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Des milliers d'enfants ont été pendant plusieurs jours retirés de leur école par leurs parents.
Des milliers d'enfants ont été pendant plusieurs jours retirés de leur école par leurs parents.
©Reuters

Qui a cru à la rumeur ?

La déplaisante montée du communautarisme que révèle l'analyse de la propagation des "journées de retrait de l'école"

Des milliers d'enfants ont été pendant plusieurs jours retirés de leur école par leurs parents, essentiellement musulmans, au motif que ces derniers ont été avertis par des chaînes de SMS que dans le cadre de l'enseignement de l'égalité hommes-femme, des cours "d'éducation sexuelle avec démonstration" seraient délivrés. Une information aussi fallacieuse que révélatrice d'un communautarisme de plus en plus prégnant.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant, formateur et consultant. Ancien membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration. Dernier ouvrage : Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, sous la direction de Guylain Chevrier, juillet 2017, 270 pages.  

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Nous avons assisté il y a quelques jours à un phénomène sans précédent, celui du retrait de milliers d’enfants  par leurs parents de l’école publique après l’appel au boycott d’un enseignement ! C’est le thème de "l’éducation à l’égalité fille-garçon" qui a mis le feu aux poudres. Une expérimentation baptisée "ABCD de l'égalité" est en cause, qui sera lancée à la rentrée par le ministère, dans 10 académies. Il est question de lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l'école pour corriger les inégalités entre les sexes dès le plus jeune âge.

Des SMS ont circulé propageant la rumeur selon laquelle, des cours d’éducation à la sexualité seraient dispensés aux enfants d’école maternelle, s’appuyant sur "la théorie des genres". Certains SMS parlent même de cours avec démonstration. C’est jusqu’à 40 % d’enfants qui, selon les écoles, ne se sont pas rendus en classe dans ce contexte, jour après jour, selon les départements, depuis le début de cette campagne appelée "journée de retrait de l’école (JRE2014)". Une campagne qui a débuté en Alsace, il n’y a pas de hasard ! Un département où le maintien du Concordat, rappelons-le, impose l’enseignement religieux dans l’école publique.

A Strasbourg comme ailleurs, c’est la stupéfaction !

Le mouvement qui est parti de Strasbourg s’est traduit, selon une responsable associative qui participe à l’organisation de l’accueil périscolaire, par le retrait 16 % des enfants de l’école, le vendredi 24 janvier. Beaucoup d’enseignants ont été choqués explique-t-elle. Sandra Boehringer, enseignante à l'université de Strasbourg en "histoire des femmes et du genre", voulait faire taire les rumeurs basées sur la "théorie du genre" qui circulent dans les écoles et qui amènent des parents à retirer temporairement leurs enfants de l'école.

Comme en rapporte l’exemple le journal le Figaro (29/01/2014), qui fait s’exprimer le directeur d’une école de Strasbourg classée en zone prioritaire, un raz-de-marée de questions émanant de mamans de la communauté turque a déferlé sur celui-ci le 23 janvier : "Elles sont venues me montrer les SMS les alertant à la fois sur la théorie du genre et l'éducation à la sexualité et les appelant à boycotter l'école. C'est l'aspect sexuel, très tabou dans cette communauté, qui les a le plus touché", explique le directeur. La rumeur se répand comme une traînée de poudre dans le quartier. "Nous nous sommes employés, via les mamans présentes au conseil d'école et issues de ces communautés à désamorcer cette situation explosive". Une tentative sans succès, car le lendemain, l'école élémentaire dénombrait 36 % d’élèves absents, 86 sur 240, turcs, gitans et maghrébins.

