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Référendum à risque limité pour l’Europe : pourquoi la maire de Rome et le Mouvement 5 étoiles ne provoqueront pas l’Exitalie
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Référendum à risque limité pour l’Europe : pourquoi la maire de Rome et le Mouvement 5 étoiles ne provoqueront pas l’Exitalie

Bien que les sondages soient très favorables au Mouvement 5 étoiles en vue des prochaines élections italiennes, la loi électorale, qu'elle demeure en l'état ou qu'elle fasse l'objet d'une modification, risque de rendre compliqué l'accès au pouvoir du Mouvement. Par ailleurs, sa position sur l'UE a nettement évolué ces derniers temps, tenant compte des enquêtes d'opinion favorables au maintien dans la zone euro.

Marc Lazar

Marc Lazar

Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po où il dirige le Centre d’Histoire. Il est aussi Président de la School of government de la Luiss (Rome). Avec IlvoDiamanti, il a publié récemment, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties chez Gallimard. 

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Atlantico : Quels risques le référendum de ce dimanche peut-il faire peser sur l'Union européenne ? Peut-on, à cet égard, considérer ce scrutin comme une plus grande menace que celui qui a abouti au Brexit ? 

Marc Lazar Le référendum de dimanche ne porte pas sur l'Union européenne à la différence du Brexit, mais sur une réforme constitutionnelle et sur la personnalité de Matteo Renzi. Le lien avec l'UE réside dans le fait qu'un échec de Matteo Renzi à ce référendum, c'est-à-dire la victoire du "non", ouvrirait incontestablement une période d'incertitudes politiques pour l'Italie, grand pays européen, ce qui auraient incontestablement des répercussions à l'échelle européenne. Mais on ne peut pas établir de comparaison en termes de conséquences avec le Brexit. 

Ce qui inquiète tout particulièrement les dirigeants européens, c'est le référendum de sortie de la zone euro qu'a promis d'organiser Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 étoiles, en cas de victoire de son parti aux prochaines élections, qu'elles aient lieu de manière anticipée ou en 2018. Dans quelle mesure cet autre référendum aurait-il des chances de réussite ? Doit-on effectivement craindre la "fin de l'UE" en cas d'arrivée au pouvoir de ce mouvement, comme l'a évoquée l'un des ministres du gouvernement Renzi, Sandro Gozi ? 

Dans le cas où le non l'emporterait, plusieurs scénarios sont possibles. Le président de la République peut demander à Matteo Renzi de vérifier s'il a encore la confiance du Parlement. Renzi peut accepter ou refuser. S'il accepte, il devra faire une nouvelle loi électorale et le gouvernement irait jusqu'à la fin de la législature ou alors il pourrait y avoir des élections anticipées. S'il refuse, le Président devrait essayer de favoriser la formation d'un autre gouvernement qui devrait à son tour faire une nouvelle loi électorale. Si cela se fait vite, il y aurait des élections anticipées. Enfin, en cas d'impossibilité de former un nouveau gouvernement, il y aurait des élections anticipées, mais cela serait très compliqué. Pour le Sénat, les Italiens voteraient à la proportionnelle et à la Chambre des députés avec la loi dite Italicum qui est de type majoritaire. Le risque serait énorme d'avoir un cafouillage complet qui plongerait l'Italie dans une crise politique et inquiéterait l'Europe. A titre personnel, je ne crois pas à cette dernière hypothèse. Dans tous les cas de figure, le Mouvement 5 étoiles a très peu de chances de gagner. Si l'on considère l'actuelle loi électorale à la proportionnelle, même si le Mouvement 5 étoiles obtient 30% des voix, il devra composer avec les 70% des voix dévolues aux autres partis; or le Mouvement ne souhaite faire aucune alliance. Dans le cas où il s'agirait d'une nouvelle loi électorale, il est assez certain que celle-ci soit élaborée de telle manière à ce que l'accès au pouvoir du Mouvement 5 étoiles ne soit pas facilité.

Les opposants à la réforme, ou ses défenseurs, ont eu tendance à vouloir dramatiser les choses. Quand on y regarde de plus près, le Mouvement 5 étoiles a pourtant évolué de manière très nette : il n'a aucune intention de quitter l'Union européenne; c'est par l'intérieur qu'il souhaite la réformer. Ce qui a été affirmé en revanche, c'est que dans le cas où le Mouvement arriverait au pouvoir, celui-ci demanderait l'organisation d'un référendum consultatif sur la question de l'euro auquel la Constitution italienne ne donnerait aucune valeur. De plus en plus, l'idée du Mouvement 5 étoiles n'est plus favorable à la sortie de la zone euro car ses membres s'aperçoivent que les enquêtes d'opinion montrent à la fois un euroscepticisme croissant et inconstestable des Italiens, mais également une volonté de leur part, pour la grande majorité, de rester dans la zone euro. Ainsi, le Mouvement 5 étoiles avance davantage l'idée empruntée à l'économiste Joseph Stiglitz de la constitution de deux zones euro : celle des pays forts et celle des pays plus faibles. 

