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©JOHANNES EISELE / AFP

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Les 7 péchés capitaux qui expliquent l’euphorie des bourses mondiales en cette fin d’année

Les peuples dépriment mais les marchés financiers sont euphoriques. Les bourses mondiales terminent l’année surdopées. Entre le vaccin, le deal sur le Brexit et la multiplication des plans de relance ou de soutien, les marchés ne savent plus où donner de la tête. Pourvu qu’une telle euphorie contamine l’économie réelle et vite, ce qui n’est pas si sûr.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les marchés financiers vont pouvoir sabler le champagne. Ils ont rarement connu des fins d’année aussi euphoriques. A Paris, le Cac 40 va clôturer 2020 à plus de 5600 points, le Dow-Jones à New-York à plus de 30 000, le Nikkei à Tokyo à 27 000, le Dax à 13 500, le Footsie à Londres à 6 500... Partout dans le monde, on vit cette fin d’année très bien et on fait tomber beaucoup de records boursiers.

Tous les indicateurs sont au vert. Sur le pétrole, ça va, les émirs du Golfe vont pouvoir changer leur Ferrari. Sur le marché de l’or, le lingot termine à 1800 dollars. Le dollar va bien et l’euro encore mieux. On n’est plus à la bourse, on est à la foire du Trône à l’échelle mondiale ou sur le bucher des vanités allumé par le coronavirus.

Rien ne va plus pour les uns mais tout va mieux pour d’autres.

A priori, la situation est incompréhensible, parce que le virus a fichu un coup extrêmement sévère à la situation économique. Des secteurs entiers sont dans le coma et personne ne sait comment le tourisme, le transport aérien, les spectacles, les restaurants vont pouvoir retrouver une activité normale. Beaucoup d’ailleurs spéculent sur les changements induits et se demandent si ces secteurs reviendront un jour au niveau d’avant. Parce que la digitalisation a transformé profondément les fonctions de production et de distribution de beaucoup d’entreprises, la prise de conscience qu’il faudra rapatrier des fabrications qui avaient été délocalisées et l’émergence de répondre aux urgences climatiques ont transformé profondément les logiciels économiques et alimenté une anxiété déjà nourrie par les risques sanitaires.

Donc a priori, les prévisions économiques sont très incertaines, la situation des entreprises est très difficile à analyser... En toute logique, le travail des investisseurs aurait dû être épouvantable. En toute logique, cette crise sanitaire, qui a entrainé une crise économique sans précédent avec sans doute une crise sociale à la clef, aurait dû entrainer un krach boursier comme en 1929, en 2002 ou pire en 2008 et 2009.

Or, cette logique que nous raconte l’histoire économique ne s’est pas appliquée à la situation que l’on traverse. Les marchés financiers ont bougé selon la gravité de l’évolution sanitaire, mais ils ne se sont jamais effondrés.

Plus important encore, ils vont terminer l’année sur un plus haut depuis février 2020, au tout début de la crise, alors même qu’on ne savait pas qu’on entrait dans une pandémie extrêmement grave.

Au total,  tous les marchés financiers vont terminer l’année par un bilan globalement positif. Alors certains secteurs (l’hôtellerie, l’aéronautique, les clubs de vacances ) ont profondément souffert... mais la plupart des autres entreprises ont connu des croissances boursières inespérées en début d’année : les industries digitales, la télécommunication, l’agroalimentaire, les industries de la santé, les énergies nouvelles.

Alors pourquoi cette euphorie, inattendue par les analystes les plus classiques et imprévisibles sauf par les experts financiers ? Pourquoi ? Pour des raisons à la fois structurelles, conjoncturelles et politiques. Au total, 7 vraies raisons où certains verront les 7 péchés capitaux du monde financier international.

1ère raison, la signature du deal sur un Brexit soft, qui n’empêchera pas la libre circulation des biens entre la Grande Bretagne et l’Union européenne à la fin de la semaine dernière, a beaucoup soulagé les milieux financiers, d’autant que le deal en question ne concerne pas les milieux financiers. La City va avoir 18 mois supplémentaires pour négocier un accord de cohabitation avec les grandes capitales européennes. Tout cela est un gage de bonne tenue de l’activité.

