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©IAN LANGSDON / POOL / AFP

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Le débat sur l’endettement de la France est un faux débat. La vraie question est celle de la capacité à redresser l’activité

La dette publique de la France, qui atteint un record historique à plus de 2500 milliards d’euros soit 120% du PIB, entretient la peur d’une faillite de l’épargne mais soulève en réalité un faux débat.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’endettement public de la France atteint désormais 2500 milliards d’euros, soit 120 % du PIB. Cet endettement est le résultat des déficits cumulés depuis des dizaines d’années, d’une gestion budgétaire laxiste mais aussi et surtout du soutien énorme au système économique français pour qu’il supporte les effets du coronavirus et qu’on amortisse l’impact du confinement sur les entreprises dont la trésorerie s’est évaporée et sur les salariés pour qu’il supporte la mise au chômage technique. L’ensemble des aides publiques à l’économie a évidemment pesé sur les budgets qui ont creusé les déficits à plus de 10% du PIB alors qu'on était parvenu à revenir dans les zones plus vertueuses où il est inférieur à 3%.

2500 milliards d’euros pour la France, c’est évidement considérable puisque ça représente plus de 120 %, soit presque deux fois la norme de sécurité qui avait été fixée par Maastricht et du coup, le gouvernement va se retrouver en procès pour risque de faillite.  

Ces emprunts représentent évidemment une hypothèque qu’il faudra bien lever à l'avenir, c’est du moins ce qu‘affirme un certain nombre d’économistes très orthodoxes, ce qui leur permet d’instruire un procès au gouvernement pour incompétence et mise en danger de la survie future du pays et de réclamer soit des baisses de dépenses publiques (ils sont rares à le faire), soit des hausses d’impôts et taxes (pour les plus riches, évidemment).

La réalité est très différente pour ceux qui ont la responsabilité de la gestion financière du pays. Le débat sur la dette publique est un faux débat.

Il y a d’abord une réalité politique. Emmanuel Macron et toute l’équipe de Bercy, dirigée par Bruno Le Maire le ministre de l’économie, n’ont pas hésité à signer des chèques pour éviter le pire et à s’endetter. « Quoi qu’il en coute » selon l’expression du président, son équipe n’avait pas d’autre choix pour éviter la catastrophe ou en limiter les dégâts. Parce que s’il avait fallu ajouter à la crise sanitaire une crise de liquidité et surtout une catastrophe sociale, on risquait d’aller tout droit vers la guerre civile et pas seulement en France. Tous les pays européens ont tiré sur le crédit.

La réalité économique, financière et monétaire permet un endettement aussi lourd. D’abord, il faut sortir du traumatisme des chiffres. Quand le taux d’endettement dépasse les 120% du PIB, on pense immédiatement au Titanic qui est en train de couler. Sauf que les 120% en question ressortent plus d’un rétrécissement du dénominateur (le montant du PIB) que d’un alourdissement de la dette. Si le taux d’endettement est aussi important, c’est parce que le PIB s’est contracté. Pendant les presque deux mois de confinement, l’activité industrielle s’est arrêtée de 80 % et l’ensemble de la production a baissé de presque 50%.

Au fur et à mesure que le déconfinement va se généraliser, l‘activité économique va retrouver des rythmes normaux ou presque, donc les chiffres du PIB vont remonter. A noter que le déconfinement se passe d’ailleurs beaucoup mieux que ce qu'on avait prévu. Dans le commerce et l’ensemble de la distribution, les affaires ont repris assez rapidement. Dans le transport, le ferroviaire a redémarré et les avions recommencent à voler. L’industrie l’agroalimentaire n’a jamais ralenti. Dans le digital, les entreprises ont été boostées. Restent l’automobile et l’aéronautique, où les remises en route sont un peu plus difficiles.

Mais selon le consensus des experts, et compte tenue de la remontée du PIB, on devrait à la fin de l’année, enregistrer un taux d’endettement public qui reviendrait à un niveau entre 100 et 110%.

Autre chiffre qui biaise un peu l’analyse, les 500 milliards d’aides publiques dont a parlé le président de la République. Quand Emmanuel Macron annonce que l’État français a, comme la plupart de nos voisins, engagé plus de 500 milliards d’euros dans la bataille, il a raison... Sauf qu’il ne s’agit pas seulement d’argent public. Sur les 500 milliards, il n’y a que 80 milliards de dépenses publiques, qui ont donc été empruntées et 420 milliards d’euros qui ont été garantis par l’État (à 70% ou 90%) mais qui sont des prêts bancaires. Cet argent ne sort pas des caisses de Bercy, cet argent a été apporté par les banques (via la BPI ). Il est seulement mobilisable par l’Etat en cas de faillite de l’entreprise emprunteuse.

Dans la réalité du montage qui a permis cet endettement public qui paraît exorbitant, il y a aussi beaucoup de filets de sécurité qui écartent le risque d’une faillite d’Etat. Et qui font que la France ne va pas s’écrouler sous la dette.

La Banque centrale européenne fait tous les jours un énorme effort de mise à disposition des liquidités. Elle rachète massivement de la dette, ce qui permet aux banques de refinancer le système à des taux qui sont maintenus à des niveaux proches de zéro.

Mais le principal facteur de sécurité réside dans la confiance globale des épargnants. Il n’y a pas d’argent magique et Mme Lagarde n’a pas de recettes miracles. Les dettes contractées par tous les acteurs et qui sont stockées au niveau de l‘État ou des banques centrales sont financées in fine par les épargnants et si le système fonctionne actuellement, c’est parce que les épargnants ont confiance.

Ils ont confiance dans les banques dont les règles prudentielles mises en place après 2008 les empêchent de dériver.

Ils ont confiance, quoi qu'on dise, dans les gouvernements des pays européens.

Ils ont confiance, quoi qu‘on dise, dans les mécanismes de solidarité au niveau européen.

Alors, les responsables politiques extrémistes peuvent multiplier les critiques et les attaques politiciennes, mais sans propositions alternatives solides, le contrat de confiance dans le système politique et économique ne sera pas écorné.

Le marqueur de la confiance, c’est le taux d’intérêt et si les pays européens (dont la France) réussissent à emprunter autant d’argent au prix actuel, c’est que les épargnants ont confiance dans la capacité de ces pays à se redresser.

Le débat sur l’excès de l’endettement public est un faux débat parce que les pays endettés portent actuellement la promesse de se redresser. Si non, les signaux d’alerte s’allumeraient, à commencer par celui des taux.

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