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La relative platitude des candidats républicains, ajoutée au sentiment que rien ne change, crée un vide. Donald Trump le remplit par sa personnalité et sa liberté de ton, par son profil aussi car il n'est pas un politique.
La relative platitude des candidats républicains, ajoutée au sentiment que rien ne change, crée un vide. Donald Trump le remplit par sa personnalité et sa liberté de ton, par son profil aussi car il n'est pas un politique.
©Reuters

Aspirateur à dégoûtés de la politique

Trump 2016 = Sarkozy 2007 ? Ce qui se cache derrière le record historique de participation à la primaire républicaine

Si Donald Trump fait la course en tête dans les primaires républicaines aux Etats-Unis, il le doit en grande partie à sa formidable capacité à mobiliser un électorat auparavant lassé de la politique. Une réussite qui rappelle, toutes proportions gardées, la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Yannick Mireur

Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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Atlantico : Aux Etats-Unis, les primaires républicaines suscitent un grand intérêt chez les électeurs de ce parti, y compris chez ceux qui s'étaient éloignés de la politique. Comment la présence de Donald Trump a-t-elle fait revenir dans le champ politique les abstentionnistes et les déçus de la politique ?

Yannick Mireur : La lassitude et le rejet de la politique aux Etats-Unis sont profonds. La relative platitude des candidats républicains, ajoutée au sentiment que rien ne change, crée un vide. Donald Trump le remplit par sa personnalité et sa liberté de ton, par son profil aussi car il n'est pas un politique. C'est un peu l'élément extérieur qui surgit sans prévenir, sorte d'homme providentiel qui vient bousculer le jeu, tout en se positionnant clairement sur l'échiquier puisqu'il s'est dès le départ présenté pour l'investiture du parti républicain et n'est donc pas tout à fait un ovni ni le candidat indépendant qui tente sa chance sans l'étiquette de l'un des partis historiques.

Le vent frais soufflé par Trump, champion d'un parti républicain ragaillardi contre Obama et les démocrates, attire les désillusionnés. C'est le coup de pied dans la fourmillière qui attire le regard et fait se ré-intéresser au débat public les Américains, et parmi eux les sympathisants républicains dans un champ de candidats qui manque de relief. Le message de Trump "Make America Great again" en appelle au rêve américain. C'est le simple message d'un Américain qui a réussi à l'américaine et auquel chacun peut s'identifier. Trump introduit une rupture avec Washington et les courses présidentielles classiques, dans un climat anti-élites assez récurrent qui est porteur. En bref, il se passe quelque chose et ce candidat hors norme cristallise le défoulement. Ce qui est surprenant en revanche, c'est que le Trump show dure si longtemps, au point de voir un Bush renoncer. C'est là un signe inquiétant car Jeb Bush est un homme d'expérience, plus structuré que son frère. Il ressemble bien plus à George Bush père, qui fut à la hauteur de sa fonction. Si Jeb Bush renonce, c'est que la catharsis du parti républicain passe par un moment de démence plus que par un renouveau idéologique à la Reagan. On a le sentiment que les sympathisants républicains ne savent pas où ils vont mais qu'ils veulent y aller, armés de la dynamite Trump, pour refonder la politique qui a accouché d'un Obama que beaucoup détestent.

Enfin, le phénomène Trump exprime l'envie de retrouver le sens de la société américaine que la crise financière a abîmé : l'Amérique comme terre de réussite pour la classe moyenne.

De l'autre côté, Bernie Sanders souhaite aussi incarner une candidature "hors-système", ou en tout cas contre l'establishment. Pourtant, les primaires démocrates ne suscitent pas le même intérêt. Pourquoi ?

Tout simplement parce que c'est au tour du parti républicain de reconquérir la Maison-Blanche, et parce que Sanders et ce qu'il représente n'ont pas la mesure de Trump. Sanders attire une frange de l'électorat démocrate ou centriste sensible à la déshérence du contrat social américain, y compris les jeunes générations méfiantes à l'égard des forces de l'argent et des lobbies industriels. Son message n'a pas le potentiel de "Make America Great again" ; il est circonscrit. Comme l'est Sanders, homme politique marginal, élu d'un petit Etat rural de la côte Est. Trump lui, c'est la Trump Tower à Manhattan, c'est l'Amérique ! Sanders est un juif de Brooklyn intello, pas un bâtisseur qui fait réver. Il assène des coups qui sonnent juste à une candidate plastique, insincère et carriériste, mais qu'il sera difficile de battre. Trump bouleverse le champ républicain. Donc le match démocrate n'est pas aussi spectaculaire que le cirque républicain. Mais là aussi, c'est l'âme du parti démocrate qui est en jeu au fond. La candidate des jeux sont faits contre le rebelle du fond de la classe qui n'était pas même membre du parti, cela exprime le désarroi de la politique américaine, la quête d'un souffle. Obama a su le produire, mais sa présidence a déçu et Clinton est incapable d'insuffler et de galvaniser car elle ne projette ni vision ni esprit, sinon la conformité qui détourne de la politique. 

Quel parallèle peut-on faire, toutes proportions gardées, entre la capacité de Donald Trump à mobiliser les traditionnels abstentionnistes et celle montrée par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007, lui qui avait axé sa candidature sur l'idée de rupture ?

Les démocraties industrielles semblent toutes à bout de souffle en matière de projet collectif et de politique. Jusqu'au Japon. L'apanage des politiques, ce sont les mots. Ce sont eux qui peuvent faire naître l'espoir d'un changement quel qu'il soit. Nicolas Sarkozy avait fait bouger les lignes. Il se dégageait une certaine spontanéité de sa personne, avec des idées simples et fortes en plus de la rupture générationnelle. Trump fait aussi bouger les lignes. Mais l'Amérique, c'est Dallas et Disney : un pays gigantesque où l'ignorance du monde extérieur est répandue et le niveau moyen de culture générale plus faible qu'en Europe. Trump est à cette mesure. La comparaison avec la France serait plus pertinente avec Reagan par exemple.

Le cas Trump est grave car nul n'aurait pu prévoir une telle résilience du phénomène, qui indique combien l'Amérique est déboussolée. La rupture à la Trump, c'est le fracas du parti républicain, car non seulement Trump aurait du mal à l'emporter face à Clinton, mais l'effet aux législatives serait probablement sévère aussi. A moins que Trump, à l'approche d'une possible victoire, par exemple s'il est investi par le parti républicain, ne s'adapte à ses responsabilités et s'entoure par exemple de personnes incontestables, et d'abord d'un vice-président rassurant et respecté.

Le schéma actuel est unique dans l'histoire américaine. Plus que la situation française. Mais je doute que cette exception se porte jusqu'au bureau ovale. 

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