Victoire de l’UMP : Nicolas Sarkozy face au défi de la transformation de l’essai pour 2017<!-- --> | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Nicolas Sarkozy doit désormais confirmer au second tour
Nicolas Sarkozy doit désormais confirmer au second tour
©Reuters

Chantier électoral

Ce premier tour est sans nul doute une première grande victoire pour Nicolas Sarkozy. Mais le président de l'UMP a fait preuve de prudence lors de son allocution d'après-vote, signe que la victoire ouvre de nouveaux défis, aussi importants que ce résultat.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

Voir la bio »
Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux, docteur habilité à diriger des recherches en science politique, a enseigné et a été pendant 31 ans membre de l’équipe de direction de Sciences Po Bordeaux, jusqu’au 1er janvier 2022, établissement dont il est lui-même diplômé (1978).

Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, son dernier livre, en librairie le 9 septembre 2022, est intitulé : « L’Appel du 18 juin 1940. Usages politiques d’un mythe ». Il est publié aux éditions Le Bord de l’Eau dans la collection « Territoires du politique » qu’il dirige.

Voir la bio »

Atlantico : Après l'annonce des résultats des élections départementales, et malgré une nette victoire, Nicolas Sarkozy a fait preuve, dans son allouction, d'une certaine prudence. Quels sont les défis que le président de l'UMP doit affronter, à la fois dans l'entre-deux tours, mais aussi à une plus grande échéance ?

Jean Petaux : La première explication qui me vient à l’esprit sur l’attitude de Nicolas Sarkozy est plutôt d’ordre culturel et ethno-anthropologique plus que de nature politique stricto-sensu. Les acteurs politiques sont plutôt superstitieux et s’appliquent très souvent à eux-mêmes l’adage du sens commun « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »… D’où une forme de réticence à crier victoire trop tôt. Parce qu’il y a un second tour d’une part mais aussi parce le niveau d’abstention, quoique moins fort qu’initialement envisagé, demeure élevé et autorise des retournements de conjoncture assez brutaux.

L’autre raison, à mon sens, la principale, c’est que Nicolas Sarkozy est obligé d’admettre que la « ligne Juppé », celle d’une large alliance allant de l’UMP jusqu’au MoDem en passant par l’UDI, est celle qui a permis à l’UMP et à ses alliés d’arriver en tête dans nombre de départements.

D’ailleurs Alain Juppé ne s’est pas privé de le lui rappeler lors de son intervention en direct de sa mairie de Bordeaux. Je ne dirais pas que le président de l’UMP a été désavoué mais, plus précisément, qu’Alain Juppé ne l’a pas été. Finalement Nicolas Sarkozy pouvait peut-être espérer une plus forte potentialité de victoires dans plus de départements. Or, si celle-ci demeure grande dimanche soir prochain, on doit noter aussi que les incertitudes sont également très nombreuses. Autrement dit, les résultats du second tour ne sont pas écrits dans les chiffres du premier.

Christelle  Bertrand : Le score du FN, bien que n’étant pas le premier parti de France, est très élevé et, si j’ose dire, à un niveau tel qu’il complique presque plus la situation de l’UMP que s’il avait été encore plus haut. Tout simplement parce que le pays est désormais coupé en trois blocs d’inégale importance qui peuvent se neutraliser les uns les autres. Un bloc de droite assez uni qui frôle les 35%  des suffrages exprimés. Un bloc de gauche très désuni (28% des suffrages exprimés pour le PS et ses alliés mais qui atteindrait presque les 33% des voix s’il était allié au Front de Gauche comme au bon vieux temps de l’Union de la Gauche ou de la Gauche plurielle). Un bloc FN avec près de 26% des voix qui perturbe désormais totalement la bipolarisation droite-gauche puisque le FN a atteint en France un score jusqu’alors totalement inégalé dans des élections locales (et même nationales).

Il a fait preuve de prudence certes mais au-delà des mots, on a tout de même senti un Nicolas Sarkozy plus calme, plus sûr de lui. Il a conjuré la malédiction du Doubs. Cette partielle, qui avait été la première défaite de l'UMP depuis bien longtemps, lui collait à la peau. « Sarkozy au volant, échec au tournant », proclamait ses détracteurs. Le scrutin d'hier soir est la première victoire de Nicolas Sarkozy depuis... les européennes de 2009. Le vent tourne semblait-il donc dire dans son discours.

En toile de fond, se joue la future campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy a toujours proclamé que lui seul avait le pouvoir de faire baisser le FN, aujourd’hui ça n'est plus le cas. Et si  le Front National n'est pas arrivé en tête hier, c'est aussi grâce à la campagne pugnace du Premier ministre.