Une pétition a été réalisée, afin de réagir à cette opération basée sur de fausses rumeurs, comme entendent le dénoncer les signataires. Ils sont universitaires, enseignants, syndicalistes. "On travaille dessus depuis très longtemps, avec le CNRS, dit Sandra Boehringer. On veut démontrer que nos études n'ont rien à voir avec ce que les extrémistes disent." Plusieurs syndicats d'enseignants ont rejoint le mouvement, inquiets de voir des enfants issus de milieux défavorisés privés d'école plusieurs jours. L’Académie de Strasbourg organise une journée de formation continue sur cette question, à destination des professeurs d’histoire géographie et, à l’Université de Strasbourg, un cours d’histoire des femmes et du genre est proposé dans la licence de Sciences historiques.

Lundi 27 janvier, c’était le tour de l’Ile de France. Rien que dans le 77 les exemples sont éloquents, comme le rapporte le journal le Parisien (28/01/2014). Concernant le groupe scolaire de la zone urbaine sensible (ZUS) de Beauval, ce sont 40 % des enfants qui étaient absents. On précisait que, pour inciter au boycott, des affiches "Demain, tu seras une femme mon fils" avaient fleuri tout autour de l’école. A Meaux, 20 % des 3 600 écoliers de ZUS n’étaient pas en classe. A Savigny-le-Temple, Montereau, Melun (Seine-et-Marne), ainsi qu’à Grigny (Essonne), Sannois, Garges, Gonesse (Val-d’Oise), à Asnières (Hauts-de-Seine), le mouvement a été suivi parmi les musulmans mais aussi des chrétiens adventistes.

Ce sont essentiellement des milliers et des milliers de familles musulmanes des quartiers modestes qui ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école, c’est un fait. Certes, la rumeur a été alimentée par des SMS dénonçant avec une exagération délirante cet enseignement, jusqu’à prétendre que l’on ferait "l’'éducation sexuelle en maternelle avec démonstration" et encore, en présence "d’intervenants homos et lesbiennes". Certes, nous avons affaire à une initiative qui tient de l’intégrisme religieux d’un groupuscule, avec à l’origine une certaine Farida Belghoul, ancienne gauchiste, proche d’Alain Soral compagnon de route de Dieudonné, version recyclée de l’extrême-droite, alliés pour l’occasion aux extrémistes catholiques de Civitas. Pour autant, on ne peut pas d’un simple revers de main dénoncer là l’intégrisme religieux de quelques-uns, car il s’agit à cet endroit d’un phénomène qui  concerne au moins d’ores et déjà des milliers de parents et donc, une manifestation de masse. 

Par delà le débat sur l’utilité d’un enseignement, dès le petit âge, propre à lutter contre les stéréotypes sexuels, sur fond de théorie des genres qui il est vrai ne fait pas l’unanimité, cet événement a mis au jour un phénomène capital qui devrait sauter aux yeux par sa gravité et le risque de fracture qu’il représente pour notre société.

Le combat contre le blasphème et pour le respect de la foi comme argument de mobilisation communautaire

Que retrouve-t-on dans cette campagne qui fait si bien mouche dans une population ciblée ? Tels que les SMS le disent : "l’Education nationale va enseigner à nos enfants qu’ils ne naissent pas fille ou garçon comme Dieu l’a voulu mais qu’ils choisissent de le devenir". C’est l’argument de la foi qu’on fait ici prévaloir, la mise en avant de la croyance contre l’enseignement de l’école, et vis-à-vis d’une religion qui se caractérise par un marqueur de plus en plus prégnant, le voile, qui exprime une différence hommes-femmes qui fait problème en n’étant pas à la faveur de ces dernières. Ce mouvement de rejet, sans même s’informer sur le contenu réel de cet enseignement à venir, est aussi le reflet d’une tendance à une séparation communautaire de plus en plus patente fondée sur le refus de se mélanger au-delà de la communauté de croyance, qui tend à autoriser de tout contester pour imposer ses règles, en faisant pression sur notre société, sur l’école.  

