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Jacqueline Eustache-Brinio : "La France est confrontée à une pression de l’Islam Politique"
©capture d'écran Public Senat

Vie politique

Jacqueline Eustache-Brinio : "La France est confrontée à une pression de l’Islam Politique"

Sénatrice du Val d'Oise, Mme Eustache-Brinio est rapporteuse du texte sur l'Islam Politique en France qui selon elle est un vrai sujet de société.

Jacqueline Eustache-Brinio

Jacqueline Eustache-Brinio

 Jacqueline Eustache-Brinio est actuellement sénatrice du Val-d'Oise.

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Atlantico.fr : Qu'est-ce que ce rapport nous apprend sur la progression de l'Islam politique en France et de ses modalités ? 

Jacqueline Eustache-Brinio : C’était une commission d’enquête très cadrée. Elle avait comme objectif de démontrer un problème sociétal, élaborer une vue d’ensemble. Souvent les commissions d’enquête sont de nature plus technique (effectifs de police, terrorisme, etc). A ce titre ce n’est donc pas un rapport purement législatif. Il veut plutôt donner une vraie image de la situation afin d’y remédier avec la législation qui existe déjà. Nous avons mené soixante heures d’entretiens avec cinquante-sept personnes. Toutes celles et ceux qui y ont participé l’ont confirmé : oui il y a un Islam politique en France, et on a tassé la chose depuis des années... Il y aura un avant et un après ce rapport. 

Toute la France est touchée, et non pas seulement Paris et quelques poches en province, à l’exception du grand Ouest qui semble moins atteint. Dans cette toile d’araignée, on discerne un projet amorcé depuis des années déjà. Les salafistes sont concernés mais pas seulement, une grande partie de l’activisme est notamment dû aux Frères Musulmans. Il y a quinze ans, ils voulaient des mosquées, aujourd’hui ils veulent des écoles (hors-contrat comme sous contrat) et font de l’entrisme sur les listes municipales : Goussainville, Garges-lès-Gonesse, Strasbourg. Et il ne s’agit pas que de listes du parti des Verts….

La récente déclaration, au Sénat du nouveau Ministre de l'intérieur Darmanin, concernant ses origines immigrées, peut-elle être considérée comme un épiphénomène de la frilosité de la classe politique sur ce sujet ? Pourquoi un tel laxisme ?

Jacqueline Eustache-Brinio : Ma question au ministre était claire et factuelle. Je revenais sur ses propos concernant la laïcité punitive et sur son fameux « concordat ». Alors oui, il a reconnu que l’Islam politique est un problème mais pour me qualifier de caricaturale immédiatement après. Au passage on se fiche qu’il soit fils d’immigré, cela n’a aucun rapport avec le sujet. Cette réponse est plutôt d’ailleurs la marque de son déni de la situation. On s’interroge donc sur sa capacité à régler ce problème. Même son prédécesseur, Monsieur Castaner, semblait nettement plus lucide que lui. Le rôle d’un ministre est de défendre la république contre toute menace de dissolution : il devra donc lire le rapport et en tirer les bonnes conclusions. En tout cas il ne peut pas faire comme si les choses n’étaient pas posées au niveau parlementaire : on doit s’assurer que l’argent publique n’aille pas à des associations de mauvais aloi.

Il y a plusieurs freins à la prise de conscience : l’idéologie, le clientélisme et le manque de courage. Ce dernier est peut-être le plus grave : a un moment quand on s’engage en politique il faut accepter d’être détesté par certains. Ces promoteurs d’un Islam politique ne sont pas nombreux mais très influents et visibles médiatiquement. Et si on ne combat pas, ce petit nombre gesticulant va augmenter. A l’heure actuelle il s’agit notamment du CCIF, très victimaire et peu coopératif voire insultant, ou bien « Les musulmans de France ». D’ailleurs aucune de ses associations ne s’est présentée officiellement à l’audition, ce qui est illégal.

Qu'est-ce que tout cela nous indique sur l'évolution de la vie politique française ? 

Jacqueline Eustache-Brinio : Pour commencer, une forme de plus en plus aigüe de clientélisme. La république défend la France et l’intérêt général. Or dans le cadre des municipales notamment, les colistiers en question arrivent avec la contrepartie de leur vote communautaire. Ce n’est pas du tout l’esprit d’une élection municipale. Il faut combattre tous ces écosystèmes qui biaisent la pratique démocratique et les équilibres autant républicains que nationaux. Ce genre de pratiques, ou le manque de courage pour les dénoncer sont à l’origine de l’abandon du suffrage d’une part croissante d’électeurs. J’ai été élue pour la première fois sur une liste à 26 ans comme Maire-Adjoint, j’ai donc une expérience assez ancienne : les gens votent et vous respectent quand vous avez le courage de prendre des décisions et d’agir. Tous ces phénomènes participent à une fracture nationale de plus en plus prégnante. 

Je souhaite que les élus soient informés de ce qu’il se passe. Les associations islamistes sont très insidieuses dans leur fonctionnement. Or tous les élus n’ont pas la même connaissance du problème. Et aux élus qui acceptent par clientélisme : il faut leur rappeler qu’ils fragilisent les équilibres républicains et nationaux. 

Les élus, experts et chercheurs sont-ils seulement écoutés sur le sujet ? Encourent-ils des risques à l'aborder ?

Jacqueline Eustache-Brinio : On revient sur la question du courage ! Les politiques doivent s’approprier toutes ces questions et de vive force. J’ai personnellement reçu des menaces, ma maison a dû être placée sous surveillance un temps mais j’ai toujours continué. Cela dit des chercheurs commencent à être écoutés comme Bernard Rougier ou Hugo Micheron et il y a des journalistes qui ont fait des investigations. Mais effectivement ils subissent aussi des menaces.
Les menaces physiques ou les insultes ne sont pas les seuls « risques » : le CCIF poursuit souvent les élus et experts qui planchent sur ce sujet. Ils rêvent qu’un élu soit un jour condamné pour islamophobie afin de faire reconnaitre de facto ce délit.

 

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