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Le président des radicaux de gauche Jean-Michel Baylet.
Le président des radicaux de gauche Jean-Michel Baylet.
©Reuters

Ces frondes qui menacent le gouvernement

Rebelles de l’été dans la majorité : les plus dangereux pour François Hollande ne sont pas les plus virulents

Le président des radicaux de gauche Jean-Michel Baylet a déclaré dans le Nouvel Observateur que les trois ministres du Parti radical de gauche (PRG) pourraient quitter le gouvernement si ce parti n'était pas entendu sur la réforme territoriale et si celle-ci n'était pas revue et corrigée. Une nouvelle menace pour la majorité après celle des frondeurs, quant à eux plus dangereux médiatiquement que politiquement.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Rosalie Lucas

Rosalie Lucas

Journaliste politique au Parisien, où elle couvre la gauche, et notamment le PS, Rosalie Lucas est la co-auteur du livre "Martine Aubry, les secrets d'une ambition" publié aux éditions l'Archipel en 2011. 

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Atlantico : Comment expliquer que le PRG, un allié traditionnellement fidèle, passe à l'offensive en ce début du mois d'août ? Cette menace des radicaux de gauche est-elle vraiment crédible ?

Rosalie Lucas : Ce n'est pas totalement nouveau car Jean-Michel Baylet avait déjà expliqué début juillet que le PRG était au bord de la rupture gouvernementale sur cette question de la réforme territoriale. Le PRG n'est d'ailleurs pas seul dans les revendications sur les Conseillers généraux : beaucoup d'élus socialistes sont montés au créneau en disant qu'il y a besoin d'un échelon intermédiaire dans les zones ruralesLe PRG n'a pas le sentiment d'être écouté et s'estime maltraité par le PS à ce sujet. C'est un parti d'élus et la suppression des Conseils généraux est pour lui une question sensible et importante. C'est une façon pour le PRG de peser sur le débat au Sénat. Jean-Christophe Cambadélis a d'ailleurs dit qu'il y a des marges de manœuvre au Sénat, et Manuel Valls n'a pas fermé la porte à des modifications du texte. Même s'ils n'ont pas toujours voté comme le PS le voulait, le PRG est un allié fidèle et très précieux en cette période et encore plus après le départ des écolos du gouvernement. François Hollande et Manuel Valls ont besoin symboliquement du PRG pour ne pas donner l'impression que le PS gouverne seul. 

Le groupe du PS à l'Assemblée dispose seulement d'un siège de plus que la majorité absolue. C'est donc très fragile d'autant plus que le groupe PS compte désormais les frondeurs socialistes. Les 17 députés PRG sont donc d'autant plus importants dans ce contexte-là. Le rôle du PRG est un peu moindre au Sénat mais de toute façon le PS et la gauche ont rarement la majorité.Le menace est crédible car ce n'est pas nouveau mais il ne faut toutefois pas oublier qu'il y a actuellement des négociations électorales avec les sénatoriales où les investitures ne sont pas encore réglées. Le PRG n'est pas content à ce sujet mais il y a toujours un moment de bluff entre les partenaires à chaque négociation. Manuel Valls et François Hollande ne peuvent donc pas donner l'impression qu'ils traitent la menace à la légère même si on ne connait pas forcément le nom des ministres.

David Valence : Le Parti radical de gauche représente un allié indispensable pour le Parti socialiste, puisqu'il est le seul allié sûr dont il dispose, en particulier à l'Assemblée nationale. Or, les dernières positions de pouvoir solides que détient le PRG sont départementales, en particulier dans le Tarn-et-Garonne, dont la ministre Sylvia Pinel est l'élue. Les menaces sur l'existence des départements ont de quoi donner à ce parti des sueurs froides. Au surplus, le PRG a tout intérêt à montrer les dents à quelques semaines des élections sénatoriales du 28 septembre, pour sauver ses sortants. L'exécutif aurait donc tort de sous-estimer les menaces d'un allié jusqu'ici fidèle, mais qui se sent attaqué dans son implantation territoriale par les projets du gouvernement. 

Cette dissidence pourrait-elle affaiblir la majorité gouvernementale, alors que le groupe PRG compte 17 députés et 19 sénateurs ?

Rosalie Lucas : Une dissidence pourrait affaiblir la majorité gouvernementale. Si le groupe PS à l'Assemblée n'était pas discipliné ça ne serait pas important, là le problème c'est que les frondeurs veulent se faire entendre sur leurs textes en septembre.