Vis à vis de l'extrême droite, Nicolas Sarkozy marche d'ailleurs sur des charbons ardents, car au delà du scrutin de dimanche prochain, il attend avec inquiétude le troisième tour. Nombre de candidats de droite pourraient être tentés de se faire élire avec les voix du FN. Le président de l'UMP a été très clair, « ils seront exclus » mais comment expliquer ce choix aux militants à qui l'on affirme depuis 2011 que PS et FN se valent et qu'il ne faut pas choisir..

Quelles sont les nouvelles marges de manœuvre de Nicolas Sarkozy ?

Jean Petaux : Les marges de manœuvre de Nicolas Sarkozy sont importantes mais paradoxales. Importantes parce qu'il peut (si la vague favorable se confirme dimanche prochain) se prévaloir d’une belle victoire dans ces départementales à deux mois du congrès extraordinaire de l’UMP qui va se tenir le 30 mai prochain. Et aborder un congrès avec une victoire inscrite à son tableau de chasse c’est quand même une position plus favorable qu’arriver défait. En plus de cela, le niveau très bas des présidences UMP dans les conseils généraux sortants ne peut qu’être compensé et surtout amélioré !... Cela veut dire que l’UMP va continuer à redevenir un parti d’élus locaux, comme elle a commencé à l’être lors des municipales de 2014. De tout cela, Nicolas Sarkozy ne peut que tirer profit.

Mais là où le paradoxe intervient c’est qu’il devient également compliqué de présider un parti de « grands élus » territoriaux qui ont souvent un niveau d’autonomie important par rapport au « centre ». Surtout quand ce « centre » (la direction nationale de l’UMP ou du succédané qui remplacera ce parti dans deux mois) est en quasi-cessation de paiement et racle les fonds de tiroirs pour toute opération d’envergure… En d’autres termes, Nicolas Sarkozy, par les victoires qui se profilent dans une trentaine de nouveaux départements dimanche 29 mars prochain est peut-être en train de « nourrir » sur son sein les féodalités territoriales qui lui poseront problème demain… Sans parler des fameux troisièmes tours (l’élection des exécutifs départementaux) où l’on voit bien, d’ores et déjà, se profiler des divergences assez profondes entre l’UDI et l’UMP, entre certaines personnalités à tout le moins, surtout dans la conduite à tenir face au FN et aux retraits de candidatures (ou non) qui doivent intervenir entre les deux tours dans le cas d’une triangulaire susceptible de faire élire un ticket FN… Là encore la marge de manœuvre du président de l’UMP n’est peut-être pas si grande que cela quand il va lui falloir s’employer à « déminer » les situations du Gard, du Var, de l’Aisne, etc.

Cette victoire a pu être l'occasion pour Nicolas Sarkozy de montrer sa capacité à s'adresser à l'aile centriste de l'UMP, en consolidant sa stature de « rassembleur » des différentes sensibilités au sein de sa famille politique. Alain Juppé pourrait-il en sortir affaibli aux dépens de l'ancien Président ?

Jean Petaux : Pour l’heure c’est plutôt l’inverse à mon sens comme je viens de le dire. Autrement dit c’est plutôt la « ligne Juppé » qui semble avoir été confirmée et surtout avoir montré son efficience. Mais cela peut, effectivement, se retourner en faveur de Nicolas Sarkozy ne serait-ce que parce que si la stratégie d’Alain Juppé permet de « virer en tête » dans la dernière ligne droite pour le second tour en se mettant à l’abri, de par une dispersion des voix trop importante dès le premier tour, de toute élimination directe pour ne pas avoir atteint le seuil fatidique de 12,5% des inscrits, elle prive d’oxygène toute coalition pour le second tour puisqu’il n’y a plus de réserves possibles dans d’autres formations politiques non-agrégées dès le premier tour. Tout va se jouer dans la capacité ou non qu’aura eu le PS, dimanche prochain, de mobiliser à son profit toutes les forces de gauche et ainsi à repasser devant la coalition UMP-UDI associée au MoDem… Si le PS y parvient, Nicolas Sarkozy n’aura pas triomphé de cette séquence « départementales 2015 » qu’il aura pourtant gagné en valeur relative, mais il l’aura emporté en quelque sorte sur son rival Alain Juppé en montrant les limites de la stratégie juppéiste…

