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Le ministère des Finances et du Budget de Bercy. La dette liée à l'impact économique de la pandémie de Covid-19 suscite beaucoup d'inquiétude.
Le ministère des Finances et du Budget de Bercy. La dette liée à l'impact économique de la pandémie de Covid-19 suscite beaucoup d'inquiétude.
©Loic VENANCE / AFP

Atlantico Business

Les 5 pistes les plus sérieuses pour régler la dette Covid

L’ampleur de la dette Covid continue d’alimenter le débat politique sur les modalités de remboursement. Du côté de l’Élysée, on espère trouver une solution avant la fin de l’année afin de ne pas polluer la campagne de la présidentielle.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A Bercy, on essaie de trouver une solution acceptable par le plus grand nombre pour ne pas donner l’impression qu’on renverra le paiement de la dette Covid aux générations futures, ce qui serait du plus mauvais effet lors de la campagne présidentielle. C’est la demande d’Emmanuel Macron qui veut déminer tous les terrains les uns après les autres, et celui-là va être très lourd. Mais c’est aussi l’ambition de Bruno Le Maire, qui sortira de Bercy auréolé des résultats de la politique économique qu'il aura conduite pendant ces deux années de crise, 2020 et 2021. L’ensemble des acteurs du système économique et des partenaires sociaux reconnaissent que le ministre de l’Economie a géré cette situation potentiellement systémique avec habileté et efficacité. L’appareil de production française a été beaucoup moins abimé qu’on aurait pu le craindre. On a réussi à tout protéger, les actifs et les contrats de travail. Il va falloir gérer la sortie de crise avec son cortège de faillites et de plans sociaux, parce qu’on ne va pas pouvoir prolonger ou pérenniser les moratoires sur le paiement des charges sociales et fiscales, ce qui est le cas depuis presque un an. D’où la main tendue par le président du Medef aux syndicats pour inventer un nouveau paritarisme et ne pas donner à l’Etat des raisons d’élargir son emprise sur le monde économique.

Cela dit, la plus grosse difficulté pour Bercy va être de gérer les entreprises à risques, parce que l’essentiel des difficultés se sont accumulées sur des entreprises qui étaient malades avant la crise ou qui n’ont pas su prendre le train des mutations accélérées par la crise du Covid, et notamment la digitalisation de tous les secteurs. Le problème de savoir comment on va prendre en charge l’accompagnement des malades de l’industrie va être très rapidement un problème politique. Les ennuis de Renault, d’Air France, de Airbus ou de la SNCF sont bien antérieurs à l’arrivée de Bruno Le Maire à Bercy.

En revanche, le rôle du ministre va être forcément de proposer une solution de financement de la dette Covid-19 s’il ne veut pas que ce dossier lui soit reproché pendant toute sa carrière.

Le problème, c’est que le total de l’endettement public français est constitué de la dette d’Etat lié au fonctionnement du budget, la dette des collectivités locales et des organismes sociaux, soit actuellement près de 3000 milliards d’euros ou 120% du PIB.

Dans cet endettement, ce qui relève strictement du Covid cumule les dépenses du plan de soutien l’année dernière et cette année ( 400 milliards d’euros ) et  la contribution française au plan de relance européen ( 100 milliards d’euros ) fléchée sur l’économie française. Il ne s’agit que d’investissements propres à accompagner les grandes mutations (écologique, énergétique, digitale et réindustrialisation).

Ce qui pose problème, c’est plus strictement la part d’endettement qui serait imputable à la crise du Covid. Et sur ce segment-là, l’équipe de Bercy a géré les choses avec beaucoup d’intelligence.

D’abord, parce que beaucoup de cet argent renvoie aux difficultés structurelles du budget (trop de dépenses de fonctionnement qui ont explosé et c’est évidemment la gestion administrative qui est en cause et ça ne date pas du Covid).

Ensuite, parce qu’il y a beaucoup de garanties données par l’Etat (notamment le PGE). Si les choses tournent mal, les PGE (prêts garantis par l’Etat) seront diaboliques mais il n’y aucune vraie raison pour que les choses tournent à la catastrophe. Sur les 300 milliards d’engagement, le montant des prêts demandés dépasse à peine les 130 milliards et moins de 5% seraient à risques. Ça limite les dégâts. Ajoutons à cela que la France n’aura pas abusé du confinement. Certaines activités ont été durement impactées (les cafés, restaurants, les entreprises de spectacle et l’événementiel) mais elles représentent moins de 3% du PIB. Le reste a, sur l‘année, préservé l’essentiel de l’activité. D’où le décrochage limité à 9% du PIB sur l’année 2020. C’est certes énorme et beaucoup avaient des raisons de crier, mais ça n’est pas catastrophique.  

Enfin, parce la partie investissement et notamment le plan de relance est en partie garantie par l’Europe et gagée sur des projets à long terme générateurs de richesses; il est plus facile de trouver un financement d’infrastructures énergétiques avec que de payer les salaires de fonctionnaires ou les subventions d’équilibre à une entreprise en difficultés.

