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Emmanuel Macron s'adresse à ses partisans lors d'un rassemblement le dernier jour de la campagne, à Figeac, le 22 avril 2022, avant la deuxième tour de l'élection présidentielle.
Emmanuel Macron s'adresse à ses partisans lors d'un rassemblement le dernier jour de la campagne, à Figeac, le 22 avril 2022, avant la deuxième tour de l'élection présidentielle.
©Ludovic MARIN / AFP

Atlantico Business

L’obsession du pouvoir d’achat a plombé la campagne présidentielle et fait le jeu du président sortant  

La priorité donnée à la lutte pour le pouvoir d’achat a évidemment dominé le discours de tous les candidats à la présidentielle au point d’asphyxier la plupart des autres questions, ce qui a indéniablement profité à Emmanuel Macron.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Contrairement à ce qu’ont pensé la plupart des candidats à la présidentielle, la question du pouvoir d’achat n’était pas la priorité profonde de l’opinion publique. Éric Zemmour avait, dès le départ, réussi à imposer les questions de sécurité liées à l’immigration  et puis, peu à peu quand le chroniqueur à succès s’est muté en candidat, il a été dépassé par une vague de revendications axées sur les conditions de vie, l’inflation et le pouvoir d’achat : tous les sondages ont repéré cette inquiétude, les programmes électoraux à droite comme à gauche  ont trouvé dans l'inflation galopante un angle d’attaque très populaire de la gestion d’Emmanuel Macron et le terrain favorable pour proposer des solutions simples à expliquer  et a priori facile à appliquer. Mais ce faisant, l’ensemble de la classe politique s’est sans doute trompée et les candidats sont passés à côté d’autres questions autrement plus importantes. Ce qui a sans doute renforcé la position d’Emmanuel Macron.

1er point : Sur la question du pouvoir d’achat, les hommes politiques se sont trompés deux fois et l’opinion publique s’en est aperçue. Une fois sur les chiffres et une fois sur les moyens de lutte.

D’abord, il n’y a pas eu de problème réel de baisse globale de pouvoir d’achat pendant les vingt dernières années. Les chiffres sont têtus :  le pouvoir d’achat a continué de progresser, en net et en brut, y compris pendant la crise du Covid et les confinements, y compris récemment. Mais personne ne le croit. Dans la réalité statistique, il n’y a pas eu d’inflation. En revanche, le ressenti est très différent. Dans le cadre d’un budget familial, les dépenses contraintes pèsent de plus en plus lourd (logement, abonnement divers et variés aux services de communication internet et mob) donc les moyens disponibles pour les dépenses courantes ont diminué et par conséquent, si le pouvoir d’achat global n’a pas baissé, le pouvoir de dépenser a lui reculé. D’autant que certaines hausses de prix ont été très spectaculaires, l‘essence à la pompe, l’électricité et les biens alimentaires, purs effets de la guerre en Crimée ...

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Ces hausses-là n’ont pas, jusqu’alors, contaminé les autre produits et services, ni même amorcé le début d’un risque de spirale toxique sur les salaires.

Ensuite, les candidats à la présidentielle, et notamment Mme Le Pen, ont fait croire à l’opinion que le futur président de la République aura le pouvoir de répondre à ce problème et tous ont sorti leurs mesures plus ou moins miracles qui passent notamment par la baisse de prix autoritaire, baisse de TVA sur les produits touchés par la hausse, ou même hausse de revenus pour les segments de populations les plus défavorisées. Les candidats ont, dans leur programme, multiplié les promesses le plus souvent irréalisables, pour soulager telle ou telle situation sectorielle. Plus grave, les candidats ont proposé des mesures de correction en urgence sans signaler les effets pervers que ces mesures pouvaient avoir à plus long terme. La baisse de TVA sur les carburants, par exemple, s’avérait contradictoire avec l’ambition de lutter pour le climat en réduisant la consommation d’énergies fossiles et émettrices de gaz carbonique.

Mais, l’augmentation du pouvoir d’achat n’est pas du ressort des politiques qui ne peuvent pas décréter une augmentation de salaires ou une diminution de prix. Alors une fois élu, le responsable pourra signer quelques décrets pour corriger certains excès insupportables, au niveau des enseignants, ou des personnels de soignants, des victimes de la pandémie, ou de la guerre en Ukraine mais l‘homme politique ne peut pas décider de fixer les prix et les salaires sauf à détériorer complètement le fonctionnement du système économique.  Et de décourager les principaux acteurs. On changerait un système fondé sur la liberté nécessaire à l’économie de marché pour un système administré de façon autoritaire dont on sait bien qu’aucune expérience n’a fonctionné.

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2e point : En choisissant le pouvoir d’achat comme axe prioritaire, les candidats ont occulté les autres questions qui se posent à la société française. L’avenir de la France dans l’Europe et le monde, l’équilibre de la démographie avec les problèmes migratoires et ses excès ou ses dérives et même toutes les questions de sécurité. Sans parler des enjeux climatiques. Le logement, l’emploi, les inégalités toutes ces questions ont été absentes. C‘est à dire qu’elles ne se posent plus, évidemment pas !

Ce qui est très paradoxal, c’est que les candidats à la présidentielle ont très ou pas parlé d’une part du bilan du dernier quinquennat, peut-être parce que face à la pandémie ou à la guerre, les solutions qui ont été retenues sont sans doute transpartisanes.

Et d’autre part, on a très peu parlé des conditions financières qui ont permis de fonctionner avec un endettement important. Peut-être que parce que dans ces domaines très macro-économiques, il n’y avait peut-être pas d’autres choix que ceux qui ont été faits.

Cette campagne révèle, avec beaucoup de clarté, que la gouvernance quotidienne de l’Etat suscite sur le moment énormément de critiques, de protestations et de procès en incompétence ou en prise de mesures liberticides, mais qu‘à la fin du mandat, quand l’heure est venue d’en faire le bilan (ce qui est le cas pendant la campagne présidentielle) et bien les esprits se calment et on choisit d’autres angles comme aujourd’hui avec le pouvoir d’achat. En fait, on oublie de faire les comptes du passé et encore moins d’envisager l’avenir. Situation pas trop inconfortable pour le président sortant. Le plus curieux, c’est que les oppositions ont passé beaucoup de temps à lui reprocher de ne pas avoir fait campagne alors que l’initiative leur appartenait.

Et en choisissant la carte du pouvoir d’achat, ils ont fait le jeu du président sortant. Ils ont cru que c’était la meilleure carte pour l’attaquer alors que c’était une des meilleures qu’il avait dans son jeu.

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