Christelle  Bertrand : Depuis la défaite de 2012, Nicolas Sarkozy s'adresse aux centristes. Il a compris que ce sont ces voix là qui lui ont marqué pour l'emporter. Les quelques signaux politiques qu'il a adressé durant sa traversé du désert leurs étaient alors destinés. Première sortie avec François Baroin, soutien à NKM, discours en hommage à Jacques Chaban Delmas... Puis est arrivé Alain Juppé qui a repoussé Nicolas Sarkozy vers son aile droite. Le maire de Bordeaux prétendait être le meilleur pour incarner l'union avec le centre. En mettant en scène, dimanche, la victoire des alliances UMP UDI, Nicolas Sarkozy prouve qu'il peut lui aussi réunir la famille mais encore une fois reste à passer l’épreuve du second tour et de l’élection des présidents de conseils généraux. Et là encore, le principe du ni ni est une épine dans la chaussure sarkozyste. Le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde ayant assuré qu'il n'y aurait "ni vote possible, ni alliance possible" avec le FN lors de ces élections. Là encore se joue le premier acte de la campagne de 2017.  Alors que les électeurs de la droite plus traditionnelle lui sont acquis, Nicolas Sarkozy sait qu'il ne l’emportera qu'en ralliant le centre. Si les modérés lui préfèrent le PS, il ne sera pas présent au second tour.

Nicolas Sarkozy s'est également adressé aux électeurs du Front national dimanche 22 mars, lequel n'a pas connu la victoire que certains scénarios dessinaient. Que peut-on en dire sur sa capacité à séduire ?

Jean Petaux : Je ne crois pas une seconde que Nicolas Sarkozy séduise des électeurs FN. Il faut bien comprendre que pour ceux-ci, Sarkozy, Hollande, Juppé, Valls, c’est du pareil au même. Sinon le slogan UMPS n’aurait pas autant d’impact parmi les électeurs. Les instituts de sondage buttent sur leur évaluation de l’électorat FN même s’ils ont considérablement progressé ces dernières années. Il faut savoir que jusqu’à il y a peu, les « sondeurs » devaient pratiquer de nombreux ajustements et correctifs « manuels »,du fait de nombreux biais constatés dans les réponses aux questions posées dans les enquêtes de la part de sympathisants FN. Désormais ces éléments sont plus connus et mieux appréhendés mais il n’en reste pas moins que la marge d’erreur demeure plus importante sur le vote FN que pour d’autres.

Cela dit on avait effectivement observé, ces derniers jours, une baisse relative des intentions de vote FN ajoutée à une certaine mobilisation de l’ensemble de l’électorat. D’ailleurs plusieurs leaders de l’UMP n’ont pas manqué de fustiger la stratégie adoptée par le premier ministre Manuel Valls qui a joué à fond de la grosse trompette de la « mobilisation générale anti-FN ». Ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a plus particulièrement sonné le clairon de la « levée en masse » contre le FN, ni même d’ailleurs Manuel Valls (ce serait bien la première fois qu’il aurait été entendu…). C’est tout simplement un FN lui-même qui est sans doute à son cours-plafond à plus de 25% des suffrages exprimés en France aujourd’hui dans des élections locales. Ce qui est, dans l’absolu, pour un parti qui n’a pratiquement pas de cadres locaux et qui n’a aucune implantation territoriale, un réel succès. De ce point de vue-là, réussir à présenter plus de 4000 candidates et candidats sur l’ensemble des 2054 cantons à pourvoir, ce n’était pas une mince affaire… Pas surprenant qu’il soit compliqué et difficile au FN d’aller plus haut… Pour l’instant…

Plusieurs personnalités politiques ont reproché à Nicolas Sarkozy de ne toujours pas proposer de vrai projet. Quel délai lui reste-t-il avant les présidentielles de 2017 ?

Jean Petaux : Environ 18 mois. Le temps qui le sépare des primaires de la droite à l’automne 2016. Ce n’est pas du tout, à mon sens, un handicap et un problème. De toute manière, de plus en plus d’électeurs se méfient des projets politiques qu’ils ne lisent pas… Si tant est d’ailleurs qu’ils ne les aient jamais vraiment lus… Une campagne présidentielle se fait sur deux ou trois idées simples et compréhensibles par une majorité d’électeurs.En 2007 ce fut « travailler plus pour gagner plus ». Et cela a permis à Nicolas Sarkozy de devancer, haut la main, tous ses rivaux. En 2012 ce fut « mon ennemi c’est la finance » et « le président normal ».

Et cela a amené François Hollande à l’Elysée, mais tout autant par détestation collective de son prédécesseur que pas adhésion à son programme. Alors 12 ou 18 mois pour convaincre ?...  Peu importe. Ce qui comptera surtout pour Nicolas Sarkozy c’est de faire en sorte d’apparaître comme un homme neuf avec de nouvelles idées… Ce n’est pas le plus simple des challenges quand on a déjà été président de la République. Et qu’on a été battu alors qu’on voulait se succéder à soi-même…

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !