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Les prisons sont-elles devenues un véritable vivier de recrutement pour les réseaux djihadistes ?
Les prisons sont-elles devenues un véritable vivier de recrutement pour les réseaux djihadistes ?
©Reuters

Un prophète

Démission ? En prison, la radicalisation religieuse est le prix à payer pour maintenir une paix sociale

L'islam radical, Mohammed Merah, qui après plus de 24 heures de siège n'avait pas été interpellé, l'aurait découvert en prison. Les établissements pénitentiaires français sont de véritables lieux de recrutement et de rencontre pour apprentis djihadistes.

François Haut

François Haut

François Haut est un juriste spécialisé en criminologie. Il dirige le département de recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines, de l'institut de criminologie de Paris au sein de l'Université Paris II Panthéon-Assas.

Il a été conseiller du ministre des finances sur l'économie criminelle

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Atlantico : Mohammed Merah, le suspect des tueries de Toulouse et Montauban, aurait basculé dans un islam radical alors qu’il effectuait un séjour en prison pour des délits de droit commun. Ce type de parcours est-il étonnant ?

François Haut : Non, ce n’est pas étonnant. Nous avons divers exemples de ce type de processus. Suite aux attentats de 1995, Safé Bourada est parvenu à convaincre en prison d’autres personnes de rejoindre sa cause. Il a créé, au sein même de la prison, un groupe ayant vocation à mener des actions du type de l’attentat de Londres. Il a réuni autour de lui d’anciens et de nouveaux camarades. Parmi ces derniers, certains n’étaient parfois même pas musulmans au départ.

Il y a aussi le cas d’Abou Moussab Al-Zarqaoui qui est entré en prison comme prisonnier de droit commun. C’est alors un « mauvais musulman » qui fait la fête et boit. Il est arrêté en Jordanie et c’est en prison qu’il rencontre les personnes qui le mèneront vers un islam radical. Quelques années plus tard, il deviendra le chef d’Al Qaïda en Irak.

Même exemple pour Kevin Lamar James qui a créé en Californie un groupe en prison. Cet ancien membre des Crips (un gang de Los Angeles) emprisonné pour des affaires de droit commun, a fondé l’organisation Jam’iyyat Ul-Islam Is-Saheeh (JIS), l’assemblée de l’islam authentique, en prison. Le FBI, au moment de son interpellation, avait évoqué un projet d’attentat important.

Les Américains parlent de « prislam », une contraction des mots prison et islam.

Quel rôle joue la prison dans la construction des djihadistes ?

A un moment donné, l’islam joue ou a pu jouer un rôle important dans les prisons. La prière permet aux gens de se rassembler plusieurs fois par jour sans attirer l’attention. C’est un bon moyen de s’organiser.

Il y a des recruteurs, des imams au sein des prisons qui, sans avoir de grandes qualités religieuses, se revendiquent du salafisme. Ils y trouvent un islam facile à mettre en œuvre, simpliste, qui permet de convaincre plus facilement que d’autres les gens de se tourner vers le djihadisme.

Ce phénomène n’est pourtant pas nouveau. Pourquoi les autorités des prisons ne parviennent-elles pas tout simplement à déjouer ce type d’organisations ?

A l’intérieur de la prison, on laisse aux gens une liberté de culte. Certaines choses sont interdites dans les prisons françaises : l’appel à la prière en est un exemple. Il a pourtant lieu malgré tout afin d’obtenir le calme au sein des établissements pénitentiaires. C’est un moyen d’éviter les tensions qui pourraient dégénérer en violences et en émeutes.

En prison, il n’y a pas grand-chose à faire. Jusqu’à présent, on pensait que le fait que les gens se tournent vers la religion n’était pas dangereux. La présence de l’islam en prison est cependant prise en compte depuis quelques temps par l’Etat.

On s’est longtemps concentrés sur le risque de déstabilisation de la prison, omettant ainsi de voir les risques qu’implique une islamisation de cette même prison. La liberté religieuse était une garantie de calme. Une approche simpliste qui consistait finalement à se dire que pendant ce temps-là, les détenus ne faisaient pas de bêtises.

Ce regroupement et cette manière de s’organiser au travers de mouvements radicalisés est-il une spécificité liée à l’islam ?

En prison, la logique agrégative est un moyen de se protéger. Elle est rarement tournée vers l’extérieur et en cela, l’islam est à part. La logique djihadiste en prison est aujourd’hui unique. Il est possible de faire cela en prison parce qu'il n'y a pas grand-chose d’autre à faire. C’est d’autant plus simple que certains détenus sont déjà sensibilisés à ce genre de thèses.

On sait que les Corses sont très organisés en prison : l’information circule. C’est encore plus visible avec les Basques : on sait que lorsqu’un Basque éternue dans une prison du sud de la France, ses camarades dans une prison du nord sont au courant une heure plus tard. Il y a des réseaux de communication extrêmement forts. Ils se regroupent pour se protéger, pas pour préparer des actions à l’extérieur des murs de la prison.

Reste qu'n 1916, lorsque les Britanniques ont mis en prison tous les gens de l’IRA qu’ils n’avaient pas réussi à tuer, ces derniers se sont réorganisés au sein même de l’établissement pénitentiaire. Lorsqu’ils sont sortis, quelques années plus tard, chacun savait ce qu’il devait faire pour reprendre le combat.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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