Valérie Pécresse 2022 : l’heure du doute ? | Atlantico.fr
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La dynamique de Valérie Pécresse est-elle remise en cause dans cette campagne électorale ?
La dynamique de Valérie Pécresse est-elle remise en cause dans cette campagne électorale ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Plateau sondagier

Valérie Pécresse 2022 : l’heure du doute ?

Valérie Pécresse est au coude-à-coude avec Marine Le Pen et devance Eric Zemmour dans les sondages. La candidate LR ne progresse plus dans les intentions de vote. A-t-elle atteint un plateau ? Sera-t-elle en mesure de surmonter les doutes qui risquent d'émerger au sein de son camp sur sa capacité à remporter l’élection présidentielle ?

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Propulsée deuxième dans les intentions de vote à la suite de sa victoire à la primaire des Républicains, Valérie Pécresse stagne désormais dans les sondages, au coude à coude avec Marine Le Pen et devant Eric Zemmour. Et son message semble ne pas vraiment imprimer dans le débat public ni sur les réseaux sociaux. Dans quelle mesure peut-on considérer qu’elle a atteint un plateau ? La dynamique Pécresse est-elle remise en cause ?  

Edouard Husson : La dynamique de Valérie Pécresse n'a jamais été très forte. Il y a des raisons qui ne dépendent pas d'elle. depuis la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, l'UMP puis Les Républicains n'ont pas cessé de chuter. La raison en est simplissime. Nicolas Sarkozy - même si son bilan est infiniment meilleur que celui de Hollande et Macron sur ces deux sujets - n'a pas tenu parole aux électeurs du Front National ralliés à lui en 2007 sur les questions d'immigration et de sécurité. Il lui a manqué, en 2012, les 800 000 voix du Rassemblement National qu'il avait prises à Jean-Marie Le Pen en 2012. Après 2012, l'UMP puis les Républicains n'ont pas voulu regarder la réalité en face. Ils avaient perdu par manque d'actions sur les sujets identitaires et de de régalien intérieur. Si vous saviez le nombre de gens, durant le quinquennat de Sarkozy, qui m'ont expliqué qu'il fallait "garder le président de ses propres démons". Nicolas Sarkozy a bien fini par réagir et les années 2010-2012 montrent un vrai recul de l'immigration. Mais l'UMP trainait des pieds sur le sujet. je ne me souviens pas de  Valérie Pécresse comme d'une sarkozyste sur ce dossier. Et toute la suite a montré qu'elle était très modérée, trop sans aucun doute, sur les sujets identitaires. Or ces sujets sont devenus de plus en plus importants pour les électeurs LR. Regardez la somme Zemmour plus Pécresse dans les sondages: entre 28 et 30% ! Nicolas Sarkozy a fait 31% en 2007 au premier tour. Et encore 26% en 2012! Il avait perdu 5% des voix en route; il a fait 48% au lieu de 53% au second tour; François Fillon a fait un peu plus de 20% en 2017. Et Valérie Pécresse est à 15/16% dans les sondages.  A négliger le sujet de l'immigration, de la sécurité et de l'identité, la galaxie LR perd 1% tous les ans depuis 2007!  Ils sont tous aujourd'hui chez Zemmour - alors que Marine Le Pen a toutes les chances de retrouver les 17% de sa première élection présidentielle. Et ce ne sont pas les formules choc des débats du Congrès LR qui y changeront quelque chose. Vous remarquerez que Valérie Pécresse ne parle plus du sujet depuis qu'elle a réussi à écarter  Michel Barnier de l'investiture LR - alors qu'il était le seul candidat crédible sur le sujet.

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Bruno Jeudy : Il est vrai que depuis environ deux semaines, Valérie Pécresse semble stagner dans les sondages. Si on tient compte des dernières enquêtes, on réalise qu’elle est au coude-à-coude avec Marine Le Pen. Après sa victoire surprise au congrès des Républicains, elle avait fait un bond spectaculaire, passant de 9/10% à 15/16% d'intentions de vote. Depuis, elle semble sur un plateau qui lui permet de jouer la deuxième place sans pouvoir distancer véritablement la candidate du Rassemblement National. 

Début janvier, on pouvait voir un sondage où Valérie Pécresse était au coude-à-coude avec Emmanuel Macron au second tour des élections. Il ne faut pas oublier que de tels sondages sont, à ce stade de la campagne, davantage prédictifs que véritablement précis. Les instituts demandent aux Français pour qui ils voteraient au deuxième tour sans savoir qui sera qualifié. Dans l’immense majorité des enquêtes d’opinion, Emmanuel Macron est donné vainqueur. Valérie Pécresse est donc aujourd’hui dans une sorte de faux plat, sans doute car la campagne peine à démarrer, et ce pour tous les candidats. C’est ce qui se passe régulièrement quand un Président sortant se représente, a fortiori quand celui-ci ne se déclare pas candidat. 

