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En cas de Brexit, David Cameron négocierait sans doute le même accès aux marchés continentaux qu'à la Norvège et à la Suisse.
En cas de Brexit, David Cameron négocierait sans doute le même accès aux marchés continentaux qu'à la Norvège et à la Suisse.
©Reuters

Sortie de route

Brexit et Frexit sont dans un bâteau, qui tombe à l'eau ?

Un Brexit est possible, et sans doute pas si cauchemardesque que ça d'un point de vue égoïstement britannique.Un "Frexit", en revanche...

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Ça ne me réjouit pas spécialement parce je suis un authentique fédéraliste, et aussi parce qu'il suffit de regarder une carte ou de consulter un bouquin d'histoire pour constater que la Grande-Bretagne est européenne, mais la sortie de l'Union de notre voisin du dessus est déjà bien plus qu'une vague hypothèse.

Après tout, David Cameron a promis un référendum, le baratin populiste et souverainiste est aussi diffusé là-bas qu'ici et, il faut bien l'admettre, l'ex-CEE n'est pas particulièrement sexy par les temps qui courent.

 

CQFD.

 

D'un point de vue purement britannique, ce départ ne serait d'ailleurs pas une si terrible catastrophe. Des accords seraient sans doute négociés avec l'UE qui offriraient à Londres le même accès aux marchés continentaux qu'à la Norvège et à la Suisse ; les retraités anglais de Dordogne et du Lubéron continueraient d'écluser du rosé dans leurs pittoresques manoirs restaurés avec le pognon engrangé à la City ; les jeunes Français ultra-diplômes auxquels on n'offre ici que des stages à 400 euros par mois poursuivraient leur exode vers l'accueillante Albion et ses alléchantes perspectives de carrière.

 

Un Singapour géant ?

 

Au-delà des beauferies de rigueur ("Qu'ils s'en aillent, ces Rosbifs, on s'en fout !"), on en viendrait peut-être même à constater que nos entreprises, qui exportent la bagatelle de 2 milliards d'euros de biens et services vers le Royaume-Uni chaque année, ont perdu au change sur un marché réorienté vers le grand large et toujours plus concurrentiel. Au pire, un Brexit ne changerait pas grand chose pour l'Anglais de base ; au mieux, ce dernier verrait son pays se réinventer en un Singapour géant -- plaisant refuge d'investissements en quête d'un environnement politiquement stable et pro-business.

 

Un "Frexit", en revanche, à en croire les projets de Le Pen ou de Mélenchon, serait tout le contraire : nos frontières se fermeraient davantage, le retour au franc ramènerait les dévaluations en série censées nous permettre de vendre des t-shirts aux Chinois... La transformation d'une ex-grande puissance en zone touristique peuplée de smicards envisagée par Houellebecq dans La carte et le territoire prendrait un grand coup d'accélérateur.

 

C'est que le rêve des populistes de chez nous est une espèce de forteresse à l'albanaise hyper-régulée depuis le haut, où l'innovation est combattue et pour laquelle le vaste monde est une menace. Pas grand chose à voir avec celui de leurs homologues British -- UKIP compris --, qui n'adressent même pas la parole aux xénophobes du FN et du Front de Gauche qu'ils croisent dans les couloirs à Bruxelles ou à Strasbourg.

 

A tout prendre, une conséquence positive du Brexit pourrait pourtant être de forcer l'Europe à se redemander où elle va et à quoi elle sert, façon Pères fondateurs. Et, pourquoi pas, de conduire à une Union plus resserrée, sans autour d'une poignée de pays vraiment en phase les uns avec les autres. Une Union à la fois plus pragmatique et plus optimiste ; une Union moins complexe, moins sur-administrée, plus ouverte sur le monde.

 

Une Union qui ressemblerait davantage à la Grande-Bretagne post-Brexit, quoi... Avouez que ça serait ironique. Presque de l'humour anglais.

 

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