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Tout ce qui renforce le yuan affaiblit mathématiquement le dollar. Washington ne devrait donc guère apprécier les positions très avant-gardistes de Londres.
Tout ce qui renforce le yuan affaiblit mathématiquement le dollar. Washington ne devrait donc guère apprécier les positions très avant-gardistes de Londres.
©Reuters

Roi yuan !

Les Chinois sont-ils en train de réussir à imposer le Yuan à la place du Dollar ?

Londres serait en train de monter la plus grande place financière offshore pour le yuan. Rien d'officiel, mais la question demeure... Et le dollar aurait tout à perdre dans l'affaire !

Isabelle  Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux est directrice de publications chez Publications Agora.

Elle a notamment co-écrit Le déclin du Dollar : une aubaine pour vos investissements ? (Valor, 2008).

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Le titre un peu provocateur. Certes, Londres et Pékin défendent chacun leurs intérêts nationaux. Jusque-là, pas de surprise. Seulement voilà, leurs intérêts se rejoignent sur un point bien précis : le yuan (monnaie chinoise).

Sur le yuan, les affaires des uns font aussi les affaires des autres. Voilà qui devrait créer une dynamique fort intéressante pour la monnaie chinoise. Et comme tout ce qui renforce le yuan affaiblit mathématiquement le dollar, Washington ne devrait guère apprécier les positions très avant-gardistes de la place de Londres.

Les États-Unis peuvent-ils s’opposer au cours de l’Histoire ?

L’Empire du Milieu veut faire de son yuan la future monnaie de référence et d’échange internationale. Il en a les moyens et le temps joue pour lui. Comme toujours, Pékin opère très progressivement, sans bruit ni de vagues. Il franchit une à une les étapes de la convertibilité du yuan depuis des mois, sans même que vous ne vous en rendiez compte…

Et n’allez pas imaginer que la Chine œuvre toute seule dans son coin. Bien au contraire… Pékin a le soutien de tous les pays émergents et « fraîchement émergés ». Russie, Inde, Brésil, Afrique du Sud (BRICS) et beaucoup d’autres qui supportent ses initiatives visant à internationaliser le yuan.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ces pays fortement exportateurs ne veulent plus voir leurs exportations dépendre du « roi dollar » en déperdition.

Le billet vert non seulement ne cesse de se déprécier, mais il est aussi un danger pour la stabilité économique, jugent la plupart des Émergents (Quantitative Easing + Twist = inflation et surchauffe économique chez les émergents = risque social accru).

En outre, les émergents ont un besoin urgent de diversifier leurs réserves de change (les 2/3 des réserves sont généralement détenues en dollar dont la valeur « s’évapore »).

Non à la dépendance au dollar, nous crient-ils clairement. Et la Chine, aussi fine que rusée, leur propose depuis quelques mois une alternative puissante : son yuan. Et ça marche !

Commerce international : le yuan marque des points contre le dollar

Nous avons d’abord assisté l’an passé à la mise en place de nombreux accords de swap bilatéraux pour faciliter le règlement des transactions commerciales en yuans. Les pays signataires sont essentiellement asiatiques, mais il y a aussi l'Argentine, la Nouvelle-Zélande, le Venezuela, le Pakistan, etc.

Aujourd’hui, ce sont l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie qui sont en train de signer un accord avec Pékin pour mettre en place des prêts libellés en yuan. Ces pays acceptent ainsi de commercer avec la Chine en yuan, et plus seulement en dollar.

La banque HSBC estime que la part des transactions internationales libellées en yuan devrait passer de quelque 13% actuellement à 50 % en 2015 ! Énorme… Mais logique : l’essentiel de la croissance mondiale est généré des pays émergents. Et ça ne fait que commencer !

Assurément, c’est un coup dur pour le dollar. Car la baisse des transactions internationales libellées en dollar conduira automatiquement à une baisse du dollar dans les réserves de change mondiales.

Le dollar serait-il en train de perdre son « privilège exorbitant » de pouvoir être imprimé à l’infini tout en étant adossé à rien ? En attendant, il n’y a pas que les pays émergents qui s’intéressent au yuan, bien au contraire. Les pays développés ne résistent pas aux chants des sirènes pékinoises. Le yuan offshore à décidément le vent en poupe.

Les pays développés craquent à leur tour pour le yuan

Pour preuve, trois faits :

  • Un coup de tonnerre en provenance du Japon d’abord…

    Le Japon vient de signer un accord avec la Chine (nous parlons tout de même des 2ème et 3ème puissances économiques de la planète). Leurs transactions bilatérales pourront être libellées en yuan, parallèlement au dollar. La part du yuan va donc monter dans les réserves de change monstrueuses du Japon, au détriment du dollar.

Tokyo obtient en outre l’incroyable privilège (avec Singapour et l’Australie) de pouvoir acheter de la dette souveraine chinoise. Nous parlons bien de l’ennemi héréditaire des Chinois : le Japon. C’est vous dire la détermination de nos camarades capitalistes à faire de leur monnaie, LA monnaie de demain.

  • Parallèlement, les entreprises occidentales adoptent le yuan

    Pékin a ouvert il y a quelques mois un marché obligataire à Hong-Kong, sur lequel les entreprises privées occidentales peuvent venir émettre des obligations libellées en yuan. Ceci afin de leur faciliter l’investissement direct en yuan sur le territoire chinois.

Le succès a été immédiat auprès de nos belles entreprises occidentales : Mc Donald, Unilever, Volkswagen, Caterpillar, Ford Motors… toutes se ruent au portillon pour trouver de l’argent frais et partir à l’assaut de l’énorme marché chinois. Et le fait est que l’argent coule à flots…

  • A tel point que Londres, par le yuan alléchée, en vient à frapper à la porte…

    Londres n’a pas son pareil pour attirer le business et les capitaux. Et pour le coup, l’occasion est trop belle... Même si elle s’appelle yuan, ennemi public numéro 1 du dollar…

    Les Insiders (rien d’officiel comme toujours) nous expliquent que Londres serait en train de monter la plus grande place offshore pour le yuan. Ses grandes concurrentes seraient Singapour, et bien sûr Hong-Kong. Mais l’avantage de Londres, c’est que cette place pourrait devenir pour nos entreprises une véritable « tête de pont » entre le monde occidental et l’Asie.

    Ajoutez la réputation de Londres en tant que place financière et sa crédibilité ; sans oublier qu’elle est la première place mondiale pour l’échange de devises… Pas de doute, Londres pourrait devenir un atout puissant pour le yuan.

    Sachant qu’un vent de « progressisme » et de « libéralisme » souffle au pays des camarades capitalistes, il se pourrait bien que les Chinois acceptent de négocier avec Londres, tout comme ils ont accepté de « contracter » avec les Japonais. Ils ne dévient jamais de leurs objectifs de long terme, quels que soient les moyens à mettre en œuvre : c’est leur force.


    Le dollar à donc bien du souci à se faire. C’est la raison pour laquelle le yuan pourrait être « le trade de la décennie » !


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