Je pense que la situation n’est pas du tout figée et que la cristallisation du vote est loin d'être faite. Aujourd’hui, les enquêtes nous disent qu’un Français sur deux a la tête dans la présidentielle, alors que les autres sont accaparés par la crise sanitaire ou le pouvoir d’achat. Cette campagne, encore plus que les autres, va, selon moi, se jouer très tard. Elle reste ouverte pour la classe qualificative, sachant qu’on voit assez mal comment Emmanuel Macron ne serait pas présent au second tour. 

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Face à ce constat, des doutes vont-ils émerger sur sa capacité à remporter l’élection au sein de son propre camp ? 

Edouard Husson : Là encore, ça ne dépend pas de Valérie Pécresse. Si Michel Barnier avait été le candidat, il aurait eu suffisamment de crédiilité européenne pour prendre un nombre important de voix à Macron au centre. Barnier aurait été crédible en homme d'expérience et successeur de Macron prêt à faire cesser l'hystérisation macronienne permanente tout en gardant ce qui plait à la France d'en haut dans le macronisme (une forme de modernisation du pays). Barnier aurait pu en plus jouer la carte de la décentralisation et des libertés. Valérie Pécresse n'a pas cette crédibilité. Elle n'a aucune expérience internationale. Elle fait trop de communication et apparaît inauthentique à une partie de l'électorat. Et, comme présidente de la région Ile-de-France, elle n'a rien fait pour gagner en crédibilité sur les sujets de décentralisation. Elle n'avait donc pas d'autre solution, pour s'installer à 20%, que d'attaquer Zemmour sur son terrain. Et pour cela elle avait "l'arme fatale" mais elle l'a tout de suite écartée: Eric Ciotti. Et elle a laissé partir Peltier ! Il fallait faire une campagne très à droite; et Ciotti, fort de ses 40% au Congrès lui apportait la crédibilité qu'il faut. Mais cela voulait dire se passer de l'UDI. Pour autant, je ne crois pas que chez LR on va se détacher de Pécresse. d'abord parce que pas grand monde, à ma connaissance, n'y partage l'analyse que je viens de faire. Ensuite, parce que se déjuger à 70 jours de l'élection serait pire que tout. LR va attendre un décrochage de Macron. Il serait venu avec Barnier ou Bertrand. Viendra-t-il avec Pécresse?

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Bruno Jeudy : Je ne pense pas qu’on puisse dire que le camp de Valérie Pécresse commence à douter, tout simplement parce que la situation du parti ne lui permet pas d’être optimiste. La droite est entrée tardivement dans cette campagne, elle a mis trop de temps à désigner son champion. Valérie Pécresse a remporté la primaire le 4 décembre ! Elle a d’abord dû faire un tour de France pour rassembler et arrimer la droite à sa candidature. Dans ce cadre, il n’y a pas eu de point à regretter, si ce n’est le départ de Guillaume Peltier vers Éric Zemmour. D’ailleurs, je ne pense pas que la situation de la droite ait beaucoup évolué depuis. Valérie Pécresse est prise en étau entre Emmanuel Macron et les deux candidats populistes. Ainsi, 20% des électeurs de François Fillon en 2017 se disent prêts à voter pour Emmanuel Macron, alors que 16 à 18% disent qu’ils voteront Eric Zemmour. Le défi de Valérie Pécresse est donc de retenir les électeurs tentés par le vote Zemmour et de reconquérir ceux partis chez Emmanuel Macron.

Pécresse explique, à juste titre, que son projet est assez élaboré. Elle a beaucoup misé sur le régalien, c’est-à-dire la sécurité, la justice, l’immigration… mais aussi sur l’école. Elle mise également sur un programme économique qui n’est pas très éloigné de celui de François Fillon. Incontestablement, elle a un projet. En revanche, elle peut payer un manque de notoriété, surtout dans la France des petites villes. Y remédier serait, selon son équipe, ce qui pourrait lui permettre de décoller dans cette campagne. Nous sommes à 75 jours du premier tour et le calendrier risque d’être un de ses principaux handicaps. 