Lors des dernières élections municipales italiennes, plusieurs villes, parmi lesquelles Turin et Rome, ont été remportées par le Mouvement 5 étoiles. Quel bilan peut être déjà fait de la manière de gouverner du personnel politique du Mouvement ? Qu'est-ce que cela augure dans le cas où celui-ci deviendrait le parti de gouvernement à l'issue des prochaines élections ? 

Les situations de Turin et Rome sont totalement différentes. A Turin, Chiara Appendino a constitué son équipe municipale sans grands remous, sans qu'il n'y ait non plus de changements très importants dans la gestion des affaires en comparaison avec l'administration précédente. 

A Rome, la situation est très différente. Virginia Raggi s'est confrontée à d'importantes difficultés pour constituer son équipe. Elle a commis de sérieuses erreurs, reconnues d'ailleurs par le Mouvement 5 étoiles, tandis que des divisions sont apparues au sein du Mouvement même lorsqu'elle a fait des nominations dans son équipe ayant suscité de fortes polémiques à cause de certaines rémunérations ou de l'expérience de certains au sein de l'avant-dernière municipalité, celle de Gianni Alemanno, issue de l'extrême-droite. Depuis son élection, Virginia Raggi n'a absolument rien fait, détériorant ainsi la situation à Rome. C'est une grande leçon à laquelle réfléchissent donc les membres du Mouvement 5 étoiles. 

Il existe deux sensibilités au sein de ce Mouvement. La première est une sensibilité que l'on pourrait appeler de la protestation. En Italie, on utilise souvent l'expression "movimentista": on critique tout le reste de la caste politique, mais on n'hésite à prendre les responsabilités. L'autre sensibilité est plus institutionnelle : elle cherche à expliquer que le Mouvement 5 étoiles ne peut pas rester dans la simple protestation, et que, dans la perspective d'une victoire électorale - même si elle est faible comme je l'expliquais précédemment - il convient de montrer la capacité du Mouvement à gouverner dignement et différemment. Cela suppose donc une bonne formation des cadres dirigeants. Il y a donc une tension réelle au sein du Mouvement entre ces deux composantes. J'ajouterais que le Mouvement est actuellement secoué par une série d'affaires de corruption et de malversion qui le touche directement car le coeur de la communication du Mouvement se résume à un mot proclamé dans toutes leurs manifestations : l'honnêteté. 

Luigi Di Maio, Virginia Raggi, etc. :comment peut-on caractériser le personnel politique du Mouvement 5 étoiles ? Qu'en est-il de son fondateur, Beppe Grillo ? Peut-il être considéré, comme l'affirme l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, comme "l'homme le plus dangereux d'Europe" ?

Laissant la réponse à l'hebdomadaire allemand, il est vrai toutefois que Beppe Grillo, fondateur du Mouvement 5 étoiles, est un homme imprévisible, davantage dans la logique mouvementiste, protestataire. Voyant que le Mouvement se développait et frappé par une interdiction de se présenter à une élection, on a pu avoir l'impression qu'il était quelque peu en retrait de la vie politique, reprenant même ses spectacles. Il est revenu aux affaires face aux difficultés de Virginia Raggi à Rome, voyant que le Mouvement pouvait être un peu menacé. Il a alors réaffirmé le pouvoir central qu'il a entre ses mains. 

En revanche, ce que l'on voit très bien se dessiner, notamment à travers Luigi Di Maio, jeune homme vice-président de la Chambre des députés, c'est le fait que le Mouvement 5 étoiles, qui attire beaucoup de jeunes, leur offre la possibilité de faire une carrière politique. On sent donc là la possibilité de voir émerger une classe politique avec un autre profil, même si le Mouvement plaide pour une rotation des cadres dirigeants. Ils essayent de donner une image responsable - on peut le voir notamment à travers leur manière soignée de s'habiller - en vue d'assumer des responsabilités au sein du Mouvement, à l'extérieur, au niveau local, régional, et peut-être un jour au niveau national. Le Mouvement est aujourd'hui à la croisée des chemins et à la recherche de personnes compétentes pour pouvoir assumer les responsabilités qu'il brigue et peut espérer au regard de ses succès électoraux car il reste avec un fort niveau de soutien électoral. 

Propos recueillis par Thomas Sila

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