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Placements privilégiés

Record de cagnotte pour l’EuroMillions : et au fait, voilà ce que font les vrais riches quand ils ont 200 millions devant eux

Un jackpot record de 200 millions d’euros est en jeu lors du tirage de l'EuroMillions de ce vendredi. Que font les citoyens les plus aisés d'un tel montant ? Sont-ils aussi dispendieux que les gagnants de la la loterie ? Quels sont les placements privilégiés par nos concitoyens les plus riches ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico.fr : Vendredi 4 décembre une super cagnotte de 200 millions d'euros sera mise en jeu lors du loto de l'EuroMillions. Par de multiples reportages on sait ce que font les gagnants de cette somme mais ce que l'on sait moins ce que font les citoyens les plus aisés d'un tel montant. Sont-ils aussi dispendieux que les gagnants de la la loterie ? 

Philippe Crevel : Dans la vie courante, les très riches gagnent très rarement 200 millions d’euros d’un coup même quand leur capital dépasse le milliard d’euros, bien souvent il s’agit d’un patrimoine professionnel. Il y a la confusion entre flux, les revenus et le stock, le capital.

Les personnes disposant de très hauts revenus, au-delà d’un train de vie qui peut être important lié à la possession de plusieurs maisons, ont tendance à gérer de manière rationnel leurs ressources afin de pérenniser dans le temps sur situation. Il faut réinvestir une partie pour maintenir le capital productif. Ainsi, le taux d’épargne des plus riches peut excéder 40 %, ce qui signifie qu’ils affectent une part importante de leurs gains sur différents placements. Ils doivent par ailleurs faire face à une imposition non négligeable, 45 % au titre de l’impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux, d’où la nécessité de privilégier les dividendes. En matière de placements, parmi les très riches, les œuvres d’art sont tout à la fois une passion coûteuse comme un placement.

Quels sont les placements privilégiés par nos concitoyens les plus riches ? 

Comme les concitoyens moins fortunés, les plus riches placent une partie de leur richesse dans l’immobilier que ce soit sous forme de résidence principale, de résidences secondaires ou sous forme de logements de rapports. Ils investissent également dans des SCPI. Au niveau financier, ils sont assez présents sur le marché du non-coté complétant des portefeuilles actions. Ils peuvent prendre des participations dans des entreprises, des start-ups, etc. Ils sont également bien dotés en contrats d’assurance vie, souscrits souvent au Luxembourg, avec des fonds euros importants afin de sécuriser une partie de leur capital. Ils vont évidemment diversifier leurs placements sur les différentes zones économiques et entre différents établissements. Ils peuvent accéder à des fonds réalisés sur mesure offrant des caractéristiques spécifiques de rendement et de sécurité.

Comment s'organisent les ultra-riches pour gérer leur argent ? Ont-ils une équipe dédiée à cela ? 

Les très riches font appel à des family office qui gèrent leur fortune en leur montant des produits dédiés et leur permettant de négocier l’accès aux meilleurs fonds. Les premiers « family offices » ne datent pas du XXIe siècle. Ainsi, John D. Rockefeller a créé le sien en 1882. Plusieurs centaines d’entre eux sont en activité depuis au moins trois générations. Certains servent les intérêts de l’ensemble des membres d’une même famille. En France, c’est le cas de la famille Mulliez dont 600 membres sont gérés par le même family office. Le « family office » Téthys gère les affaires financières des Bettencourt Meyers.

Aujourd’hui, plus d’un millier de « family offices » existent. Plus des deux tiers ont été créés après 2000. Ils emploient près de 10 000 personnes basées essentiellement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suisse, en France, aux Pays-Bas ou à Singapour et Hong Kong. La montée en puissance des « family offices » est évidemment imputable à l’augmentation du nombre de milliardaires dans le monde et de la richesse qu’ils contrôlent. 9000 milliards de dollars seraient en jeu.

Deux catégories de « family offices » doivent être distinguées. Les « family offices » gérant les intérêts d’une seule famille. Ils constituent la forme originelle du modèle. Par ailleurs, afin de réduire les coûts, des « multi-family offices » qui gèrent plusieurs familles sont apparus. La plupart gèrent les affaires de quelques familles. Les plus importants peuvent en gérer une centaine. Certains « multi-family offices » géraient au départ une seule famille. Ils se sont diversifiés en cours de route à la recherche d’une croissance externe et afin de mutualiser les coûts de gestion. D’autres ont été créées en tant qu’entreprises multi-clients par des gestionnaires de fonds tiers. Ainsi, la société londonienne Stonehage Fleming a été créée en 2014 quand le bureau de la famille britannique Fleming (la famille d’Ian Fleming, créateur de James Bond) a fusionné avec un cabinet fiduciaire au service de familles sud-africaines qui comptait 250 familles.

Les missions des « family office » sont de gérer non seulement les actifs de leurs clients mais aussi de faciliter leur vie au quotidien. Elles peuvent ainsi gérer le personnel, régler les problèmes juridiques ou faciliter les déplacements. Elles remplissent des fonctions de gestionnaire de patrimoine et de conciergerie.

Ces structures interviennent essentiellement pour les patrimoines dépassant 100 millions de dollars. Les plus grands « family offices » occidentaux, comme celui créé par George Soros, investisseur et philanthrope, contrôlent des dizaines de milliards de dollars. Le recours à de telles structures est lié à l’augmentation du nombre de personnes à fort patrimoine ces trente dernières années. Depuis 1980, la part de la richesse mondiale détenue par les 0,01 % les plus riches est passée de 3 % à 8 %. Les personnes du haut du panier ont opté pour des « family offices » afin de s’affranchir des banques et des établissements financiers. Ces structures ont l’avantage d’être contrôlées directement par leur propriétaire. La recherche d’économies dans les coûts de gestion est souvent mise en avant par leurs initiateurs. Le nombre de milliardaires est censé continuer d’augmenter en raison de la croissance des pays émergents, ce qui devrait permettre la multiplication des « family offices ».

Sinon, à défaut de family office, les très riches font appels à des experts, avocats, fiscalistes.

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