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Après l'Amérique, le vent de révolte contre les élites va se poursuivre
©Reuters

Revue d'analyses financières

Après l'Amérique, le vent de révolte contre les élites va se poursuivre

L’idée qu’une vedette de la télé-réalité, qualifiée selon eux de raciste et d’à moitié cinglé, puisse occuper la plus haute fonction du pays a conduit ces élites à remettre en cause la capacité des masses à prendre des décisions. En fait, pour tous ces esprits distingués, il faudrait mettre le mécontentement des masses en quarantaine et surtout dissoudre le peuple comme le recommandait Berthold Brecht…

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Le peuple a voté en Amérique pour Donald Trump. Pour la grande majorité des médias, les cow-boys mal élevés l’ont emporté sur les bobos, car les électeurs  ont préféré le candidat le plus caricatural qu’ils ont brandi devant leurs élites sophistiquées,incarnées par l’oligarchie économico-politique….

Comme les classes moyennes  vivent dans un sentiment de tromperie permanente, les électeurs finissent par se méfier des candidats modérés. A chaque élection, ils votent de plus en plus pour les partis les plus marginaux ou ne votent pas. L’illusion du changement est censée au moins venger les déçus et les méprisés…

Seulement six journaux américains avaient pris parti pour Donald Trump, contre plus de 200 pour Clinton.  Aujourd'hui, le New York Times est inquiet, car il le considère comme le héraut de l’identité blanche... Le Washington Post espère qu’il sera un meilleur Président que ce qu’ils redoutent….

L’idée qu’une vedette de la télé-réalité, qualifiée selon eux de raciste et d’à moitié cinglé, puisse occuper la plus haute fonction du pays a conduit ces élites à remettre en cause la capacité des masses à prendre des décisions. En fait, pour tous ces esprits distingués, il faudrait mettre le mécontentement des masses en quarantaine et surtout dissoudre le peuple comme le recommandait Berthold Brecht…

A les lire,  pour sauver la démocratie il faudrait même destituer Donald Trump immédiatement !Il serait temps disent ils, que les élites se soulèvent contre les masses ignorantes… Ils expliquent sa victoire par le fait qu’il a fait autant de promesses parce qu’il n’en tiendra aucune…Enfin, il a promis de restaurer la force de l’Amérique industrieuse, mais il n’y parviendra pas etc…

En Europe, sans surprise les experts nous ont resservi les commentaires qu’ils avaient utilisé pour le Brexit : « Ce n’est pas la victoire des peuples sur les élites, mais celle des gens peu formés sur les gens éduqués. La démocratie directe ne peut conduire qu’à des décisions irréfléchies… » ; « C’est la victoire des nains de jardin… » ;« C’est la victoire non du peuple mais du populisme. Non de la démocratie mais de la démagogie…” Au risque de les décevoir ce qui vient de se passer en Grande Bretagne et aux Etats Unis va se poursuivre en Europe. Il suffira de regarder ce qui va se passer en Italie et en Autriche…

Les oints du seigneur doivent se remettre en question

Hillary Clinton figure emblématique de l’establishment, sans charisme, sans aucun autre pouvoir d’incarnation que ses ambitions personnelles et celles de son mari, n’est pas arrivée à devenir la première femme à occuper le bureau ovale de la Maison Blanche. Elle ne s’est pas rendu compte qu’il y avait deux Amériques qui vivent sur des planètes différentes.

Les élites dont elle fait partie ont méprisé les sans grades et leurs préoccupations. Ils ont pris leur revanche en votant pour Trump. Ils ont le sentiment que les Etats Unis sont dominés par des élites et par de puissants groupes d’intérêts. Cela a produit une disparité de revenus et de fortunes croissante. Avec le temps, les élites sont en mesure de protéger leurs positions en manipulant le système politique.  C’est ce qu’elles ont fait…

C’est Thomas Sowell qui a mis au point des concepts qui permettent de décrypter la vie économique, sociale ou politique de façon particulièrement utile. L’un de ces concepts est celui de « oints du Seigneur (« the anointed ») », ceux qui savent bien sûr, mieux que le peuple ce dont le peuple a vraiment besoin.