Voyons plus loin à quel discours nous avons affaire de la part de la figure emblématique de ce mouvement, Mme Farida Belghoul. Une vidéo postée sur internet rend compte d’une intervention de celle-ci  dans un quartier populaire d’Asnières le 11 janvier dernier, invitée par un collectif  dit "Touche pas à nos gosses". Face à la salle, elle salue tout d’abord par un "Salam alikoum"  les présents parmi lesquels les femmes voilées sont nombreuses.  Après s’être présentée comme ancienne animatrice de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983 et héritière de ce mouvement, elle explique que tout serait de la faute de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) qui, après avoir cassé la dynamique de cette marche en créant SOS Racisme, a importé le Rap dans les cités "pour briser les générations issues des quartiers populaires dans lesquels il y a beaucoup d’immigrés". Elle insiste sur le caractère blasphématoire des textes chantés qui détourneraient l’islam. "Je suis croyante, je suis musulmane" insiste-t-elle pour dénoncer "le projet de l’école de Jules Ferry" et expliquer que "depuis plus d’un siècle on a retiré à l’école sa dimension spirituelle". "C’est une question de vie ou de mort" selon elle ! Elle parle de faire alliance "avec les vrais catholiques", intégristes, cela va de soi. "Nous aussi comme anciens colonisés nous le savons, il faut que vous vous battiez pour vos pays d’origine en vous battant en France…" Elle défend "une identité qui tient à trois choses : une identité religieuse, sociale et culturelle, sexuelle (sic !)". "Le crime est perpétré contre nos enfants dans notre dos" n’hésite-t-elle pas à insister et de rajouter, "le corps, il est divin !" "Les enfants, ils n’ont maintenant ni Dieu, ni maître, ni parents, ils ont tout enlevé…" Elle parle "d’assassinat spirituel" en appelant à "la résistance".

Un discours qui pourrait faire sourire si la chose n’avait pris l’ampleur que l’on connait. Un discours qui commence dans la tradition de l’extrême-droite par la désignation du bouc-émissaire habituel, "le juif", dans un climat déjà largement antisémite tel que la manifestation Jour de colère, connexe des responsables de ce mouvement, en a été le théâtre. En arrière-plan, ceux qui ne pensent leur rapport à la société qu’à travers la grille du conflit israélo-palestinien, Occident contre islam, sont bien à l’œuvre. Puis, on assiste à une diatribe prônant le retour de la mainmise du religieux sur l’école comme question de vie ou de mort. Une démarche qui nous prépare des violences d’une tout autre ampleur si on ne répond pas à cette logique communautaire aujourd’hui bien opérationnelle, en prenant conscience de ce qui est en train ici de se sceller et qu’il faut déjouer à tout prix. Il ne faut pas laisser s’installer dans notre pays un communautarisme s’appuyant sur la haine de la République, de ses valeurs essentielles, dont l’égalité hommes-femmes, avec pour ciment un antisémitisme de plus en plus décomplexé allié à une victimisation outrancière où la haine de la France est au rendez-vous.

Comme le rapporte le journal le Parisien (28/01/2014), à l’école Binet de Meaux, "les écoliers absents sont tous musulmans. Des parents confient qu’ils 'n’ont pas osé désobéir à l’imam'. A la mosquée, on assure pourtant qu’aucun prêche n’a appelé au boycott." On voit bien l’ambiguïté de cette situation, à l’image d’un Conseil français du culte musulman qui réclame des comptes au ministre de l’Education nationale tout en demandant que les enfants reviennent dans les écoles. En réalité, depuis des années on a encouragé à un réencadrement religieux de certaines populations où les pouvoirs publics ont une lourde responsabilité, tout en laissant l’Union des Organisations Islamiques de France, communautariste,  dominer les débats. Il ne faut donc pas s’étonner que "la mayonnaise prenne".

Il n’y a pas de fantasme, le communautarisme s’affirme bien en France, comme cette opération le montre.

