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Le démantèlement d'un nouveau trafic de viande de cheval relance la polémique sur la traçabilité de la viande.
Le démantèlement d'un nouveau trafic de viande de cheval relance la polémique sur la traçabilité de la viande.
©Reuters

Dans le brouillard

Viande de cheval, le retour : alimentation ou médicaments, la France n'a fait aucun progrès sur la transparence de ses contrôles sanitaires

21 personnes suspectées d'avoir revendu de la viande de chevaux qui avaient servi dans des laboratoires pharmaceutiques ont été arrêtées lundi 16 décembre dans le sud de la France. Le démantèlement de ce trafic, même s'il n'est pas exactement de même nature, n'est pas sans rappeler le scandale qui a touché la société Spanghero en janvier 2013.

Atlantico : 21 personnes ont été interpellées lundi 16 décembre dans le sud de la France, suspectées d’avoir revendu pour la consommation de la viande de chevaux ayant servi dans des laboratoires pharmaceutiques. Le démantèlement de ce trafic relance la polémique sur la traçabilité de la viande. Quelles mesures ont vraiment été prises depuis l'affaire Spanghero de janvier 2013 pour améliorer la traçabilité et les contrôles de qualité de la viande ?

Charles Pernin : Les contrôles sur les filières à viande et poisson ont été renforcés, en tout cas au niveau français. Des opérations spécifiques ont été diligentées par les autorités, ce qui explique probablement cette actualité. Mais il s’agit davantage de mesures de répression. Nous sommes déçus car nous demandions une meilleure information des consommateurs sur l’origine des viandes, alors qu'en réalité l’évolution se fait très lentement. Un règlement est en cours d’élaboration au niveau européen pour renforcer l’indication d’origine sur les viandes de porc, de moutons et de volaille, mais avec un certain nombre de dérogations, qui traduisent l’influence des lobbys de l’agroalimentaire à Bruxelles : on ne saura pas où sont nés les animaux, et les viandes hachées ne seront accompagnées que d’une indication "Union européenne" ou "hors UE", sans plus.

Nous demandions également une information sur l’origine des ingrédients dans les plats cuisinées, or nous n’en sommes qu’au stade de l’élaboration de rapports au niveau européen ; il n’y a pas encore de texte.

Nous demandions une transparence sur les contrôles officiels. Nous aimerions savoir, par exemple, combien d’agents de l’Etat sont mobilisés chaque année pour effectuer des contrôles alimentaires, ce qu’ils contrôlent, les résultats, les suites qui y sont données… Les ministères communiquent ponctuellement en fonction de l’actualité, mais nous manquons cruellement d’indicateurs rigoureux et rendus publics. Des chartes de bonne conduite ont été élaborées, certes, mais cela manque de crédibilité.

A lire également : Ce que le scandale Findus révèle de l'infiltration des mafias en Europe

Outre la viande, le scandale Spanghero  a-t-il eu valeur d’électrochoc pour d’autres produits ? Qu’en est-il des farines animales ? Celles-ci font-elles l’objet d’une surveillance accrue ?

Charles Pernin : Les farines animales ont été autorisées pour l’alimentation des poissons. Théoriquement, les professionnels français de l’aquaculture se sont engagés à ne pas en utiliser. Par contre il est impossible de dire quels sont les contrôles mis en place, puisque nous n’avons accès à aucun indicateur ; les ministères intéressés ne communiquent pas dessus. D’où notre demande de davantage de transparence.

Concernant les aliments et les produits utilisés dans l’agriculture et l’élevage, peut-on dire que les contrôles et le traçage sont aujourd’hui suffisants, ou bien doivent-ils encore être améliorés ? Pourquoi ?

Charles Pernin : Dans les textes, il faut distinguer traçabilité et information du consommateur. La traçabilité consiste à être capable de reproduire le circuit emprunté par un produit alimentaire, depuis le lieu de production jusqu’au denier lieu de vente. Concernant l’information du consommateur, toute la question est de savoir ce qu’on décide de dire ou non au consommateur. Par exemple, toutes les viandes sont traçables aujourd’hui : on impose de dire au consommateur d’où elle vient exactement. Mais cette exigence ne s’applique pas aux autres produits. Qu’il s’agisse d’un paquet de biscuits, d’un steak haché ou d’une boîte d’œufs, les textes européens disposent qu’à partir du numéro de lot on doit pouvoir reconstituer l’intégralité de son parcours. On ne peut donc rien ajouter au texte.

Ce qui manque, c’est l’information des consommateurs : l’origine n’est pas systématiquement fournie à ce dernier. On ne peut pas savoir d’où vient la viande de bœuf dans un plat cuisiné. Seuls les professionnels y ont accès. De plus, il est absurde que l’origine de la  viande de bœuf fraîche ou surgelée soit indiquée au consommateur alors que ce n’est pas le cas pour l’escalope, le steak ou la côte de porc. Ce sont surtout les filières qui sont réticentes à l’idée d’informer.

Mais on peut toujours contourner une réglementation, aussi exigeante soit-elle. Par exemple, depuis 2008 chaque cheval doit avoir un passeport et une puce implantée dans l’encolure, au point qu'ils sont mieux tracés que les humains. Mais des personnes ont réussi à contourner cela en trafiquant les puces et les documents officiels. Il faut donc mettre des moyens de contrôle adéquats pour appliquer ce qui est dit dans les textes.

Les scandales liés aux médicaments ont été également au cœur de l'actualité ces derniers mois : pilules, prothèses mammaires : des mesures ont-elles été prises en conséquence, ou bien estime-t-on que les contrôles déjà existants ne peuvent être améliorés ?

Vincent Perrot : Pour les médicaments, les contrefaçons fleurissent toujours sur le net, et la CLCV recommande vivement aux consommateurs internautes de ne pas acheter sur des sites vendant des médicaments avec ordonnance, car il y a de grandes chances que les médicaments vendus soient des contrefaçons. Il faut s'assurer que les sites sont bien l'émanation d'une pharmacie ayant pignon sur rue.

Concernant les dispositifs médicaux, les contrôles laissent à désirer, et un nouveau scandale "prothèses PIP" n'est pas à exclure. L'Union européenne vient d'imposer des conditions de désignation et de surveillance des organismes d'évaluation de ces dispositifs renforcées cet automne, mais de nets progrès restent à faire, notamment en matière de contrôle a priori . Une parlementaire européenne a proposé un système d'autorisation préalable à la mise sur le marché des dispositifs à haut risque ou de "classe III", comme les pacemakers et les prothèses de hanche. Nous sommes tout à fait partisan d'une telle réglementation, d'autant plus qu'une fois implanté, un dispositif défectueux nécessite une nouvelle opération pour être remplacé.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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