David Valence : C'est évidemment au Parlement que se situe l'enjeu. Au Sénat, les communistes ont montré qu'ils appartenaient de fait à l'opposition, en joignant volontiers leurs voix à la droite sur les textes importants. A l'Assemblée, le groupe d'Europe Écologie Les Verts montre les dents depuis que Cécile Duflot a hâté sa sortie et celle de Pascal Canfîn du gouvernement. Pour un peu et si le PRG se retire, les socialistes se retrouveront bien seuls, avec pour conséquence les départs de Sylvia Pinel et peut-être même de Christiane Taubira du gouvernement. 

Autre front qui menace la majorité, les frondeurs socialistes, regroupés autour des aubrystes Christian Paul et Jean-Marc Germain. Ils ont notamment prévu de se réunir toute la matinée du 30 août à La Rochelle, une réunion informelle qui est déjà particulièrement attendue. Peuvent-ils de nouveau repartir à l'offensive à la rentrée et quelles formes peuvent prendre la rébellion ? Représentent-ils vraiment une menace crédible pour le gouvernement, alors qu'aucun d'entre eux n'avaient voté contre le PLFSS malgré leurs déclarations ?

Rosalie Lucas : Ils ne lâchent plus le morceau et on le voit bien avec la censure du Conseil constitutionnel sur les allégements de cotisations. On a peu entendu les socialistes à part les frondeurs, comme Laurent Baumel, Christian Paul et Jean-Marc Germain. Ils annoncent déjà que pour le prochain Budget étudié à l'automne ils seront présents et feront entendre leur petite musique.Ils n'ont pas réussi à faire capoter et à faire voter leurs amendements sur le budget rectificatif de la  sécurité social. Ils savent qu'ils auraient tout à perdre si le budget n'était pas voté. Derrière leurs menaces ils font attention à ne pas perdre leur siège, mais avec leurs critiques internes, ils sont tout de même gênants pour François Hollande et Manuel Valls. Ce n'est jamais bon d'avoir des contestations internes et se battre des jours et des jours sur un texte quand on veut des réformes rapides et que les sondages ne sont pas bons. Ils ont par ailleurs un écho médiatique important et ils se font entendre. 

David Valence : Je ne crois pas à leur capacité d'aller au bout, en votant contre la loi de finances pour 2015 que présentera le gouvernement. En ce cas, ils sortiraient vraiment de la majorité. Or, la pression des autres députés socialistes sur eux est très forte. C'est comme dans les tranchées : vous ne désertez pas tant que votre copain vous regarde. En revanche, le problème est que ces élus ont réussi à se construire une stature médiatique à bon compte. Leurs paroles, qui ne sont que des paroles, font désordre, accentuent l'image de confusion que donne la majorité. Tout l'enjeu pour le président du groupe PS à l'Assemblée Bruno Le Roux et pour le patron du PS Jean-Christophe Cambadelis est donc de limiter leur accès aux grands médias nationaux. 

Les écologistes eux, alternent comme souvent le chaud et le froid. On sait que Cécile Duflot a pris ses distances avec le gouvernement depuis qu'elle l'a quittée tandis que Jean-Vincent Placé, lui, fait le chemin inverse. Les dissensions entre les deux lignes peuvent-elles avoir des conséquences sur la majorité, notamment en cas de surenchère de la part de Cécile Duflot et ses alliés ?

Rosalie Lucas : Certains écolos votent pour des textes de la majorité, d'autres contre… on retrouve au sein du groupe écologiste le positionnement différent entre Jean-Vincent Placé et Cécile Duflot. Les voix des écologistes peuvent être nécessaires et utiles au PS et on voit bien que le gouvernement essaye de s'appuyer sur certains parlementaires écologistes comme le député François de Rugy. Cécile Duflot, elle, essaye de faire la jonction entre les écolos et les frondeurs socialistes mais il faut voir où cela va la mener : ça peut être compliqué s'il n'y a pas d'effet. Même si Cécile Duflot n'a pas réussi à bloquer les textes, elle est quand même gênante en dehors du gouvernement car c'est une voix importante, notamment médiatiquement.

David Valence : Les écologistes étaient un peu perdus quant à la stratégie à adopter avant les municipales, puis les européennes. Ils y ont obtenu des résultats très honorables, ce qui semble valider les positions de Cécile Duflot. Avec la gestion de grandes villes comme Grenoble, avec une certaine habitude désormais du pouvoir, l'enjeu pour Europe Écologie Les Verts est de se positionner comme une alternative crédible, à gauche, à un PS moribond. Mais pour cela, il faudra réussir à attirer de nouvelles personnalités, s'ouvrir sur la société et réformer des règles de fonctionnement parfois puériles dans leur hyper-démocratisation. Bref, il leur reste bien du travail...

Propos recueillis par Julien Chabrout

 

 

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