2e raison : le plan de relance américain a été signé in extremis par Donald Trump. Il a donc été présenté aux représentants du peuple américain qui l'ont voté. La Chambre des représentants à majorité démocrate a applaudi l’initiative. Les Républicains l’ont fait du bout des lèvres et vont sans doute imposer quelques modifications lors de la discussion au Sénat mais ça passera.

Les Américains vont recevoir de l’argent qui va tomber du ciel : 600 $ par personne, 300 $ par enfant. Trump voulait plus, les démocrates aussi. On portera le montant alloué à 2000 $ par personne. C’est de l’argent qui sera versé directement aux Américains.

Cet argent s’ajoute aux liquidités distribuées par les banques centrales et notamment la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne auprès des banques commerciales et d’investissement.

L’année 2020 aura été dominée par cet afflux d’argent distribué dans le monde entier pour soutenir les systèmes économiques et financiers de relance.

Cet argent a complètement sécurisé les milieux boursiers.

3e raison : cette crise sanitaire a fait beaucoup de victimes mais elle aurait pu en faire davantage si les gouvernements, tous les gouvernements, n’avaient pas choisi de protéger les vies humaines plutôt que les actifs de production.
Les activités ont été arrêtées par le confinement, mais les actifs de production n’ont pas été détruits. Ils pourront repartir dès que la confiance sera revenue, c’est à dire dès que l’immunité collective sera restaurée grâce au vaccin. Les dégâts sont importants parce que les flux se sont taris, mais les stocks et les capacités de production sont restés intacts. Y compris les contrats de travail qui ont été préservés grâce au chômage partiel.

4e raison : les premières vaccinations ont créé un effet de soufflet qui va durer au fur et à mesure qu’on aura vacciné les populations. Pour tous les investisseurs et les acteurs économiques, le vaccin est la seule solution pour sortir de la déprime des milliards d’hommes et de femmes. Et retrouver la confiance.

La 5ème raison retenue par les marchés financiers porte sur les restructurations industrielles. La phase de ralentissement en 2020 va fonctionner comme une purge massive des entreprises zombies ou trop préservées. Bref, les plus archaïques, les moins digitalisées, les moins adaptées aux évolutions vont se retrouver sur le carreau. Les gouvernements occidentaux n’auront pas les moyens de subventionner les entreprises qui étaient déjà malades avant et de financer la modernisation des nouvelles pépites qui préparent l’avenir. Cet arbitrage-là va faciliter le travail des investisseurs.

6ème raison : l’épargne accumulée dans les pays occidentaux atteint des montants considérables : plus de 200 milliards d’euros rien que sur les livrets A en France. Cette épargne est de l’argent qui n’a pas pu être consommé parce que les systèmes de distribution étaient bloqués. Cette épargne est liquide et disponible. Elle ne s’est pas investie en bourse mais les boursiers savent qu’elle existe et qu’elle peut garantir des placements à risque, donc financer une reprise rapide des activités.

7ème raison, la Chine est sortie de la crise pandémique. Les boursiers et les investisseurs ne demanderont jamais comment ni pourquoi. Dans des régimes autoritaires comme le régime chinois, ce sont des curiosités qu'on évite de montrer, sinon on risque de ne plus faire d’affaires. Tout le monde sait que le business avec la Chine va changer dans ses modalités, mais pas dans son ampleur. L’Occident a besoin d’usines à bas cout et la Chine a besoin de clients, pour nourrir ses milliards de bouches.

Maintenant, les bourses du monde entier vont démarrer l’année nouvelle sur les chapeaux de roue. Pour que ça marche et pour que 2021 soit l’année du rattrapage, il faut réunir trois conditions .

La première, il faut que la vaccination se déploie le plus vite possible sans accroc ni effet secondaire. L’enjeu est d’atteindre sur la planète toute entière l’immunité collective.

La deuxième condition est que le système financier ne bugue pas. Une faillite de banque aurait des effets catastrophiques.

La troisième condition est que les systèmes politiques démocratiques tiennent le choc parce qu‘ils sont devenus très fragiles et très menacés, à commencer par les déséquilibres sociaux.

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