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Quand Trump s’en prend à l’Allemagne et que Londres durcit son Brexit. Ils nous envoient (en fait) de très bonnes nouvelles, si l’Europe sait bien jouer
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Les règles du jeu

Quand Trump s’en prend à l’Allemagne et que Londres durcit son Brexit. Ils nous envoient (en fait) de très bonnes nouvelles, si l’Europe sait bien jouer

Les Européens ont sans doute compris que le Brexit était l’occasion de resserrer les liens. Donald Trump en apporte une autre occasion superbe en taclant l’Allemagne de Mme Merkel...si seulement l’Europe réagissait.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »
Theresa May la première ministre britannique, va aujourd ‘hui à londres répondre à tous les détracteurs qui lui reprochent de ne pas avoir de stratégie pour organiser son Brexit et nous annoncer des conditions très dures pour faire aboutir le divorce. 
Donald Trump a hier dans une interview, tancé Mme Merkel, chef d’état étranger et ami avec une violence qu’on n avait jamais vue dans la pratique récente. Que les relations internationales ne soient une histoire de bisounours, c’est une évidence, mais en général, les diplomates y mettent les formes. 
Plutôt que de se plaindre que l’Europe ne fonctionne pas, et de crier avec les loups , ces deux évènements devraient provoquer une réaction de sursaut des 26 membres de l‘union et notamment des partenaires de l’euro. Les réactions à Bruxelles, à Berlin et à Paris devraient être cohérentes et à la hauteur de cette violence. 
Occasion unique historique, pour annoncer une refondation ou une réorganisation de la solidarité européenne. 
Ne rêvons pas. Donald Trump et Theresa May ont le même objectif. le même but ? Faire exploser l’Europe et l’euro pour ramasser les débris les uns après les autres et pénétrer les marchés. La Grande Bretagne a besoin des marchés européens mais elle ne veut pas en accepter les codes de fonctionnement. L’Amérique a besoin de l’Europe à condition que l'Europe parte en miettes et ne parle plus d’une même voix. Trump veut être l interlocuteur unique de Vladimir Poutine. Bref il veut rejouer le rêve américain de l’après guerre auquel s’était opposé le général de Gaulle et avait réussi à construire les embryons de l‘union européenne pour s’affranchir de l’impérialisme américain. La deuxième guerre mondiale donnait des droits à l’Amérique. la crise des subprimes aurait du lui donner des devoirs. Obama en avait peu. Trump en a encore moins. 
En grande Bretagne, Theresa May embourbée dans les contradictions du Brexit, a semble –t-il décidé de lancer la procédure de divorce. Un divorce total, dit- elle, en trois actes. Elle commencera par fermer la libre circulation des hommes. En clair toute immigration sera arrêtée sauf négociation très serrées. Ensuite elle se retirera de la cour de Luxembourg, ce qui veut dire que les litiges seront gérés par les tribunaux internationaux (donc par les avocats anglais). 
Enfin, elle prévoit de négocier des accords d’échange bi latéraux pour compenser la fin du libre échange de l’union. 
Alors il est évident que derrière ce discours guerrier, il y a une stratégie qui va consister à être intransigeant sur l’immigration (raisons politiques obligent) mais elle va essayer de faire trainer la négociation commerciale pour obtenir des avantages de substitutions afin de conserver le plus clair des activités installées en grande Bretagne.(raisons économiques obligent). 
Pour les européens c’est absolument inacceptable. Les européens ne peuvent pas accepter que la grande Bretagne se ferme de façon hermétique à l’immigration, mais surtout les européens ne peuvent pas accorder aux anglais une forme dérivée du fameux passeport qui est utilisé pour pénétrer les marchés . L ‘Europe a donc intérêt à se défendre, pour empêcher d’être cannibalisée, pour récupérer des activités et enfin, pour fixer des droits de douanes dissuasifs.  
Il va d’ailleurs y avoir une course de vitesse entre les droits de douanes en Europe et la baisse promise de l’impôt sur les bénéfices des sociétés installées en GB. Il faut que le droit de douane représente une charge supérieure au bénéfice obtenu dans le deal fiscal. Elémentaire Mon cher Watson !
Pour se faire, il faut que les pays de l’union s’entendent très fort. Ils y ont intérêt d’autant que Theresa May est très mal équipée en hommes et en experts pour négocier des accords commerciaux avec la chine ou l’Inde qui viendraient compenser le manque à gagner que représenterait la sortie de l’Europe. 
En clair, les hommes politiques, les fonctionnaires et les hommes d’affaires ne croient pas que la Grande Bretagne puisse organiser son divorce commercial et financier très vite. Mais en entendant, le Europe a intérêt à se défendre et pour se défendre il faut qu’elle se ressoude politiquement pour relever ces défis qui la coulent. 
De l’autre coté de l’Atlantique, Donald Trump a très bien compris le parti qu’ il pourrait tirer du désaccord européen et du coup,  il tape là où ca fait mal. Il tape sur l’Allemagne. 
Il sait que les mouvements populistes se sont emparés de l’Allemagne comme bouc émissaire de toutes les difficultés. Donc, il embraye sur la même partition. Il attaque Me Merkel sur deux fronts :  d’abord sur sa politique d ‘immigration, massive, mais aussi, Il tacle l’Allemagne sur ses succès économiques, en expliquant qu’elle a mis à mal, le reste de l’Europe. 
Bref, il reprend les arguments utilisés par l’extrême droite et l’extrême gauche Française, par la gauche de la gauche en France, par le mouvement 5 Etoiles en Italie, ou Podemos en Espagne ... 
Et comme il sait que ces mouvements prônent plus ou moins une sortie de l’Europe, il se félicite du Brexit et le donne en exemple. Le but de Trump est alors de faire exploser l‘union européenne, (une force de marché supérieure à celle des Etats-Unis) et l’Euro (La seule monnaie sérieuse concurrente du dollar) pour faciliter le réveil de la Russie dont il sait bien qu’elle est structurellement affaiblie. 
Cette campagne antiallemande est une campagne anti-européenne. 
En toute logique elle devrait provoquer des manifestations de désaccord très déterminées de la part des européens ou du moins de certains candidats a la présidentielles. Pour l'instant l’Europe, c’est silence radio. Pendant combien de temps, pourquoi ? Pour qui ? La situation qui se dessine sous nos yeux,  va rapidement devenir surréaliste et dangereuse. 
Trump et londres ont envoyé de très très bonnes nouvelles pour l’union européenne. A condition que l’union européenne réagisse. Elle n a pas le choix.  

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