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Retraites et consensus scientifique : peut-on vraiment prendre les retraito-sceptiques au sérieux ?
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Pataphysique

Retraites et consensus scientifique : peut-on vraiment prendre les retraito-sceptiques au sérieux ?

Retraito-sceptique : personne convaincue, à l’opposé du consensus scientifique international, que la démographie et l’allongement de la durée de la vie n’ont aucun impact sur des systèmes de retraites conçus en 1946 et que la réforme ne sert que l’intérêt de lobbies.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Partisans de la terre plate et anti-vaxx exceptés, il était jusqu’à présent difficile de trouver aussi con qu’un climato-sceptique.

Qu’on choisisse le modèle le plus conservateur du GIEC (seuls les Pays-Bas et une poignée d’îlots dans le Pacifique sont noyés à plus ou moins longue échéance) ou qu’on lui préfère le scénario le plus alarmiste (l’humanité est carrément éliminée d’ici douze petites années), le consensus scientifique international et bel et bien que le climat change, que ça va nous poser de sérieux problèmes et que l’homme n’y est pas pour rien.

Il est donc grand temps de se sortir les doigts du fondement et d’agir, ne serait-ce qu’en pensant à nos chères têtes blondes qui n’ont rien demandé...

Mais voici qu’à ma liste de crétins rationally challenged vient désormais s’ajouter la cohorte d’enragés anti-réforme des systèmes de retraites, qui peuvent asséner sans pouffer qu’un dispositif inventé en 1946, lorsqu’on partait s’occuper de son potager à 65 ans, qu’on allait cultiver les pissenlits par la racine six mois plus tard et que l’on recensait un minimum de cinq cotisants par pensionné, est toujours aussi pertinent en 2020.

Le Français moyen contemporain, qui reçoit son dernier solde de tout compte à 63 balais, ne tire son ultime révérence que bien au-delà des 80 piges et ne devra bientôt plus compter que sur un misérable actif pour lui payer son loyer, n’en déplaise à Martinez, Besancenot, Mélenchon ou Le Pen, a donc arithmétiquement du souci à se faire.

Alors, est-ce que la réforme Macron est la bonne, la pierre philosophale qui réglera la question démographique une fois pour toutes ? No lo se. Et vous non plus d’ailleurs, toutes les simulations propagées par les usual suspects (celles selon lesquelles profs et cheminots perdront jusqu’à 250% de leurs revenus ou seront transformés en biscuits) étant à peu près aussi crédibles qu’un lien de causalité entre cancer du larynx et compteur Linky, le projet n’étant toujours pas connu.

Je sais juste qu’il y a pratiquement le feu au lac.

Bon, j’entends bien, ici et là, qu’il suffirait de confisquer le pognon des riches pour faire la soudure mais, outre que ce magot est déjà virtuellement préempté par les gens qui pensent qu'il devrait d’abord être consacré à l’école, à la santé, aux intermittents du spectacle, au ponts qui s’écroulent, aux bureaux de poste ruraux et aux petites lignes ferroviaires de campagne, toute la fortune des Bettencourt et autres Arnault-Pinault suffirait-elle à tenir le coup sans effort jusqu’à la fin des temps ? Ou faudrait-il, à un moment, se mettre à importer des milliardaires pour tout leur confisquer à nouveau ?

Là encore, je sèche.

Bah, tout ça n’est pas bien grave : après tout, il suffit de ne rien faire, et pour le climat et pour les retraites, pour que les deux menaces s’annulent mutuellement. C’est pas si mal organisé, finalement.

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PS : Si le terme « retraito-sceptique » devait s’imposer, j’aimerais bien qu’on m’en reconnaisse la paternité. Tiens, je vais le déposer à l’INPI juste au cas où…

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