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Vaccins : pourquoi l'autoritarisme du gouvernement est contre-productif...
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Vaccins : pourquoi l'autoritarisme du gouvernement est contre-productif...

Pour ou contre ? Dangereux ou non ? Beaucoup d'entre nous ne savent plus quoi penser et pour cause : on ne les a jamais renseignés, scientifiquement, sans parti pris, sur la vaccination. Le Pr Didier Raoult, microbiologiste mondialement reconnu qui dirige le plus grand centre français consacré aux maladies infectieuses (l'IHU de Marseille), comble cette lacune. Extrait de "La vérité sur les vaccins" de Didier Raoult et‎ Olivia Recasens, publié aux Editions Michel Lafon. (1/2)

Didier Raoult

Didier Raoult

Didier Raoult, professeur de microbiologie à la faculté de médecine de Marseille, dirige le plus grand centre consacré aux maladies infectieuses, l'IHU Méditerranée Infection. Le professeur Raoult est un des microbiologistes les plus cités en Europe et figure dans le classement des chercheurs les plus cités. Avec son équipe à Marseille, il a décrit des virus complexes, et il a été lauréat du grand prix de l'Inserm 2010. Connu pour sa posture anti-traditionnelle, il a acquis la notoriété des médias internationaux en 2020, lorsque lui et son équipe ont affirmé avoir trouvé un remède contre la Covid-19 avec son traitement à base d’hydroxychloroquine notamment.

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Notre stratégie vaccinale en est encore à l’injonction : « On sait ce qui est bon pour vous, faites-vous vacciner. » C’était le sens des conclusions rendues en octobre 2016 par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination[1]. Piloté par le professeur Alain Fischer, spécialiste en immunologie pédiatrique, et par Claude Rambaud, coprésidente d’un collectif d’associations de patients, ledit comité a estimé que le problème était d’avoir à la fois des vaccins conseillés et d’autres obligatoires, et que la solution était donc de les imposer tous, faisant grimper le nombre de vaccins obligatoires de trois – diphtérie, tétanos, polio –, à onze. Avec, pour faire passer la pilule, ou plutôt l’injection, une prise en charge intégrale du coût par l’Assurance maladie, soit environ 150 millions d’euros par an. Une proposition adoptée dès son arrivée par Agnès Buzyn, ministre de la Santé : « Je déteste la coercition. Mais il y a des fois où l’obligation est une bonne chose pour permettre à la société d’évoluer », a-t-elle ainsi commenté. Comment imaginer qu’une injonction rétablisse la confiance ? J’ai bien peur que cet autoritarisme n’amplifie au contraire la défiance vis-à-vis de la vaccination et nous fasse courir un risque grave en cas de pandémie. Dans les quinze pays européens qui ont opté pour la recommandation vaccinale à la place de l’obligation vaccinale, il n’y a pas plus de morts. Aucune étude ne montre l’efficacité de la contrainte vaccinale, d’autant qu’elle sape l’effort pédagogique des médecins sur l’intérêt de la vaccination et ravive l’hystérie des anti-vaccins. Ce que regrettaient amèrement deux médecins représentant le Collège national des généralistes enseignants, dans une tribune publiée peu après l’annonce de la ministre :[2] « La santé des enfants mérite mieux que l’affrontement entre une vision autoritariste et les thèses complotistes vaccinales qui profitent ainsi de publicité. La santé de chacun mérite une vision moderne selon laquelle l’information délivrée par des professionnels, appuyée sur une évaluation scientifique indépendante des bénéfices et risques comparés des vaccins, permet de convaincre l’immense majorité des citoyens du bien-fondé d’une politique vaccinale cohérente. »

Que les choses soient claires, le problème ne vient pas des vaccins désormais rendus obligatoires mais du caractère obligatoire lui-même. En l’occurrence, la coqueluche, la bactérie Haemophilus influenzae, le pneumocoque, le méningocoque C, le virus de l’hépatite B, et le ROR pour la rougeole, les oreillons et la rubéole, sont plus utiles que les obligatoires « historiques » ! L’obligation est d’autant plus discutable que le rapport du Comité sur la vaccination a même prévu une « clause de refus » pour les récalcitrants qui ne souhaiteraient pas faire à leurs enfants les onze vaccins en question. Or signer cette clause, c’est prendre le risque de voir se fermer les portes des crèches ou des écoles devant leurs enfants, et c’est aussi accepter d’être reconnus responsables si une épidémie se développe... Après tout, suggère le document, il s’agit de « leur faire prendre conscience qu’ils prennent une responsabilité, une prise de risque pour leur enfant et pour la communauté des gens qui vivent autour d’eux »… Pour la petite histoire, le gouvernement, dont l’objectif est de vacciner 95 % des enfants, a prévu la possibilité de faire sauter cette exemption si d’aventure trop de parents choisissaient de la signer.

Cette stratégie qui infantilise et punit est non seulement anachronique mais elle a fini, comme on le sait, par provoquer l’effet inverse de celui escompté : la contrée de Pasteur affiche un taux de couverture vaccinale parmi les plus bas en Europe et une défiance vis-à-vis de la vaccination qui ne cesse de croître. Au dernier pointage, 41 % des Français déclaraient douter de la sécurité des vaccins, 17 % de leur efficacité.[3]  En clair, le pays d’Europe de l’Ouest où il existe le plus d’obligations vaccinales est celui dont la population se méfie le plus des vaccins…

 

[1] Rapport de la concertation citoyenne sur la vaccination, 30 novembre 2016.

[2] « Une mesure contre-productive », Olivier Saint-Lary et Vincent Renard, Le Monde, 14 juillet 2017.

[3] « The State of Vaccine Confidence 2016 : Global Insights through a 67 Country Survey », Heidi J.Larson, EBioMedicine 12, 2016.

 Extrait de "La vérité sur les vaccins" de Didier Raoult et‎ Olivia Recasens, publié aux Editions Michel Lafon

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