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François Fillon a marqué des points au cours des deux premiers de ces débats. Son programme de réformes économiques est celui qui est le plus en rupture avec le « modèle social français » et plus « libéral »
François Fillon a marqué des points au cours des deux premiers de ces débats. Son programme de réformes économiques est celui qui est le plus en rupture avec le « modèle social français » et plus « libéral »
©capture écran France 2

Troisième homme

Vers un Fillon au 2e tour de la primaire ? Mais alors qui de Juppé ou Sarkozy aurait-il éliminé au passage ?

François Fillon assurait ce dimanche 13 novembre, dans une interview publiée dans le JDD, qu'il serait présent au second tour de la primaire. Par ailleurs, selon un récent sondages TNS Sofres, Juppé recule fortement, Sarkozy progresse légèrement et son ancien Premier ministre grimpe... de quoi rebattre éventuellement les cartes.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Atlantico : Dans une interview accordée à l'édition du 13 novembre du Journal du Dimanche, François Fillon estimait qu'il serait présent au deuxième tour de la primaire de la droite. S'il devait effectivement passer le premier tour, à qui François Fillon aurait-il volé le plus de voix, spécifiquement entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ? Quels sont les scénarios envisageables qui pourraient en découler ?

Bruno Cautrès : Le scénario d’une qualification de François Fillon pour le second tour de a primaire reste aujourd'hui hypothétique. Si toutes les dernières enquêtes d’opinion montrent une dynamique Fillon depuis le premier débat entre les sept candidats, celui-ci reste pour le moment éloigné des deux favoris, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Néanmoins, si le score de François Fillon augmente dans les intentions de votes c’est bien sûr qu’il capte des voix sur d’autres candidats. Le sondage Kantar-TNS publié ce dimanche indique ainsi un vrai recul des intentions de votes en faveur d’Alain Juppé : en recueillant 36 % d’intentions de vote, le maire de Bordeaux est en baisse de six points (par rapport au mois octobre) et son avance sur Nicolas Sarkozy (qui gagne deux points) n’est plus que de six points ; dans le même sondage, François Fillon compte 18% d’intentions de vote et confirme ainsi qu’il a bien laissé derrière lui Bruno Le Maire (9 %, -2). Ces résultats, basés sur une estimation de 3,9 millions d’électeurs se rendant aux urnes (une participation plus large creuserait davantage l’avance d’Alain Juppé sur Nicolas Sarkozy), montrent que François Fillon bénéficie dans cette dernière ligne droite avant le premier tour de voix qui se portaient auparavant sur Alain Juppé et Bruno Le Maire.

Deux scénarios pourraient en découler : un premier scénario serait celui d’une dynamique François Fillon tellement forte qu’elle lui permettrait de se qualifier pour le second tour ; un second scénario, est celui d’une dynamique qui a atteint ses limites. En effet, plus le jour du vote se rapproche et plus les noyaux durs de chaque électorat vont avoir tendance à vouloir pousser leur candidat vers le second tour. Cela concerne particulièrement Nicolas Sarkozy pour qui un soutien fort auprès des sympathisants des Républicains est essentiel pour espérer devancer Alain Juppé au soir du premier tour. Si François Fillon venait à marquer beaucoup de points auprès de cet électorat, qui est le plus stratégique pour le résultat final de cette primaire, alors il pourrait venir contester à Nicolas Sarkozy la place de second. Mais l’écart entre les deux candidats est aujourd'hui toujours très important (+12 points en faveur de l’ancien Président).

L'élection de Donald Trump aux États-Unis a trompé tous les observateurs de la vie politique et certains candidats à droite, comme François Fillon ou Nicolas Sarkozy pourraient-être tentés d'en jouer pour expliquer qu'ils sont sous-estimés. Doit-on vraiment s'attendre à une remontée fulgurante de François Fillon d'ici au premier tour de la primaire ? Quelle est l'offre politique qu'il pourrait incarner ?

Les  résultats de l’élection présidentielle américaine sonnent comme un rappel à la prudence pour tous les analystes et observateurs. Mais tous les sondages montraient que l’écart était faible entre la candidate démocrate et Donald Trump. Dans le cas de la primaire de la droite et du centre ce qui rend l’exercice de prédiction difficile est que l’on ne dispose pas de point de référence comme c’est la première fois qu’une telle primaire est organisée à droite : la question du nombre de votants est essentielle et il faut se rappeler qu’en 2011, à un mois du premier tour, on estimait que la participation à la primaire de la gauche serait plus importante qu’elle ne l’a été finalement.

En revanche, les écarts entre les candidats, sauf entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, sont quand même très importants. On ne peut dire si François Fillon a entamé depuis le premier débat une remontée fulgurante qui va se prolonger encore et si un « vote caché » en sa faveur ne s’exprime pas dans les sondages d’intentions de vote. On voit mal pour quelles raisons des électeurs de droite auraient du mal à déclarer un vote Fillon, l’analogie avec le vote Trump n’est pas très évidente. Ce qui est certain c’est qu’il bénéficie de l’effet campagne électorale et débats et qu’il a marqué des points au cours des deux premiers de ces débats. Son programme de réformes économiques est celui qui est le plus en rupture avec le « modèle social français » et plus « libéral » ; on a même parfois qualifier ce programme de « thatcherien ». François Fillon peut certainement séduire des électeurs de droite qui veulent une droite de rupture, qui trouvent Alain Juppé trop consensuel, trop centriste, et qui ont trouvé Bruno Le Maire décevant pendant les deux premiers débats.

Finalement, si la dynamique Fillon est entérinée, qu'il renverse ou non l'un des deux favoris ou qu'il affirme sa place de troisième personnalité de la primaire, quel pourrait en être l'impact politique, notamment sur la droite ? 

Si le scénario décrit par les intentions de vote aujourd'hui se confirmait dimanche prochain, avec François Fillon en position de numéro 3 mais avec un bon score, cela poserait à François Fillon tout d’abord un dilemme : soutenir Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy ? On voit mal François Fillon soutenir le maire de Bordeaux qu’il trouve trop peut réformateur et on le voit mal aussi soutenir Nicolas Sarkozy, son ancien « boss »…Ce qui est sûr c’est que cela conduirait les deux qualifiés du second tour à tirer leurs propositions dans le sens de François Fillon pour le second tour. Si Nicolas Sarkozy réalisait un très bon premier tour, arrivant par exemple en tête, le  front « tout sauf Sarkozy » serait beaucoup plus délicat à mettre en place pour le maire de Bordeaux. Si c’est Alain Juppé qui arrive en tête mais avec une très faible avance, il lui sera plus aisé de négocier avec les autres candidats un soutien au second tour. Dans ces deux cas de figure, François Fillon sera particulièrement courtisé. 

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