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Iran : l’heure de vérité pour l’industrie européenne
©STRINGER / AFP

Situation délicate

Iran : l’heure de vérité pour l’industrie européenne

Abandonnons donc le bal des hypocrites pour constater que la situation au Moyen-Orient est critique depuis des années et que les agissements des occidentaux n’a guère fait progresser les solutions.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Depuis quelques jours nous assistons à un déluge de commentaires sur cette rupture pourtant annoncée et programmée de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran qui était un des engagements du candidat Trump lors de sa campagne Présidentielle. Aucun « suspense » donc et la visite de notre Président à Washington ne pouvait rien y changer ! Abandonnons donc le bal des hypocrites qui ont réussi à faire entendre sur les écrans et les radios des commentaires désobligeants stupides.

La situation au Moyen-Orient est critique depuis des années, les agissements des occidentaux n’a guère fait progresser les solutions et on comprend que les forces américaines au pouvoir actuellement ont envie de peser sur l’Iran pour stopper une amicale chiite qui leur fait peur. Ces décisions ne reposent guère sur des analyses mais plutôt des émotions et surtout un grand mépris à l’égard de la théocratie iranienne avec un désir impérieux de voir ce régime renversé. L’idée que le maintien des sanctions y peut quelque chose est vaine, mais elle plait à l’opinion publique américaine, cela suffit amplement pour justifier l’orientation choisie. Cette peur, c’est aussi le constat d’une perte de contrôle  de l’hégémonie américaine sur le monde, et cela est très net au Moyen-Orient comme cela l’est en Asie avec la puissance affirmée de la Chine. Depuis 1945, c’est la première fois que les USA se sentent en difficulté et ceci est ressenti à travers le pays, ce qui conduit à l’absence de contestation réelle devant une décision qui mériterait au moins quelques commentaires.

Et c’est là que commence le vrai sujet, pour nous français bien sûr, mais aussi pour nous européens. Nous nous sommes habitués, bien qu’on aime dire le contraire, à l’hégémonie américaine, et renâcler contre des décisions qui nous heurtent est devenu depuis bien des années une illusion. Nous savons que le FMI et la Banque Mondiale sont dominés par le Grand Pays tandis que l’ONU siège à New York et que les ONG qui peuplent notre univers sont grandement contrôlées par les USA, les grandes sociétés aussi. Nous hurlons notre indépendance mais nous subissons beaucoup, plus encore récemment avec les fameux GAFA.

Pour se faire respecter dans le monde économique, les USA ont inventé une arme remarquable, l’extra territorialité qui permet au Départment Of Justice (DOJ) de poursuivre n’importe quelle société dans le monde si elle n’obéit pas à la loi américaine du moment qu’elle a touché ou payé un dollar américain. Nos société européennes, en particulier allemandes et françaises, ont payé un prix exorbitant ces dernières années pour des raisons absurdes quand on connait le réel fonctionnement des sociétés américaines. Je me suis élevé contre le traitement infligé à notre fleuron Alstom à cette occasion et les enquêtes récentes ont montré que je n’avais pas tort, Alstom a disparu, avalé en grande partie par General Electric .

La rupture de l’accord avec l’Iran peut conduire au maintien des sanctions des USA et si nous, européens, nous français, nous maintenons nos relations économiques, nous pouvons nous retrouver une fois de plus sous la pression du DOJ. C’est l’occasion de résister et de dire non une bonne fois pour toutes. Nous avons battu notre coulpe pendant des années, nous avons payé en regrettant notre comportement… »amoral »… des dirigeants compétents ont été remerciés, un autre est dans une geôle américaine, nous avons des contrôleurs américains dans la plupart de nos fleurons industriels, nous sommes espionnés tous les jours par ces « insideurs » témoins de notre lâcheté collective. Mais cette fois-ci il ne s’agit plus de prétendus délits, il s’agit de sanctions que nous avions décidé ensemble de lever progressivement et d’une décision unilatérale de déchirer la signature. La morale est clairement dans notre camp et c’est à nous, à nous seuls, de décider si nous reculons une nouvelle fois ou non.

Je reconnais que la décision est délicate, qu’elle est regardée par le monde entier économique…et politique. Les Chinois peuvent changer leur opinion sur notre inexistence actuelle si nous résistons, dans le cas contraire nous ne serons plus que des vassaux. Les industriels de tous les pays retiennent leur souffle, c’est probablement le moment le plus important pour l’avenir du monde et cela se joue maintenant.

Certes on n’empêchera pas les commentaires et les enquêtes sur la réalité du programme nucléaire iranien, on continuera à illustrer le moment présent avec des notes personnalisées sur les propos et les mimiques des Chefs d’Etats, on s’interrogera gravement sur les attitudes et les robes des « premières dames » et le mariage d’un Prince en Grande Bretagne sera une belle diversion dans un monde en perpétuel mouvement. On va encore gloser pendant des semaines sur le tenancier de la Maison Blanche et sur la jeunesse et l’impétuosité de notre Président, mais tout cela est indigne de la gravité du moment présent. On sent bien que la peur de voir s’échapper leur contrôle du monde avec la montée de la Chine et la montée des antagonismes au Moyen-Orient rend les USA, (et pas seulement la Maison Blanche) nerveux, inquiets. Ils pensent encore que la force, l’expression de la puissance , peut aider à disloquer les régimes politiques détestés, alors que cela conduit au contraire à leur maintien.  Il est temps de nous comporter en adultes et en partenaires de nos amis américains et pour cela il faut résister à l’expression de leur hégémonie à travers leur Department Of Justice, et  leur dire aujourd’hui, pas demain, que leur intérêt et celui du monde, passe par une nouvelle façon de concevoir nos rapports économiques et politiques. C’est cela qui se joue dans les semaines qui viennent et nous devons faire bloc avec nos leaders politiques et non leur trouver des défauts dont l’expression n’est pas d’actualité. Le moment  n’est pas celui du choix du responsable du pays n’en déplaise aux démocrates français impatients et irresponsables.  

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