Thomas Sowell est l’un de ces grands esprits qui honorent les Etats-Unis : noir, élevé dans le sud des Etats-Unis à une époque où la ségrégation y sévissait encore (il a plus de 80 ans), il est parvenu à la force du poignet à devenir professeur d’économie dans les plus prestigieuses universités des Etats-Unis sans bénéficier d’aucun passe droit.

Patriote, ancien « marine », libéral autant qu’on peut l’être, docteur en économie de l’Université de Chicago, muni d’une plume fort aiguisée, il commente l’actualité dans des chroniques régulières reprises dans de nombreux journaux aux Etats-Unis, et est résident du « Hoover Institute », le think tank libéral de la cote Ouest. Il est bien évidemment totalement inconnu dans les facultés françaises, car il est coutumier des formules qui frappent : « Le socialisme ne peut fonctionner qu’au paradis où il n’est pas utile, et en enfer où ils l’ont déjà »...

Les Etats-Unis étaient avec Obama en train de s’européaniser en se rapprochant du socialisme à l’européenne, plutôt que de respecter les principes libéraux inscrits dans les gènes de l’Amérique. La faiblesse des Etats Unis ressemble de plus en plus à celle de l’Europe.

Le déclin politique américain est probablement enrayé. Il se produit quand les systèmes politiques ne parviennent plus à s’adapter aux circonstances changeantes. Le système américain a été édifié sur la conviction profonde qu’un pouvoir politique concentré constituait un danger pour la vie et la liberté des citoyens. Les deux partis démocrates et républicains sont devenus beaucoup plus homogènes d’un point de vue idéologique et la qualité de la délibération dans les débats politiques s’est détériorée. La capacité du système politique américain à faire face aux défis de la fiscalité est affectée non seulement par la polarisation gauche droite au Congrès mais aussi par la puissance des groupes d’intérêts : les syndicats, l’industrie agro alimentaire, les entreprises pharmaceutiques, les banques...

L’économie américaine met aux prises trois groupes distincts : les capitalistes, les managers et les classes populaires. L’ère du capitalisme financiarisé et globalisé, appelle une remise  en question du compromis qui s’est noué ces trente dernières années entre le management public et privé et les propriétaires d’entreprises. Personne ne peut aujourd'hui prétendre que Donald Trump ne sera pas capable de faire bouger les lignes…

Les marchés sont loin d’être inquiets

Alors que l’on nous avait promis un effondrement des marchés si Donald Trump était élu, rien de tel ne s’est produit. Au cours des prochains mois les grandes lignes d’évolution pourraient être les suivantes :

L’inflation va augmenter du fait de la  hausse des dépenses publiques conjuguée avec des baisses d’impôts. Le plafond de la dette aux Etats Unis sera une nouvelle fois relevé. Il l’a déjà été relevé plus de 70 fois au cours des quarante dernières années. Ce qui va rester  préoccupant c’est que la dette augmente plus vite que la richesse produite aux Etats Unis au point que 40% de l’argent dépensé aux Etats Unis provient d’emprunts...

La probabilité d’un manque de dollars est accrue, ce qui rendra  les marchés émergents sont plus vulnérables.

En Europe le risque politique augmente. Les eurosceptiques ont le vent en poupe avant les scrutins en Autriche, Italie, France et Pays Bas. La Grande Bretagne pourrait en être le grand bénéficiaire.

La confrontation  avec la Chine sera dure à gérer. Elle est accusée par Donald Trump de manipuler sa monnaie. Il a promis une guerre commerciale. D'un autre côté le repli relatif des Etats Unis de la zone Asie devrait favoriser les ambitions politiques chinoises…

Avec la Russie, il pourrait y avoir un grand accord, ce qui rendrait les obligations en Roubles attractives...

Les sociétés financières devraient profiter de la remontée des taux d’intérêt...

La Robotique sera le grand gagnant de dette période car ce sera le seul moyen de créer de nouvelles usines aux Etats-Unis fonctionnant avec des coûts compétitifs….

Les Etats-Unis pourraient devenir l’Arabie Saoudite du XXIe siècle.

L’avantage en terme de compétitivité et de revenu donné aux Etats Unis par rapport à l’Europe par le gaz de schiste est de 2,5 points de PIB. La filière gaz de schistes a créé environ 600 000 emplois en quinze ans…

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