Au total, ce qui relèverait de la dette Covid proprement dite avoisinerait les 300 milliards, se répartissant en trois tiers : 2/3 de soutien direct aux entreprises et au chômage partiel, et un très gros 1/3 en manque à gagner fiscal et social.

L’essentiel de l’argent nécessaire pour couvrir le déficit ordinaire du budget et les dépenses exceptionnelles a été emprunté sur 10 ans en moyenne, avec dernièrement un appel de fonds sur 50 ans. C’est un record, surtout avec des taux en moyenne qui tournent autour de Zéro. Entre -1% et +1%.

Devant cette ardoise inhabituelle, les économistes sont partagés en trois catégories.

Il y a ceux qui prétendent qu'on ne remboursera jamais cette dette et qu'on devrait l'annuler au niveau de la banque centrale ou des États. C’est complètement irresponsable et ça ne se fera pas.

Il y a ceux, très orthodoxes ou très politiques, qui défendent l’idée de créer des impôts. Soit des impôts sur les riches, pour bien les punir d’être riche. Soit sur une assiette beaucoup plus large pour bien montrer que l’exécutif s’est planté et que Macron ne réalisera pas sa promesse et que son "quoi qu’il en coute" était une folie.

Il y a ceux, enfin, qui expliquent qu’on peut très bien faire rouler cette dette. Ce sont les plus pragmatiques. Ce procédé revient à rembourser le jour venu, au plus tôt dans 10 ans, en réempruntant de l'argent. Alors c’est dangereux si les taux très bas se redressent fortement et si on continue d’emprunter beaucoup. Mais si, après le Covid, on réussit à stabiliser les besoins de financement, le stock de dettes se réduira mécaniquement avec la croissance. On remboursera les emprunts qui ont été contractés à taux zéro avec les dividendes de la croissance retrouvée, si on a la sagesse de ne pas les hypothéquer par une mauvaise gestion budgétaire.

A Bercy, on réfléchit à un cocktail de solutions qui pourrait avoir un sens politique sans amputer l’activité. Ce cocktail serait composé de 5 pistes de ressources exceptionnelles.

La 1ère piste passerait par la grande distribution. Les résultats 2020 le prouvent, la grande distribution a réalisé une année exceptionnelle. Elle n’a été que très peu impactée par les confinements et a profité d’un transfert d’activité. Pour beaucoup, il ne serait pas illégitime qu’elles rendent à la collectivité une petite partie de ce que le Covid lui a permis de gagner. Avec un risque : que la grande distribution reporte cette taxe sur les prix. Dans ce cas, c’est le consommateur qui paierait.

La 2e piste reviendrait à ponctionner tout le secteur digital qui, lui aussi, a profité de la mutation boostée par le Covid. Cette idée est compliquée à mettre en œuvre parce que 90% du secteur se compose de startups en développement pour la plupart. Elles ne gagnent pas encore d’argent. Restent les grandes entreprises et par conséquent les FAANG... le N correspondant à Netflix, grand gagnant toute catégorie de la crise pandémique.

3e piste, l’épargne des Français. Cette épargne est considérable. La taxer serait politiquement très maladroit, d’autant qu‘elle est liquide et ne produit pas de revenus. Pour les techniciens de Bercy, mieux vaudrait essayer d’inciter les épargnants à investir cet argent disponible dans les entreprises.

4e piste, l’Europe où l’on pourrait cantonner l’ensemble de la dette Covid des pays membres et obtenir des financements à long terme. Cette procédure aurait le mérite d’alléger l’endettement public des Etats mais nécessite une négociation politique dont les conditions ne semblent pas réunies.

5e piste, il s’agirait très classiquement de créer une caisse d’amortissement comme on avait fait en France sous Lionel Jospin, pour digérer la dette de la sécurité sociale, mais à un cout sans doute moindre, compte tenu des taux d’intérêt zéro qui sont pratiqués aujourd’hui et encore pour une assez longue période.

Ces différentes pistes n’ont pas de caractère particulièrement original, elles ont l’avantage de montrer que l’Etat ne peut pas encourager le projet d’annuler cette dette et qu’il a évidemment d’autre solution. La Commission Arthuis, qui travaille sur les finances publiques de l’après Covid, a demandé un délai supplémentaire pour remettre son rapport mais elle n’est pas loin d’avoir examiné toute ces pistes. L’objectif partagé par la majorité au pouvoir et par les acteurs économiques est d’éviter à tout prix la piste fiscale, qui aurait pour effet d’éteindre les capacités de reprise, un peu comme au lendemain de la crise des subprimes. L’ambition, aujourd’hui, est de ne rien faire qui puisse freiner le rebond et la croissance d’après Covid, dès que la confiance sera restaurée et cette confiance est tributaire de la situation pandémique, et donc de la vaccination.

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