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Vers une police à plusieurs vitesses
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Sécurité

Vers une police à plusieurs vitesses

Claude Guéant, en déplacement à Nice pour les premières rencontres des polices municipales jeudi, s'est engagé à subventionner l'achat... de gilets pare-balles, mais n'est pas allé plus loin sur les questions d'armement ou de rémunération. 40 % des policiers municipaux sont armés, et remplissent de plus en plus des missions autrefois dévolues à la police nationale. Crise de confiance ?

Marc Louboutin

Marc Louboutin

Marc Louboutin a été pendant seize ans inspecteur puis lieutenant de police avant de démissionner en 2001. Journaliste, photographe, consultant, il se consacre désormais à l'écriture. Il anime un réseau social de plus de six mille policiers sur Facebook.
Il est l'auteur entre autres de Flic c'est pas du cinoche aux Editions du Moment.

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Atlantico : Le gouvernement envisage de faire armer systématiquement les policiers municipaux, et d’élargir leurs prérogatives. Est ce par défiance envers la police nationale ?

Marc Louboutin : Je ne sais pas si l’on fait un procès à la Police nationale, c’est à dire aux policiers qui essayent de faire leur travail du mieux qu’ils peuvent avec de moins en moins de moyens, ou si l’on assiste doucettement à un basculement de charges entre l’Etat et les taches régaliennes de l’Etat et des acteurs tiers comme les municipalités. Ce n’est un secret pour personne, c’est dans les projets de loi, la responsabilité des maires en matière de sécurité et le recours à des polices municipales est renforcé, institutionnalisé. 

Mais à partir du moment où l'on demande de plus en plus à une police municipale de faire le travail que normalement devraient faire les policiers nationaux, si on leur donnait des moyens qu’ils n’ont plus, on peut se poser légitimement  la question de savoir... quels sont les moyens que l’on donne à la police municipale !

Ce n’est donc pas un procès qui est fait à la Police nationale, mais simplement un constat qu’il y a un dégagement de l’Etat en matière de sécurité publique.

Aujourd’hui le débat porte sur l’armement de la police municipale, voici 15 jours on se demandait s’il fallait envoyer l’armée dans les banlieues. Je pense que le seul bon ou mauvais procès que l’on pourrait faire est de savoir si l’Etat est capable de maintenir une police républicaine de proximité, ce qui fait partie de ses tâches régaliennes.

On se dirige donc vers une police à plusieurs vitesses ?

Plus les polices municipales vont prendre de l’importance, comme les polices municipales dépendent des maires, plus la politique globale d’emploi va être différente en fonction de chaque police municipale, ce qui est déjà le cas d’ailleurs aujourd’hui. Les règles de sécurité publique devraient être appliquées sur l’ensemble du territoire national, mais pour des questions de budget, on essaye de trouver des palliatifs, comme avec par exemple la vidéosurveillance à la place des policiers ou la montée en puissance des polices municipales ce qui ne date pas d’il y a quelques mois mais d’il y a quelques années. C’est aussi le recours de plus en plus important aux réservistes de la Police nationale, qui jusqu’à présent étaient surtout des retraités, mais qui avaient en fait quasiment des emplois à temps plein pour certains, et bientôt la nouvelle réserve de la Police nationale, qui va travailler sur le modèle de la réserve de la gendarmerie, avec cette différence près que la gendarmerie vient de l’armée, et a donc une tradition de réservistes qui est celle de l’armée. Une tradition que n’a pas du tout la police, et l’on n’a pas du tout saisi dans quelles conditions vont être formés et employés les réservistes de la police nationale, dont on nous dit qu’ils vont être recrutés dans le milieu étudiant. Moi je trouve cela extrêmement dangereux, car la police est un véritable métier.

On a connu un basculement extrêmement important dans la police avec la place de plus en plus importante qu’ont pris les vacataires adjoints de sécurité, ce qui a de facto changé ce que la police était en mesure d’effectuer comme missions.

Certaines communes, comme Nice, sont extrêmement riches, et disposent des moyens pour avoir une grosse police municipale, des caméras de vidéo surveillance mais ce n’est pas le cas de toutes et le transfert de charges de l’Etat vers les collectivités qui est en train de s’opérer se fera au détriment du principe d’égalité. Et même si l’Etat propose des aides substantielles à l’installation de services de vidéo surveillance, il faudra ensuite entretenir ce matériel, et exploiter les images.

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