Qu’il y ait débat au sein de la société sur certains sujets est légitime, mais prendre ainsi l’école en otage est tout autre chose. Il s’agit d’un mouvement politique articulé à une croyance religieuse qui entend imposer ses vues, en instrumentalisant une partie de la population. Ne faut-il pas y voir aussi une nouvelle étape au regard d’une montée des revendications communautaires où le refus de l’égalité hommes-femmes est en bonne place  (refus de femmes d’être soignées par un homme à l’hôpital, ouverture à des horaires particuliers de piscines réservées aux femmes, refus dans l’entreprise de certains hommes de serrer la main des femmes ou de se trouver sous leur autorité…) ? Une réalité qui n’a cessé d’empoisonner le vivre-ensemble sous couvert de prise en compte de "la diversité" depuis des années et qui trouve là sa pleine expression.

Il faudra que ceux qui jusqu’à présent identifiaient le communautarisme à un fantasme, portaient accusation de servir les thèses de l’extrême-droite à ceux soucieux de prévenir ce risque en le dénonçant, se ravisent sérieusement.

Gouvernement, partis et élus locaux ont œuvré trop souvent à un clientélisme politico-religieux, à coup de dérogations à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat pour permettre le financement public de la seconde religion de France, sous le prétexte de l’égalité de traitement des religions. Des dérogations qui ont été validées par le Conseil d’État (1). On a ainsi posé les bases de l’affirmation publique d’une religion, quitte à favoriser l’assignation d’une population, tout en participant à étouffer les voix modérées de ceux qui voulaient affirmer autre chose. Ne parlons pas de l’Observatoire Nationale de la laïcité récemment créé par le Président de la République qui s’est empressé, et de quelle façon, de s’illustrer en osant déclarer par la voix de son président, qu’il n’y aurait pas de problème en France avec la laïcité (qui ne fait d’ailleurs pas l’unanimité en son sein) ! L’appel récent de rapports, remis officiellement au Premier ministre, qui prônent l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles dans l’école publique, la Feuille de route sur la refonte de l’intégration dont les premiers éléments encouragent la discrimination positive, constituent de très mauvais message sur ces questions.

"Il y a aujourd'hui un certain nombre de personnes, qui diffusent des théories qui sont celles du mensonge et donc je veux rassurer les parents. Ne vous inquiétez pas, c'est une éducation à l'égalité fille-garçon, au respect fille-garçon et rien de plus", a déclaré Vincent Peillon. "Jamais nous ne renoncerons à l'enseignement de l'égalité. N'écoutez pas ceux qui veulent semer la haine et la division dans les écoles. Ce que nous faisons ce n'est pas la promotion de la théorie du genre mais l'éloge de l'égalité."

Très bien, mais alors, il faut arrêter un double discours avec d’un côté la défense de la République et de l‘autre, une politique gouvernementale en matière d’accompagnement de l’immigration dont le fer de lance est devenu "l’inclusion sociale", inspirée d’un modèle anglo-saxon qui laisse la question des valeurs communes en route à la faveur d’une prise en compte de la dimension communautaire et culturelle flattant le multiculturalisme. Il faut revenir au concept d’intégration prenant en compte dans le processus de socialisation la nécessité pour tous d’accéder au partage du même sentiment d’appartenance à notre République et non, d’abord, à une communauté. Il faut revenir à la laïcité qui est de plus en plus lâchée dans la pratique derrière les beaux mots, redonner à ce qui rassemble la primeur sur ce qui différencie. Ce qui ne retire rien à la liberté d’entretenir sa différence pourvu qu’elle ne soit pas tournée contre les autres, contre la société, en faisant division.

L’idéal républicain brouillé par trop de paradoxes devient illisible. Il en va de la responsabilité politique !

Que propose-t-on comme idéal à ces populations qui doivent participer du brassage de la France pour façonner une société qui soit le bien commun de tous, dans ce contexte de repères brouillés par combien de paradoxes ?  

