Les enregistrements secrets qui montrent que les soldats allemands en savaient beaucoup plus sur la Shoah que ce qu'ils reconnaissaient officiellement | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, des généraux d'armée ainsi que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs.
150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, des généraux d'armée ainsi que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs.
©DR

Ach so !

Les enregistrements secrets qui montrent que les soldats allemands en savaient beaucoup plus sur la Shoah que ce qu'ils reconnaissaient officiellement

Deux historiens, Sönke Neitzel et Harald Welzer, ont compilé dans un livre les enregistrements d'officiers allemands faits prisonniers par les Alliés.

L'histoire n'est jamais complètement écrite. Les découvertes de l'historien allemand Sönke Neitzel le montrent bien. Alors qu'il part en 2001 à la recherche d'archives sur la bataille de l'Atlantique, il fait une découverte de taille. A tel point que ce qu'on connaît de la deuxième guerre mondiale s'en trouve bouleversé. Neitzel tombe en effet sur des documents qui retranscrivent les conversations de soldats allemands faits prisonniers par les Alliés. 150 000 pages de comptes rendus originaux dans lesquels des officiers, aussi bien des nageurs de combat, des généraux d'armée que des pilotes de la Luftwaffe, parlent dans une totale liberté de la "pure joie" de massacrer des civils, des juifs. Et le tout de montrer que les soldats de la Wehrmacht n'étaient pas meilleurs que les SS contrairement à l'idée commune. Publiquement, les soldats de la Wehrmacht n'ont cessé de dire qu'ils n'étaient pas au courant des meurtres en masse de juifs.

Pour éplucher les conversations des 13 000 soldats allemands prisonniers mis sur écoute au centre de détention de Trent Park, à Londres, puis à Fort Hunt, en Virginie, l'historien a fait appel au spécialiste de psychologie sociale Harald Welzer. Les deux experts ont alors tiré des transcriptions de conversations de ces officiers allemands, qui ignoraient qu'ils étaient à ce point étroitement "observés" par les Anglais qui pensaient au départ découvrir des secrets militaires leur donnant un avantage stratégique sur leurs adversaires, un livre choc intitulé publié en anglais mardi. Intitulé Soldaten : On Fighting, killing and dying. The secret World War II transcripts of German POWs, soit en français, "Les soldats : Sur le combat, le meurtre et la mort. Les secrètes transcriptions de la deuxième guerre mondiale de prisonniers de guerre allemands", le livre fait la part belle aux citations qui montrent que pratiquement tous les soldats allemands savaient la fin tragique qui attendait les juifs. C'est notamment le cas du lieutenant général Heinrich Kittel qui en parle le 28 décembre 1944 à Felbert, un autre soldat fait prisonnier.

"Felbert : Aviez-vous eu également connaissance des lieux d'où étaient enlevés les juifs ?
Kittel : Oui.
Felbert : Et les enlèvements étaient systématiquement réalisés ?
Kittel : Oui.
Felbert : Les femmes et les enfants – tout le monde ?
Kittel : Tout le monde. Horrible !
Felbert : Et que faisaient-ils aux enfants ?
Kittel (très excité) : Ils empoignaient les enfants âgés de trois ans par les cheveux, les maintenaient en l'air, et leur tiraient dessus puis les jetaient. J'ai assisté à toute la scène. N'importe qui pouvait le voir. […] Les soldats lituaniens et allemands se tenaient là, et observaient ce qu'il se passait."

Et les extraits choisis par Neitzel et Welzer dans leur livre montrent que les soldats allemands, en plus de savoir tout ce qui se tramait, prenaient également beaucoup de plaisir à tuer des civils.

Greim : Un jour, on a mené un raid sur Eastbourne. On est arrivés et on a vu un château. Apparemment, il y avait un bal ou quelque chose comme ça, en tout cas plein de dames en tenue de soirée et un orchestre. La première fois, on s'est contentés de survoler, mais ensuite on a piqué et tout canardé. Ah, mon ami, c'était vraiment le pied !

Et Baümer, un pilote de la Luftwaffe qui tiraient sur des civils français et belges en 1940, d'ajouter : Lorsque nous volions à basse altitude juste au-dessus de routes, si on croisait des voitures, on gardait nos phares allumés. Les conducteurs s'imaginaient alors qu'il y avait du trafic. On nettoyait alors tout avec les canons. C'était un énorme succès. Et beaucoup de plaisir, fantastique, magnifique !

D'autres soldats tuaient uniquement pour récupérer un objet qui les intéressait. C'est notamment le cas de l'officier Zotlöterer.

"Zotlöterer : J'ai tiré sur un Français par-derrière. Il était à vélo.
Weber : De très près ?
Zotlöterer : Oui.
Heuser : Il voulait te faire prisonnier ?
Zotlöterer : Tu parles ! Je voulais le vélo."

Les conversations entre soldats montrent également à quelle vitesse ils se transforment en véritables tueurs, jusqu'à y prendre du plaisir. En attestent les déclarations de Pohl, un pilote de la Luftwaffe, qui discute avec l'éclaireur Meyer.

"Pohl : Le deuxième jour de la campagne de Pologne, j’ai dû bombarder une gare de Poznán. Huit des seize bombes sont tombées dans la ville, en plein milieu des maisons. Ça ne m’a pas vraiment réjoui. Le troisième jour, ça m’était égal, et le quatrième, j’y ai pris plaisir. Pour se mettre en appétit, on poursuivait des soldats isolés à travers champs et on les laissait gisant les bras en croix avec quelques balles dans la peau.
Meyer : C’étaient toujours des soldats ?
Pohl : Non, des civils aussi. On attaquait les files dans la rue. Je faisais partie d’une escadre de trois appareils. Les avions plongent, les uns derrière les autres, et là, dans un virage à gauche, c’est parti, avec les mitrailleuses et tout ce qu’on avait sous la main. On a vu des chevaux voltiger.
Meyer : Diable, avec les chevaux. Je n’arrive pas à y croire.
Pohl : J’avais mal pour les chevaux, pas du tout pour les hommes. Mais les chevaux m’ont fait de la peine jusqu’au dernier jour."

Ces témoignages ne représentent qu'une petite fraction des nombreux enregistrements qu'ont retranscrit les deux historiens dans leur livre de près de 450 pages qui écrit une nouvelle page importante de l'histoire.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !