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Atlantico a constitué une petite liste de devoirs de vacances à l'attention des politiques français les plus en vue
Atlantico a constitué une petite liste de devoirs de vacances à l'attention des politiques français les plus en vue
©Reuters

Devoirs de vacances

L’été des poids lourds de la politique : ce qu’ils font… et ce qu’ils seraient bien inspirés de faire pour réussir leur rentrée

Alors que les vacances parlementaires ont déjà commencé, celles du gouvernement, elles, n'ont débuté que ce vendredi 1er août, pour durer jusqu'au 18. Qu'ils fassent partie de la majorité ou de l'opposition, qu'ils soient sur le retour ou sur le départ, Atlantico a constitué une petite liste de devoirs de vacances à l'attention des politiques français les plus en vue.

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), Qui choisir (First editions, 2012), de Moi, Président (First editions, 2013) et dernièrement Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi : Chronique d'une implosion (First editions, 2014).

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Pour le politologue Christophe de Voogd, l'été de nos politiques sera chargé compte tenu du spectacle décevant donné par les ténors de la droite et de la gauche avant que ceux-ci ne s'en aillent rejoindre leurs lieux de vacances respectifs. Cette trève estivale pourrait bien leur être salutaire, à condition de suivre certaines recommandations et conseils de lecture. Le journaliste et écrivain André Bercoff a quant à lui établi la liste des ouvrages qui conviendront le mieux à chacun de nos politiques en quête d'inspiration.

Que faire cet été ?

Christophe de Voogd : Nul doute que l’été de nos politiques ne soit cette année particulièrement chargé : au gouvernement d’abord où le mot d’ordre est clairement à l’occupation du terrain médiatique, comme on l’a vu ces derniers jours avec les réunions de crise en cascade à l’Elysée, les interventions tout terrain de Bernard Cazeneuve et l’omniprésence de Manuel Valls. Le contexte est sans doute favorable au pouvoir car l’opposition UMP est, elle, encore sonnée par la catastrophe "bygmalionnienne" du printemps et tous fourbissent leurs armes et quelques-uns, trop rares, leurs idées dans la perspective du congrès de refondation ; tandis que l’UDI est dans les grandes et petites manœuvres internes pour l’élection de son nouveau président. L’actualité internationale, intense et dramatique, donnera naturellement encore plus d’opportunités à ceux qui sont en charge des affaires du pays.

Ceci dit, sur le plan non plus médiatique mais politique, le risque d’une surcommunication est grand, comme on l’a vu justement avec les cellules de "crise" autour du crash de l’avion d’Air Algérie. La parole présidentielle s’imposait, le deuil de la nation était un hommage nécessaire, mais 4 réunions à l’Elysée et une noria audiovisuelle de ministres, pour passer simplement du conditionnel à l’indicatif ("ce serait un accident" / "c’est un accident"), c’est tout de même beaucoup ! Et le mot de "crise" convient bien davantage à un autre crash, celui de l’avion de la Malaysia Airlines qui est, lui, un vrai problème international. Or, sur ce sujet, aucune initiative, notamment européenne, du président français.

François Hollande

Il est clair que pour François Hollande, l’impression catastrophique de farniente lors du premier été du quinquennat a clairement laissé des traces et le président a décidé qu’on ne l’y reprendrait pas. A quoi s’ajoute évidemment la nécessité de marteler une présidentialité toujours incertaine dans l’opinion et, fait nouveau cette année, de rivaliser avec un premier ministre bon communicant et plus populaire (ou plutôt moins impopulaire). D’où un risque de surenchère entre les deux, et donc d’épuisement de la parole présidentielle et gouvernementale.

Bref, comme disent les vrais spécialistes et non les flatteurs de Cour: "pour bien communiquer encore faut-il avoir quelque chose à dire". Or ce ne sont pas les défis internationaux, "milieu naturel" où évolue un Président, qui manquent, de l’Ukraine à Gaza en passant par l’avenir de l’Europe… Le président devrait d’autant plus y consacrer son été que le Premier ministre ne peut le concurrencer en la matière et que, dans la négative, c’est Laurent Fabius, aussi compétent sur le fond que sur la forme, qui saura se profiler… Nul doute que les Fables de la Fontaine pourraient donner autant d’utiles rappels au Président !

Manuel Valls

Faut-il souhaiter que, de son côté, le Premier ministre annonce des mesures "fortes" sur le plan intérieur ? Nullement : en l’absence du Parlement et dans le semi sommeil des médias, le mois d’août ne saurait être un mois de décisions.

Et puis, il serait bon de rappeler le sage conseil de Georges Pompidou à ses ministres : "arrêter d’emmerder les Français !". Les politiques, hommes et femmes écrasés d’obligations, on l’oublie trop souvent, ont non seulement droit à des vacances ; ils en ont également le devoir dans un pays déjà trop enclin au délire règlementaire. Dans cet esprit on ne peut qu’encourager Manuel Valls, qui semble d’ailleurs le souhaiter, à "oublier" de prendre les décrets d’application pour les lois les plus absurdes récemment adoptées comme  la loi Duflot sur le logement. L’inertie – feinte – peut être plus salutaire que le "volontarisme" !

Le Premier ministre, dont la popularité décline, devrait en effet éviter les proclamations de ce "volontarisme" qui sonnent de plus en plus creux, faute de vraie majorité et d’accord au PS et au gouvernement sur la politique à suivre. Ces ambiguïtés qui ne sont toujours pas dissipées (car elles ne peuvent pas l’être dans la configuration actuelle de la gauche française), alors que le chômage continue de grimper, et que l’automne s’annonce plus que difficile pour le Pouvoir, devraient l’inciter à penser à son "exfiltration" de Matignon au moment opportun. Un scénario à la Chirac en 1976 en quelque sorte, pour lui éviter la damnation des Premiers ministres sous la V° république, dès lors qu’ils ne savent pas partir à temps. Au plus tard dans un an, car les élections régionales (quel que soit le nombre de régions !) seront un désastre pour le PS et il ne peut se permettre une telle tache dans son parcours politique. A moins que la situation du pays – c’est l’hypothèse la plus probable à mes yeux – ne conduise auparavant à une dissolution qui serait aussi une façon pour le Président de couper l’herbe sous le pied de son fringant premier ministre… La (re)lecture du Prince de Machiavel pourrait donc utilement inspirer l’été de Manuel Valls, en lui rappelant le rôle capital du moment en politique et en lui donnant les clefs de la probable stratégie présidentielle.

Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg, dont il faut saluer la récente découverte du danger des "rentes" et des vertus de la concurrence, pourra utilement approfondir sa réflexion économique en lisant cet été La Richesse des nations d’Adam Smith. Il y verra à quel point la lutte contre les rentes et la promotion de la concurrence dans une économie ouverte sont les maîtres mots depuis l’origine de ce libéralisme honni. Un libéralisme dont il verra au passage qu’il ne se confond nullement avec le capitalisme… Et un libéralisme qui l’incitera à réfléchir également à la distribution impressionnante de rentes au sein de l’appareil d’Etat, à commencer par… l’Inspection des Finances.

Christiane Taubira

Un petit mot pour Christiane Taubira : se procurer d’urgence L’Esprit des Lois de Montesquieu et y découvrir le principe d’équilibre des pouvoirs, le dangers de dérive de la justice et les sains fondements du droit pénal. Ne pas hésiter à prêter l’ouvrage au Syndicat de la magistrature.

 

Dans l’opposition, le temps des grandes manœuvres a sonné autour du cadavre de l’UMP. Trois personnalités retiennent l’attention pour les mois qui viennent : Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Le Maire qui ont donné leur calendrier de rentrée.

Nicolas Sarkozy

L’ancien président devrait d’abord effectuer ce fameux bilan de son quinquennat, dont l’absence est un des obstacles majeurs à la reconstruction de la droite. Il ne doit pas le redouter, puisque, malgré les nombreux ratés de sa présidence, chaque mois qui passe accroît son avantage sur le bilan de son successeur. Cet acte serait d’autant plus pertinent que les médias ne font curieusement jamais cette comparaison. Celle-ci tient en une phrase : sous Sarkozy, la France s’en sortait mieux ou moins mal que la moyenne des grands pays européens, sous Hollande, elle fait moins bien ou pire. Et ce, dans tous les domaines. Ce bilan, Nicolas Sarkozy doit le faire très vite car, entre la double cavalcade des affaires et des rivaux, le temps joue contre lui. Tout montre, comme le dernier épisode de la fausse enquête préliminaire sur la campagne de 2007, qu’on ne lui laissera ni trêve ni répit jusqu’à – au minimum – une condamnation d’inéligibilité. Il devrait dès lors sérieusement s’interroger sur la reprise de l’UMP dans un tel contexte, qui ne ferait que soumettre sa position personnelle et la vie de son parti au rythme des affaires. Seul un scénario de crise nationale lui permettrait de revenir au pouvoir : un scénario mutatis mutandis à la Bonaparte ou à la de Gaulle, ce qui ne sera pas pour lui déplaire. Donc relire les Mémoires d’espoir du Général !

François Fillon

François Fillon est lui dans la réflexion et l’élaboration d’idées neuves dans la perspective de sa rentrée le 27 août prochain. Il a raison de le faire tant la droite est d’abord en déficit d’idées. Reste évidemment son délicat positionnement par rapport à l’ancien président auquel, qu’il le veuille ou non, son action reste associée : pourquoi alors, si Sarkozy ne le fait pas, ne pas dresser ce bilan lui-même, en séparant le bon grain de l’ivraie ? Et bâtir, à partir de là, ses propositions pour l’avenir. Il n’en sera que plus crédible. Un seul exemple à méditer pour lui : celui de Pompidou ce "long premier ministre" qui sut rebondir, en sachant à la fois libérer les énergies du pays et rassurer ces grands anxieux de Français… François Fillon parle beaucoup du premier thème : il lui reste à développer le second car les Français ne sont (hélas) pas des libéraux convaincus….

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire est lui depuis plusieurs mois dans la conquête de terrain. Candidat affiché à la présidence de l’UMP, il parcourt à grandes chevauchées la France profonde et multiplie les rencontres avec les militants. Bonne démarche qui, de plus, lui a fait éviter le piège parisien des règlements de comptes (dans tous les sens du terme) autour de Bygmalion. Il commence à poindre à "l’horizon des possibles" et pourrait bénéficier du désir qui ira croissant dans l’opinion, à gauche comme à droite, d’un renouvellement des générations. S’il a commencé à rassembler un corpus d’idées fortes (autorité de l’Etat, économie libre…) il lui reste à le décliner en propositions précises. Difficile de conseiller à un homme si cultivé une lecture d’été : nul doute que sa chère littérature allemande ne lui donne repos et soutien !

Que lire cet été ?

André Bercoff : Il est bon pour nos hommes politiques qui sont occupés et si débordés, de prendre enfin le temps de lire des livres, d’écouter des disques et de regarder des films dont leurs devoirs et leurs travaux, au service de la France les ont tenus éloignés. Voici une première sélection qui leur sera, j’en suis sûr, fort utile pour les temps difficiles à venir :

Nicolas Sarkozy : "Le retour de Montecristo"

François Bayrou : "Ce soir on improvise"

Jean-Luc Mélenchon : "Plus dure sera la chute"

François Fillon : "Le bruit et la fureur"

Martine Aubry : "Je vais, je tire et je reviens"

Xavier Bertrand : "Je m’voyais déjà"

Henri Guaino : "Je suis resté fidèle…"

François Hollande : "Je chante soir et matin"

Marine Le Pen : "Que reste-t-il de nos amours ?"

Manuel Valls : "A la fin de l’envoi, je touche"

Arnaud Montebourg : "Souvenirs d’en France"

NKM : Pas d’orchidée pour miss Blandish"

Rachida Dati : "La danse des sept voiles"

Pierre Laurent : "Autant en emporte le vent"

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