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La méditation s'est beaucoup internationalisée ces dernières années
La méditation s'est beaucoup internationalisée ces dernières années
©REUTERS/Edgard Garrido

Les forces de l'esprit

La méditation est-elle vraiment faite pour vous ? Ce qu’en dit la science

Si l'imagerie cérébrale en montre certains ressorts, les mécanismes d'action de la méditation ne sont pas tous connus. Les effets sont en tout cas bien réels, faisant de certains méditants de véritables athlètes du mental.

Jean-Baptiste  Stuchlik

Jean-Baptiste Stuchlik

Jean-Baptiste Stuchlik est psychosociologue, il a dirigé le secteur Santé/Secteur Public de plusieurs cabinets de conseil internationaux. Il est le co-auteur de "Petit traité du bonheur 2.0: Comment prendre soin de soi et des autres grâce aux technologies numériques" avec Christophe Deshayes, chez Armand Colin, 2013.

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Atlantico : La méditation, science orientale à l’origine, s’est largement internationalisée, comme a pu en témoigner le grand rassemblement de Boston, organisé du 30 octobre au 2 novembre de l'année 2014. Parmi les principaux intervenants, se trouvait le Dalai Lama. Que sait-on précisément des bienfaits de la méditation sur notre santé ? Que disent les études scientifiques menées à ce sujet ?

Jean-Baptiste Stuchlik : En toute rigueur, on devrait plutôt parler de méditations au pluriel, ou de pratiques méditatives. Il existe de multiples techniques, perfectionnées depuis des siècles par différences écoles, qui visent à développer tel aspect de la conscience ou tel autre, la paix intérieure et stabilité émotionnelle (samatha) ou l’altruisme et la compassion (karuna). Les études scientifiques montrent une efficacité dans de multiples domaines de la santé : la réduction du stress et de l’anxiété, la diminution du risque de rechute dépressive (comparable à la prise d’antidépresseurs), et certaines maladies de peau (psoriasis).

C’est relativement récemment que les psychiatres et les chercheurs en neurosciences ont commencé à s’intéresser à la méditation, et ils s’en sont servi pour créer les thérapies cognitives dites "de 2ème vague". Les mécanismes d’action n’en sont pas tous bien connus, en revanche l’imagerie cérébrale en montre certains ressorts. La pratique de la méditation modifie l’activité de certaines zones cérébrales à force d’entraînement, et on dit souvent que les méditants avancés sont de véritables "athlètes du mental".   

Dans notre société occidentale, la méditation est-elle une pratique que l’intégralité de la population aurait intérêt à pratiquer au quotidien, ou joue-t-elle un rôle plutôt réparateur pour des personnes éprouvant un besoin spécifique à une période donnée ? En faire un véritable style de vie, est-ce compatible avec notre culture ?

En faire un style à part entière est très exigeant : si tout le monde voulait atteindre le seuil de méditant avancé, il faudrait atteindre les 40 000 heures de pratique, ce qui correspond à 25 ans à 35h par semaine, un entraînement digne d’un sportif de haut niveau… atteignable seulement en monastère ! En revanche, avec une pratique de 20 minutes par jour, les effets positifs se font heureusement sentir en général dès 4 semaines…

Quelque soit notre culture, nous avons tous besoin d’apprendre à apaiser notre esprit, éviter de se laisser entraîner par nos émotions vers la violence, gérer notre agressivité, apprivoiser nos peurs. D’une certaine manière, la méditation offre à tout un chacun une sorte de "boite à outils" pour mener à bien cet apprentissage, et on peut penser que cela serait bénéfique à tout le monde. Il est d’ailleurs intéressant de voir par exemple comment la religion chrétienne se réapproprie ces techniques par les mouvements de "méditation chrétienne", avec des ouvrages du type "Méditez avec Jésus". Cela montre bien qu’on est au-delà d’une opposition occidental-oriental, comme le souligne le moine bouddhiste Mathieu Ricard, quand il déclare qu’il faut "démystifier la méditation".

La méditation est-elle déconseillée pour certaines catégories de personnes ? Quels risques courent-elles ?

Comme d’autres pratiques (la sophrologie par exemple), la méditation peut inclure des exercices de visualisation qui peuvent déstabiliser des personnes souffrant de troubles schizoïdes. Le travail sur les sensations dans la méditation dite "de pleine conscience" peut aussi être anxiogène chez des personnes ayant des troubles de perception de leur corps, et peut aussi amplifier ceux-ci.

Les effets pour la santé sont-ils nuls également si le sujet qui essaye de s’y livrer n’est pas réceptif ? Autrement dit, pour que "ça marche", dans quelle mesure faut-il y croire par avance ?

Toute démarche psychologique, que ce soit la méditation, la psychanalyse, les thérapies pour guérir des phobies, des addictions, ne marche que si au fond de soi, on veut vraiment que cela marche. Ne pas être réceptif, c’est se vouer à l’échec dès le départ. La question n’est pas "d’y croire par avance", c’est de savoir si on est véritablement prêt à changer. Et paradoxalement, c’est souvent là que le bât blesse.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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