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Jean-Vincent Placé, le président du groupe EELV au Sénat, a estimé mardi que la défense était l'un des secteurs dans lesquels il était possible de réaliser des économies de dépenses.
Jean-Vincent Placé, le président du groupe EELV au Sénat, a estimé mardi que la défense était l'un des secteurs dans lesquels il était possible de réaliser des économies de dépenses.
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Un penny est un penny !

Crise ou pas, réduire les dépenses en matière de défense serait tragique

Pour réaliser les économies voulues par la Cour des comptes, pourquoi ne pas réduire le budget de la Défense ? C'est ce que propose Jean-Vincent Placé. Mais les militaires ont-ils encore les moyens de comprimer leurs dépenses ?

Michel Goya

Michel Goya

Michel Goya est colonel et directeur d’études du domaine "Nouveaux conflits" à l’Institut de Recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM).

Il est breveté de l’enseignement militaire supérieur et docteur en histoire contemporaine de l’université Paris-Sorbonne (Paris IV).

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Atlantico : Interrogé sur le récent rapport de la Cour des comptes, qui appelle à des réductions des dépenses de l’État, Jean-Vincent Placé, le président du groupe EELV au Sénat, a estimé mardi que la défense était l'un des secteurs dans lesquels il était possible de réaliser des économies de dépenses. Il a notamment remarqué que ce sujet était "tabou" en France. La réduction du budget des armées est-elle un débat que les politiques s'interdisent ?

Michel Goya : Le sujet n’est absolument pas tabou ! Il n’a simplement pas besoin d’être évoqué. Depuis 1991, en divisant par deux le pourcentage du PIB consacré à la défense, les différents gouvernements successifs ont déjà retiré 200 milliards de crédits aux armées et placé celles-ci dans une grave crise de financement des programmes d’équipements. Dans le même temps, les effectifs ont déjà été divisé par deux avec la professionnalisation complète décidée en 1996 et sont encore en cours de réduction de 54 000 postes (une réduction équivalente dans l’Éducation nationale équivaudrait à 150 000 postes) à la suite des décisions du Livre blanc et de la Revue générale des politiques publiques de 2008.

Rappelons, et c’est tant mieux, que les armées ne sont pas syndiquées. Nous, militaires, sommes des oies qui non seulement ne crient pas quand on leur demande d’enlever leurs plumes mais se félicitent même de les enlever plus vite que prévu, au nom du caractère sacré de la mission reçue. Comment, dès lors, ne pas céder à la tentation ? Les seuls qui opposent une résistance à la baisse des budgets sont les industriels, bien entendu en fonction de leur intérêt propre et plus en proportion de leur influence politique et médiatique que de l’impact stratégique réel de leur production.

En période de crise, n'est-il pourtant pas judicieux de se poser la question de ces réductions ? Dans quels secteurs serait-il possible de concevoir des efforts ?

En démocratie, toutes les questions politiques sont légitimes. On peut effectivement prôner une politique de rigueur budgétaire à la Pierre Laval à quelques années d’une guerre que personne ne voit venir ou, pourquoi pas, de sortir de la crise par une relance militaire comme avec le troisième New deal de Roosevelt. Après tout, l’industrie de défense est par essence non délocalisable et ses efforts de recherche-développement peuvent stimuler la haute-technologie, comme aux Etats-Unis.

Dans l’immédiat, bien sûr, on peut difficilement échapper à un effort de réduction des dépenses, ni moins mais ni plus non plus que les autres ministères, comme le promettait le candidat François Hollande. Tout cela doit faire l’objet non pas de mesures à court terme de réduction de commandes ou de personnels, qui finissent au bout du compte par représenter peu d’économies au prix de fortes pertes de capacités, mais d’une réflexion stratégique en profondeur sur l’emploi de l’outil de défense en associant aussi cette fois les militaires, les meilleurs experts de leur propre métier.

Rappelons simplement que les réductions des effectifs en cours de 54 000 postes ne sont censées rapporter que de 3 à 5 % du volume total de la loi de programmation militaire. Elles induisent en revanche une charge directe (les mêmes missions menées par moins) et indirecte (les rationalisations par regroupements de matériels ou de personnels de soutien) qui induisent des rigidités et des frustrations nouvelles sur les forces, qui finissent par peser sur le moral et l’efficacité globale. Une nouvelle réduction massive pourrait avoir de graves conséquences humaines.

En volume, nous en sommes pratiquement à l’armée d’armistice accordée par les Allemands au régime de Vichy. A partir d’un certain seuil, autant ne pas avoir de défense du tout et demander aux Etats-Unis de défendre nos intérêts.

Jean-Vincent Placé estime que réduire les dépenses militaires de la France n'impliquerait pas une baisse de nos capacités de défense et de sécurité dès lors que l'on investissait plus dans la Défense européenne. Qu'en pensez-vous ?

Il y 40 000 soldats européens en Afghanistan et pas le début d’une vision commune. M. Placé aura sans doute raison lorsque la défense européenne existera.

Certains, comme Stéphane Hessel dans son ouvrage paru début avril, évoque l'intérêt d'un désarmement nucléaire. L'intérêt pour la France de cet armement spécifique justifie t-il encore les sommes qui sont investies dedans ?

L’arme nucléaire n’est pas une arme, c’est un instrument purement politique dont l’emploi ne peut être décidé que par le Président de la république. Le désarmement nucléaire ne peut être que le choix de ce dernier.

D’un strict point de vue économique, il est à peu près établi que l’arsenal nucléaire occidental a empêché le déclenchement d’une nouvelle guerre sur le sol européen. Au regard des dépenses visibles de la dissuasion et des économies invisibles réalisées par l’évitement de la guerre, c’est un instrument extraordinairement économique.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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