L’égalité homme-femme est un des piliers de la République française et d’une certaine façon historiquement, comme son aboutissement. L’apprentissage de l’égalité des sexes à l’école, visant à mieux se considérer comme des égaux, vaut non seulement pour ce débat mais de façon plus générale, pour que les individus puissent toujours se mélanger et non se scinder en groupes rivaux, selon des communautés. Si cette séparation identitaire sur fond religieux devait se concrétiser, elle serait la fin de toute idée de République mais aussi un grand danger pour les libertés et la démocratie. Il en va à présent de la responsabilité des acteurs politiques de notre pays et d’une prise de conscience qui enfin rompe avec les confusions actuelles. 

1 - Sur le fond, la jurisprudence du Conseil d’Etat a pris un tournant concernant le financement public des cultes par cinq décisions rendues le 19 juillet 2011 et confirmées dans son arrêt du 15 février 2013, relatives à l’interprétation de la loi du 9 décembre 1905, concernant la séparation des Églises et de l’État.

a- En premier lieu, la haute juridiction administrative permet le contournement des interdits de la loi de 1905 sur le financement des cultes sur fonds public en acceptant la confusion entre usage cultuel et usage culturel des lieux de culte. Ainsi une collectivité territoriale peut-elle acquérir un bien «mixte» «utilisé dans le cadre de sa politique culturelle et éducative» (affaire de l’orgue de la commune de Trélazé). De nombreuses associations cultuelles ont dorénavant la possibilité de se doter de l’excroissance d’une association culturelle pour obtenir des financements publics. De même, un tel financement peut être affecté à un lieu de culte «pour […] le développement touristique et économique de son territoire» (affaire de la construction d’un ascenseur d’accès à la nef et à la crypte de la basilique de Fourvière, à Lyon).

b- Le deuxième contournement est, pour la première fois dans la jurisprudence, celui des «intérêts publics locaux». Les collectivités territoriales pourront prendre des décisions ou financer des projets portant sur des édifices ou des pratiques cultuelles, en déclarant simplement qu’il y va de «l’intérêt public local» : comme pour l’organisation de cours ou de concerts de musique dans un lieu de culte (affaire Trélazé) ; ou pour le «rayonnement culturel» de la basilique de Fourvière. Il suffirait alors à n’importe quel lieu de culte d’être ouvert quelques heures à des visites touristiques pour bénéficier de financements publics.

c- Le troisième contournement, certainement le plus grave, est celui de la légitimation officielle d’une pratique jusque-là écartée en France, celle des «dérogations» apportant des «tempéraments» à la loi de 1905, selon la propre formule du Conseil d’Etat.

Il en est par exemple du bail de longue durée pour une somme symbolique (emphytéotique administratif) fréquemment conclu jusque-là dans l’illégalité par une collectivité territoriale en vue de la construction d’un édifice destiné à un culte qui est définitivement permis. Déjà largement utilisé pour la construction de lieux de culte, cette formule ne pourra plus, à l’avenir, faire l’objet de contestation

Autre «dérogation», celle de l’aménagement sur fonds public d’un abattoir rituel (affaire du Mans). Plutôt que d’exiger des entrepreneurs privés - qui sont par ailleurs rétribués par une taxe religieuse à l’abattage à la charge des usagers - qu’ils se conforment «aux impératifs de l’ordre public, en particulier de la salubrité et de la santé public», le Conseil d’Etat inverse la responsabilité en acceptant que, sous ce prétexte, la collectivité locale finance un abattage rituel.

Enfin, le Conseil d’Etat reconnaît et accepte la pratique, jusque-là rare et occasionnelle, de la mise à disposition d’un local communal pour l’exercice d’un culte (affaire de Montpellier). Toute municipalité pourrait donc créer et mettre à disposition d’un culte une «salle polyvalente à caractère associatif», euphémisme pour offrir un lieu de culte.

Ainsi, la plus haute juridiction administrative consacre-t-elle pour la première fois en France les «accommodements » dits « raisonnables». Elle permet à l’Etat de rester vertueux et, dans le même temps, de se défausser sur les collectivités territoriales autorisées d’une certaine façon, à financer les cultes.

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