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Marine Le Pen essaie d'achever la mue du FN.
Marine Le Pen essaie d'achever la mue du FN.
©Reuters

Adroite

Le pari de Marine Le Pen d’incarner la nouvelle droite ne pourra que faire pschittt

La stratégie de la candidate FN est claire : provoquer une explosion de l'UMP pour recomposer la droite autour de son parti. Avec l'objectif, un jour, d'accéder au pouvoir. Un pari difficile si l'on se fie à l'histoire européenne récente.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : Marine Le Pen a déclaré ce dimanche soir vouloir incarner désormais la « nouvelle droite ». Le FN est-il en mesure selon vous de devenir le principal parti de droite de France ?

David Valence : Marine Le Pen essaie d'achever la mue du FN, du parti d'extrême droite relativement classique qu'il était dans les années 1970 à un populisme "patrimonial" plus rentable dans les urnes.  

Pendant longtemps, on a pensé que le FN suivrait une évolution comparable à celle du MSI italien : ce parti néo-fasciste n’avait pas réellement désavoué le legs de Mussolini et était dirigé par l'emblématique Giorgio Almirante. Dans les années 1990, il a été transformé par Gianfranco Fini, d’abord en un parti populiste puis en un parti de droite classique avec une forte tendance jacobine, c’est-à-dire très peu enclin au développement des autonomies régionales. Plus tard, ce parti s’est fondu dans le Parti des Libertés crée par Berlusconi. Il s'agissait d'une évolution spectaculaire, du néo-fascisme à la droite "classique".

Mais je crois que Marine Le Pen a plutôt en tête le modèle des partis populistes des pays nordiques, qui participent parfois au pouvoir mais exercent surtout une pression sur la droite modérée, en soutenant des gouvernements sans y participer pour mieux imposer leurs idées, comme le Parti populaire danois jusqu'en 2011 ou le Parti de la Liberté aux Pays-Bas. J'ajoute que Marine Le Pen est assez proche, par exemple, du discours que tient le Parti des Vrais Finlandais, puisqu'elle défend fermement un modèle social généreux et prétend le sauver en en excluant une catégorie désignée par elle comme "dangereuse" : les étrangers et même les Français issus de l'immigration.   

En réalité, on ne comprend pas la stratégie de Marine Le Pen si on ignore qu'elle raisonne sur un temps relativement long. Son ambition est d'installer durablement une offre politique nouvelle, à la fois populiste et proche du pouvoir, d'ici à 10 ou 15 ans. 

Je crois donc plus à une évolution du FN suivant le modèle du populisme scandinave plutôt qu'aux fantasmes qui en font la future formation politique dominante, à droite. Hormis en Hongrie, où c'est un parti issu de la droite libérale et modérée, le Fidesz, qui est devenu populiste, dans la plupart des pays européens, les populistes n'ont pas réussi à dévorer entièrement l'espace de la droite classique. En Suède, en Finlande, au Danemark ou aux Pays-Bas, des formations modérées, de droite ont continué à exister à côté d'une droite populiste et anti-immigrés.

Le Front National compte-t-il suivre la voie de l’UDC en arrivant au pouvoir seul, ou peut-il s’imposer via des alliances avec une partie de l’UMP ?

Le système politique suisse est si radicalement différent du nôtre que toute comparaison entre le FN et l'UDC est presque impossible. Le fonctionnement fédéral et la tradition du consensus vident en effet le vote UDC du "risque" qu'il pourrait représenter pour les électeurs helvétiques. C'est donc un vote protestaire non risqué, presque confortable.

En France, les choses sont sensiblement différentes. Quand on veut gouverner, il faut pouvoir le faire seul, en ne nouant de systèmes d'alliances qu'avec des plus petits ou des moins organisés que soi. 

C'est dans cette perspective que Marine Le Pen veut faire du Front national le bélier qui va ébranler la citadelle UMP. Au-delà de cette image facile, elle espère prospérer en profitant des tendances centrifuges qui ne manqueront sans doute pas de se manifester, à droite, à l'approche des élections législatives prochaines, en particulier dans la France de l'Est et du Nord.

Il est possible que nous assistions en effet à une vaste reconfiguration de la droite après l'élection présidentielle. Avec un FN qui change de nom et campe sur un populisme patrimonial, d'une part, et une UMP reconfigurée, vidée de ses éléments les plus durs et qui pourraient accueillir le Nouveau Centre et les radicaux. 

Mais il ne s'agit, je le répète, que d'hypothèses. Pour être certains qu'il y a bien, dans les urnes, un "effet Marine" et que la mue du FN est bien entamée, il faudra attendre les législatives, et vérifier que les résultats du FN ne fondent pas comme neige au soleil. Le FN a toujours du mal à "confirmer" ses succès : souvenez-vous par exemple de l'échec des législatives de 2002 par exemple. C'étaient quelques semaines à peine après l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle...

Propos recueillis par Aymeric Goetschy 

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