Le dernier défi de Valérie Pécresse serait également de trouver un moyen de se démarquer davantage d’Emmanuel Macron, afin que les électeurs de droite aient le sentiment de faire le bon choix. Elle doit créer de la ferveur devant sa candidature. C’est notamment l’objectif de son premier grand meeting de campagne qui aura lieu le 13 février prochain à Paris. Elle devra faire la synthèse de ses déplacements et, après avoir posé ses briques unes par unes, elle vivra son baptême du feu pour fendre l’armure et créer de la ferveur autour de sa candidature. Elle reconnaît d’ailleurs s’être laissée chaperonnée au début de sa campagne, dans le but de rassembler les grands leaders de la droite. C’est certainement ce qui explique son utilisation de la fameuse formule de Nicolas Sarkozy à propos du Kärcher. Désormais, elle aurait intérêt à montrer davantage sa personnalité. Le fait d’être une femme peut d’ailleurs constituer un véritable avantage pour le camp de droite lors de ces élections. 

Enfin, elle doit tenir compte de la montée d’un vote populaire à droite qui réclame plus de sécurité et de fermeté sur l’immigration et la justice. Mais pour réussir, elle devra également mettre en avant ses atouts. On peut citer sa bonne gestion de la région Île-de-France, son ancien poste de ministre et enfin son aptitude à composer avec toutes les composantes de la droite, à l’inverse de François Fillon en 2017. 

Que doit corriger Valérie Pécresse ? Est-ce avant tout une question d'image ? 

Edouard Husson : Emmanuel Macron n'est pas encore entré en campagne. La lutte finale n'a donc pas encore commencé. le problème, c'est que Valérie Pécresse n'a pas exploité ce qui aurait été une vraie occasion: les insultes de Macron contre les non-vaccinés. Elle n'a pas senti que, quoi qu'elle dise, les LR "pro-vax" lui resteraient acquis. Elle pouvait en revanche dire non au passe vaccinal et même au pass sanitaire, en proposant un travail de conviction des non-vaccinés, en leur montrant du respect. C'était du pain béni, l'occasion de prendre 4 à 5% et de faire ressortir Emmanuel Macron pour ce qu'il est: un destructeurs des libertés individuelles et collectives. L'occasion a été manquée dans les grandes largeurs. Que reste-t-il? La bataille n'est jamais perdue avant le jour J, surtout quand elle n'a pas été livrée. Regardez le talent d'un Guilhem Carayon; Valérie Pécresse devrait mettre à l'écart ces gens qui la sécurisent faussement comme Jean-Marc Zakhia ou Patrick Karam et écouter l'instinct du leader des jeunes LR. Et puis elle devrait symboliquement tenir un meeting avec chacun de ses compétiteurs du Congrès. Avec Barnier pour démolir Macron sur l'Europe. Avec Bertrand pour proposer de rendre aux français leurs libertés (locales) confisquées. Avec Ciotti pour faire du Zemmour ! Avec Juvin pour traiter du problème de la bureaucratie hospitalière et des impasses du macronisme.  Je suis sûr que si c'est bien mis en musique, ça fait 1 point de gagné à chaque fois. Encore une fois, il n'est pas trop tard. 

Quelle menace la situation actuelle représente-t-elle pour Valérie Pécresse ? 

Edouard Husson : Le risque est celui de la méthode Coué dans l'entourage immédiat de la candidate et du fatalisme au sein de LR. Alors qu'il faut faire preuve d'humilité pour voir les failles de la campagne et se dire qu'avec un Macron qui baisse doucement (si j'en crois les sondages Cluster 17) et une bataille entre Marine et Zemmour qui se déroule autour de 15%, il est possible de se glisser au deuxième tour (mais le même sondage Cluster 17 donne un clair avertissement: la candidate était tombée à 13 la semaine du 17 janvier; elle n'est remontée qu'à 14%. Il faut avancer, vite; c'est le cas d'utiliser l'expression "il y a péril en la demeure": il y a danger à demeurer, rester là où l'on est. 

Dans la mesure où cette élection présidentielle est cruciale pour la droite car Les Républicains seraient vraisemblablement très affaiblis en cas de troisième défaite à une présidentielle et deuxième élimination du 2e tour, doit-elle craindre des critiques ou des doutes publics ?

Bruno Jeudy : Il est assez tôt pour répondre à cette question. Aujourd’hui, Valérie Pécresse est toujours dans le match pour la deuxième place. La situation politique est assez confuse, et être en position d’être qualifiée pour le second tour est assez miraculeux sachant qu’il y a quelques mois de nombreux observateurs pensaient que Marine Le Pen aurait sa revanche face à Emmanuel Macron. Tout est donc possible pour la deuxième place, sauf erreur magistrale de sa part. Le résultat sera serré mais Valérie Pécresse a l’habitude de ne pas être favorite. Personne ne l’a vue venir au Congrès LR et sa position de challenger est très certainement un avantage. 

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