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Mario Draghi devrait annoncer une baisse du taux directeur des banques centrales le 2 mai.
Mario Draghi devrait annoncer une baisse du taux directeur des banques centrales le 2 mai.
©Reuters

Sept différences

Pourquoi la conception française de la croissance n'a rien à voir avec celle qu'en ont l'Europe ou le FMI

Mario Draghi devrait annoncer une baisse du taux directeur des banques centrales le 2 mai. Mais cette baisse, symbolique, ne permettra pas à la France de retrouver de la croissance sans efforts.

Marc Touati

Marc Touati

Marc Touati est économiste et président fondateur du cabinet ACDEFI (aux commandes de l'économie et de la finance). Il s'agit du premier cabinet de conseil économique et financier indépendant au service des entreprises et des professionnels.

Il a lancé en avril 2013 la pétition en ligne Sauvez La France.com pour diminuer "les impôts", les "dépenses publiques superflues" et "retrouver le chemin de la croissance" afin de "sortir par le haut de cette crise".

Il est également l'auteur de Quand la zone euro explosera, paru en mars 2012 aux Editions du Moment. Son dernier livre est Le dictionnaire terrifiant de la dette (Editions du moment, mars 2013).
 

 

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Mariage pour tous, patrimoine des ministres, affaire Cahuzac, lasagnes au cheval, intervention militaire au Mali. Depuis le début 2013, force est de constater que tout a été fait (volontairement ou involontairement) pour essayer de masquer la gravité de la situation économique française.

Seulement voilà, tôt ou tard, la réalité reprend le dessus. Aussi, après des mois de tergiversations et de focalisation sur le mariage pour tous, il est grand temps de se pencher sur la question de la croissance et de l’emploi pour tous. Et ce, tant en France que dans l’ensemble de la zone euro.

Les dernières statistiques publiées dans l’Hexagone et dans la quasi-totalité des pays de l’UEM (y compris en Allemagne) sont d’ailleurs catastrophiques. Elles confirment toutes que la récession s’aggrave et que l’augmentation du chômage va s’intensifier dans les prochains mois.

Malheureusement, en dépit de ces évidences, les dirigeants européens et français continuent leur obstination et leur dogmatisme. Pour sortir de la crise, nous disent-ils, il faut augmenter les impôts. Quelle erreur de raisonnement ! En particulier en France, où le poids des prélèvements obligatoires dans le PIB est déjà l’un des plus élevés du monde et le plus fort dans l’histoire de la France contemporaine.

A force de jouer à ce triste jeu, il est clair que les économies eurolandaises vont s’enliser dans une nouvelle grave récession qui deviendra rapidement, si ce n’est d’ailleurs déjà le cas, une crise sociale et sociétale dramatique.

Dans ce triste contexte, une lueur d’espoir est pourtant venue de Francfort. Elle n’est pas le fait des Allemands qui continuent de refuser le moindre assouplissement en matière budgétaire, mais d’un Italien. En l’occurrence le Président de la BCE, Mario Draghi.

Après avoir déjà sauvé la zone euro à deux reprises fin 2011 et à l’automne 2012, « Super Mario » est donc sur le point de remettre ça en abaissant le taux refi (taux de refinancement, le principal taux directeur des banques centrales) le 2 mai. C’est du moins ce sur quoi parient les marchés boursiers, reprenant par la même occasion des couleurs qui semblaient perdues pour longtemps.

Pour autant, cette baisse du taux refi risque d’être surtout symbolique, à savoir de 0,25 point. Il restera donc toujours un écart avec le taux objectif des federal funds, ce qui ne manquera pas de limiter la baisse de l’euro. Or, tant que ce dernier ne reculera pas à 1,15 dollar pour un euro, l’UEM ne pourra pas retrouver le chemin de la croissance forte et durable, restant donc coincé dans la crise de la dette. En d’autres termes, la BCE ne fait que gagner du temps, espérant que la croissance reviendra comme par magie.

C’est exactement cette croyance dans une croissance qui tomberait du ciel qui anime le Président Hollande et le gouvernement Ayrault. Oui, tous les Français souhaitent retrouver un PIB et un emploi dynamiques. Mais, rien n’est fait pour les obtenir. Bien au contraire, l’augmentation de la pression fiscale ne va qu’aggraver la situation.

Après avoir perdu beaucoup trop de temps à pratiquer la méthode Coué, à faire diversion avec toutes sortes d’affaires malsaines et à diviser les Français avec le débat sur le mariage pour tous, il est plus qu’urgent de s’attaquer à la récession qui sévit dans l’Hexagone.

Alors, s’il vous plaît, Messieurs Hollande, Ayrault et tutti quanti, arrêtez de tourner autour du pot et de laisser la France s’enliser dans la crise. Faites un choix : celui du réalisme et du pragmatisme économique. Il ne s’agit pas de faire plaisir aux entreprises tout en ne décevant pas les syndicats, il faut moderniser la France, comme l’ont fait tant de pays développés depuis une dizaine d’années.

Cela doit passer par une baisse de la pression fiscale et des dépenses publiques, notamment de fonctionnement, mais aussi par un marché du travail moins coûteux, plus fluide et moins rigide

Si nous y arrivons, la croissance pourra alors remonter durablement vers les 2,5 %, ce qui ne sera certes pas formidable, mais suffisant pour créer des emplois, faire baisser le chômage et rembourser sans difficulté la charge d’intérêts de la dette. A ce moment-là, nous pourrons enfin chanter en chœur : la crise est finie !

Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là, et même si toutes ces mesures sont engagées dans les tout prochains mois, la sortie de l’ornière ne se produira que, dans le meilleur des cas, fin 2014-début 2015.

À l’inverse, si les dirigeants français s’obstinent à refuser le bon sens et ne mettent pas en musique l’essentiel des mesures ci-dessus, la situation s’envenimera et la France s’enfoncera encore dans la crise, engageant par là même un clash retentissant avec l’Allemagne. La zone euro atteindra rapidement un point de non-retour qui la conduira à l’explosion. La sortie de la crise de la dette publique aura donc bien lieu mais pour nous conduire vers un nouveau marasme, plus grave que la bulle de la dette. Après le mariage pour tous, ce ne sera donc pas la croissance pour tous, mais la faillite pour tous.

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