre leur licence tant qu'elle vaut encore quelque chose pour acheter des actions Google : lorsque débarqueront les premières voitures sans chauffeurs du big boy californien, les VTCistes, eux, n'auront que le prix d'un iPhone à investir.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !